FCM 25.00

02 février 2023

Chasse américaine : fantasque pronghorn

Malgré son nom (Antilocapra Americana), ce n’est ni une antilope ni une chèvre, et la seule rescapée d’une espèce chassée intensément par le guépard américain éteint il y a 12 000 ans. C’est donc un animal capable de pointes très rapides (100km/h) et sur des kilomètres. Ce grand gibier offre des similitudes avec la chasse du whitetail, mais avec des plus petits calibres.

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Cet animal de 50 kg en moyenne, au gros cœur et tube digestif réduit est particulièrement méfiant et bien plus grégaire que par exemple notre chevreuil signalant tout danger à ses congénaires par des émissions musquées et visuelles de poils érectiles sur la croupe. S’il est peu dérangé il se cantonne, les mâles territoriaux s’attachant aux hardes en migration et il faut jouer des accidents de terrain et des vallons pour s’approcher, ce qui fait qu’il fut longtemps prélevé dans ce type de rencontre inopinée avec la seule carabine 30-30 à visées fer. C’est d’ailleurs l’approche des archers utilisant des appeaux, mais dans des conditions de sécurité discutables quand d’autres chasseurs ne les ont pas repérés dans la zone. C’est l’excellente qualité de sa venaison (1) et les gaspillages (overgunning) liés aux grosses cartouches, mal vus dans certains états comme le Wyoming, qui l’ont vu subir les caprices des modes balistiques.

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Les guides recensent une vingtaine de calibres en vogue : du 22-250 au 300 WM (au moment où celui-ci était «so wonderful » !) y compris des ovnis genre 6,5X57 R. Cet animal à peau fine et muscles fragiles est cependant impossible à arrêter sur balles de panse, et le tir couché est difficile dans des prairies à herbes hautes, balayées par le vent où il est difficile de s’approcher sur des terrains accidentés. Les tirs à 250m et plus étant courants, il faut des armes légères pour crapahuter et parfois ramper et réclame plus d’adresse avec des scopes HQ, en sachant, de plus, « lire » le vent.

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Les calibres « historiques » furent le 257 Roberts (1934), les polyvalents 30-06 et 270 Winchester, et après-guerre, le 25-06 quand il fut adoubé par Remington en 1965, mais c’était un « wildcat » déjà massivement employé depuis 1937. Les écrits de Bob Milek (2) résidant dans le Wyoming contribuèrent à le mettre en pleine lumière dans cette époque charnière où l’on comprit que la vitesse était l’amie des trajectoires plates que l’on atteint plus facilement avec des canons longs. Le 243 Winchester (1955), un 308 réduit disposant d’un vaste panel de munitions, ne parvint pas à éclipser le 25-06 tout juste titillé de nos jours par le 6,5 Creedmoor nouvelle petite merveille qui correspond un peu en vitesse au 243, mais dont le taux de torsion rapide (1/8 au lieu de 1/10) permet de tirer jusqu’à 400m de grosses (105-115 grains) balles à fort coefficient balistique. Le 25-06 tire également aussi « plat » mais sans ces fameuses balles. De g. à dr. ci-dessous, 243 Winchester, 25-06 Remington, 7 Rem Mag.

243, 25-06, 7RM

Depuis, le 270 Winchester Short Magnum a proposé des carabines ultra légères compactes et précises, et le 6,5 PRC (3) basé sur le 300 Ruger rétréci possède lui aussi les balles à fort coefficient balistique vues plus haut. Quelques outsiders complètent l’offre : le 28 Nosler en 2015, avec des balles encore plus lourdes (160 grains), et le 224 Valkyrie, un 22 à percussion centrale sous stéroïdes (90 grains, 804m/s 1890 joules) développé pour les plates formes AR 15 peut se mêler de la partie même si destiné au départ aux chiens de prairie (balles 60 grains), mais qui hantent justement les mêmes zones que l’herbivore. A plus longue distance encore, le 7 Remington Magnum est employé par ceux qui ne craignent pas le recul quand il faut tirer d’une position inconfortable.

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1/La longe fumée au miel est un des plats de gibier parmi les plus renommés de l’Ouest.

2/Voir archive du 18 novembre 2020.

3/Voir article précédent du 17 décembre 2022.

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31 janvier 2023

Qu'attendre du 22 LR (II) : ne pas croire au Père Noël !

Pas vraiment conçu au départ pour être une munition de concours, le 22 LR n’a jamais vaincu ses lacunes fondamentales que sont un étui trop long (pour la cargaison de poudre noire), le projectile balistiquement dépassé en plomb pur, et la difficulté de produire des munitions « match » en quantités importantes. L’objectif d’uniformité est insaisissable, sauf en petites quantités et on va voir pourquoi.

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La lubrification a déjà été abordée ici (1) et c’est au début des années 2000 qu’une méthode de tri autre que la pesée pour les compétiteurs a été affinée. Les munitions les moins chères, celle de « plinking » accumulent des imprécisions de fabrication en raison de l’économie faite d’une part sur les composants, et surtout la rapidité de fabrication à la chaîne pour limiter les coûts unitaires. Même les grandes marques, qui ont le dessein de produire des munitions cohérentes avec des écarts les plus faibles, considèrent qu’atteindre une partie de ces objectifs donne la qualité « match », le reste partant en lots de qualité décroissante, et les inférieures au standard basique.

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Les couleurs des boîtes et les noms changent, mais elles ne sont pas fabriquées différemment. En ce début d’année 2023, Lapua par exemple annonce la sortie de deux « Long Range » qui « zérotent » à 100 mètres pour les nombreuses compétitions longue distance 22LR qui existent aux USA : NLR 22X, PRS 22, Rimfire Long Range, Rimfire Bench Rest, Field Target Shooting. Pas d’ingénierie ni de science supplémentaire, c’est le même poids de balle (40 grains) et coefficient balistique et donc sans doute une nouvelle opération de tri sur la série Center-X et derrière Midas + et X-Act, donc mêmes composants et chaîne de montage. Seule la vitesse (337m/s) semble s’envoler un peu…tout comme le prix entre 20 et 23 $ les 50 ! Simultanément, CCI fait une Clean-HV (31 grains, 469m/s) qui n’est qu’une Stinger (32 grains, 496m/s) avec coiffe polymère, mais le prix est plus contenu 11 $.

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C’est en 2004 que des armuriers américains (Nielson Bros, South-Dakota) ont signalé et proposé un outil de contrôle de la concentricité répétée, carence supplémentaire après les écarts de vitesse (2) et de masse du projectile (3) qu’avaient déjà constaté les tireurs disposant des outils de mesure électroniques, dès qu’ils se démocratisèrent vingt ans plus tôt. A partir d’un rail gun et canon d’essai de 22 pouces tirant en tunnel sur 50 projectiles de 8 marques différentes seuls 8% n’avaient aucune ovalisation. Ce « faux-rond » amène des projectiles mal alignés qui sont la hantise des canons de sport pourtant plus « serrés » que le tout-venant (4). Il favorise un côté de prise des rayures, une poussée non axiale sur le talon de la balle qui effectue le gros du travail sur ce projectile de conception ancienne dit « Minié » datant de 1850. L’étanchéité aux gaz n’est pas bonne et la fait basculer, impulsant un effet « lacet ». 70% des munitions de l’essai affichaient une « tolérance » de 0,001 à 0,003 pouce, or chaque erreur de 0,001 pouce donne un écart de 0,1 pouce soit 2,5mm à 50m. Ce qui est imperceptible certes quand on raisonne en « minute de ragondin » mais certes pas au stand (5).

 

Un phénomène ancien qu’avait déjà constaté W. Greener en 1914 (dans "Sharpshooting for war and defense ") : « …une variation d’un millième de pouce du diamètre de la balle est suffisant pour causer des difficultés de chargement ou d’extraction ». Il commercialisait soit dit en passant, sous son nom une balle « R » qui était commandée à la Rhenish Westphalian Explosive Company of Germany qui, vous l’aurez deviné est maintenant mieux connue sous le nom de RWS. La munition 22 LR est la plus vendue au monde, la plus ancienne métallique commercialisée, mais un château de cartes où, pour la précision pratique celle qui se joue entre 30 et 70m. donc dans la phase des turbulences transsoniques, dès qu’il existe un maillon faible, tout s’écroule.

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A son niveau économique les intérêts sont si forts que le statu-quo technique s’est imposé depuis des années. Les nouveaux concepts ne sont pas acceptés en compétition et les nouveaux calibres comme les « 17 » (HMR, Mach 2, Winchester Super Magnum) n’ont aucun intérêt à 50m. même pour la lutte « antiparasitaire » en étant deux fois plus chers. Personne ne fera rien pour leur développement, et comme le 22 Magnum embourbé lui aussi dans la balistique médiocre de la balle Minié, ils seront des calibres de niche...aux USA ! Alors que dire de la France où déjà le 22 LR est largement tabou dans les campagnes, quand le 7,62X39 fait la joie des « tireurs sportifs » des banlieues ! Las de tourner autour de la balle et du pot, certains pensent désormais au travail sur les canons, au vieux (6) procédé « micro groove », (sans suite pour la percussion centrale car il usait vite les canons), mais qui n’avait constaté rien de négatif pour la percussion annulaire. Sa moindre déformation de la balle en plomb souple donnerait aussi une meilleure étanchéité.

1/Voir archive du 24 avril 2021.

2/Le seul variable de chargement de l’amorce peut induire des écarts de 7m/s !

3/On a vu des écarts de poids de balles match de certaines marques varier de 50,9 à 51,8 grains, la moyenne se situant à 51,2.

4/Les spécifications SAAMI de la chambre sont de 0,818 pouce et le diamètre 0,227, mais les canons de sport peuvent aller jusqu’à 0,643 et diamètre de 0,221. Une balle mal alignée, en quelque sorte « godaillera » encore plus dans une arme entrée de gamme et aggravera l’imprécision.

5/Au 22 LR, les groupements grandissent ou diminuent d’un facteur de 3 selon la distance. A 50m 0,88 cm vous donnera 2,66 cm de marge d'errreur à 100m et inversement 3,81 cm à 100m vous ramènera à 1,27 cm à 50.

6/Brevet Marlin de 1953, de 5 à 16 micro-rayures de 1/10 de pouce du diamètre de l’alésage, sachant que Marlin est désormais intégré à Ruger toujours en pointe aux USA avec son best-seller le modèle 10/22. C’est malheureusement une semi-automatique sur laquelle il faut faire une croix en France (cat. B).

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29 janvier 2023

Qu'attendre du 22 LR : un..."Maximum" ?

Si vous avez déjà retiré, pour voir ce qu’il y avait là-dedans, la balle du minuscule calibre, vous aurez été consterné par le peu de poudre qu’il contient. Pourquoi donc un étui inutilement si long ? Autant le raccourcir ou mieux le remplir non ? Ne vous inquiétez pas d’autres y ont pensé avant vous, et au lieu d’aller plus vite « vers le bas » comme l’a fait la récente vogue des « 17 », aller vers le haut, et sortir de la sempiternelle balle de 40 grains.

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Nous avons déjà abordé ici la subtilité ancienne autour de 1880 entre les Long, Extra Long et Long Rifle (1). Le Long (1871) n’avait qu’une balle de 30 grains, l’Extra Long (1880) donnait plus de place en poudre noire pour pousser une balle de 40 grains, et Stevens en 1887 fit le Long Rifle en reprenant ce poids de balle optimisé par les nouvelles PSF, et les autres perdirent alors leur raison d’être et furent condamnés à l’oubli quand, en plus en 1935, survinrent les hautes vitesses. Mais il y eût bien des tentatives de monter en poids de balle dès 1890 avec le 22 Winchester Rimfire (également baptisé 22 Remington Special) une balle de 45 grains filant à 439m/s. Supérieur au Long Rifle, il est encore fait par CCI, et épisodiquement par Winchester : 393m/s et 229 joules.

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En 1903 le 22 Automatic (2) ne dura que le temps des carabines semi-auto l’utilisant : la Winchester Mod 1903 arrêtée en 1932 et la Remington Mod. 16 en 1928. C’est le 25 Stevens (1898-1900) qui, pour la percussion annulaire est allé le plus loin : 65 grains (4 grammes) 360m/s et 282 joules pour concurrencer le plus longtemps le 22 LR car poussé par les grands auteurs de l’époque. Si en en croit la revue American Rifleman de janvier 1922, Towsend Whelen tenta à Camp Perry d’en tirer la quintessence avec des balles de 71 grains, aux formes nouvelles, et surtout Elmer Keith demanda de le faire renaître pour les revolvers où la munition était plus puissante. Sur les armes longues, sa flèche était trop importante par rapport au 22 LR à 100m (3), mais le calibre (abandonné en 1942) était populaire avant-guerre, là où le petit gibier pouvait être tiré avec les carabines à un coup grand public : Stevens Favorite, Crackshot, Marlin 27S à pompe, Winchester low wall.

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En fait il fallut attendre 1975 et la Stinger avec son étui plus long, puis l’Aguila SSS, cette fois plus court mais grosse balle de 60 grains, pour voir des tentatives de sortir des sentiers battus. Dans l’absolu, l’amélioration de ce calibre plus que centenaire, passerait par des balles plus lourdes (50-60 grains) que le 22 LR standard aux mêmes vitesses rapides actuelles données aux 36-40 grains. L’objectif ne serait pas forcément la précision plus loin, mais moins de dérive au vent et pénétrant mieux, sans la vitesse anormalement lente de la SSS actuelle. Il faudrait sans doute repenser la forme de balle comme l’avait fait T.Whelen pour le 22 Stevens, et bien sûr revoir les taux de torsion. L’Extra Long affichait 1/22 avec les balles de 30 grains, le LR fait généralement 1/16, la SSS nécessiterait 1/12 voire 1/9 pour ne pas arriver en « trou de serrure », 1/14 semblerait le juste milieu.

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Les obstacles sont néanmoins nombreux pour trouver une nouvelle « niche » dans un calibre déjà foisonnant tant l’offre est généreuse. CCI par exemple offre un bel échantillon de vitesses entre subsoniques (242m/s), standard (303m/s), Minimag (363m/s), Vélocitor (424m/s), Stinger (484m/s), sans même parler du 22 Magnum qui, depuis 1959 boxe dans la catégorie au-dessus mais à des prix stellaires. Mais on peut toujours rêver à cet hypothétique 22…Maximum, terme déjà utilisé d’ailleurs en 1983 par Elgin Gates pour un wildcat 357 devant être utilisé dans le Ruger Blackhawk !

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1/Voir archive du 20 novembre 2020

2/Voir archive du 2 juin 2022.

3/L’article signé M.D.Miller montre que s’intéressaient également au problème le major J.Docley, et le capitaine Wotkyns, et la balle innovante préconisée par T.Whelen visait à limiter le « saut » de la balle et limiter l’espace libre vers la chambre en la poussant plus haut, la bande médiane plus large faisant arrêt, et le talon devant être plus plein pour mieux solidifier l’ensemble dans l’étui. Elle restait « round nose » pour conserver plus de poids sur l’avant, la première bande à 0.248, les autres un peu plus fortes (0.257) pour bien prendre les rayures du canon à 0.256. La précision était le double des munitions « usine » du commerce, mais pas assez satisfaisantes dès que la distance s'allongeait : presque 8 cm à 100m.

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27 janvier 2023

Avant les balles "premium" : Bitteroot, North Fork, Bear Claw

Plus que les systèmes d’armes, les calibres ou les optiques, on oublie trop souvent que ce sont les balles qui ont turlupiné le plus nos anciens. Il suffit de lire les joutes épiques entre Jack O’Connor et Elmer Keith pour s’en convaincre quand John Nosler, en 1948, sortit avec sa fameuse « Partition » une jolie symphonie de balles « Premium » dont les débuts furent néanmoins assez cacophoniques.

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Dans le monde touffu des balles traditionnelles « cup and core » genre Remington Corelokt (1939) qui, aux vitesses normales faisaient tout à fait le job, les hautes vitesses rendues accessibles par les poudres lentes issues des surplus de l’après-guerre, donnèrent des idées à tous ceux qui voulaient tirer plus gros et plus vite. C’est souvent de l’échec sur des animaux massifs tels que l’orignal pour John Nosler et même le buffle du Mozambique pour Jack Lott que partirent, dans un état, l’Idaho où  se rencontraient de tels gibiers massifs, (et où habitaient d’ailleurs les deux compères cités plus haut) que démarra la recherche sur les balles « bonded » ou « collées » si on veut ! Le pionnier en fut Bill Steigers (1926-2015) un balisticien de Lewiston qui avait collaboré aux premiers manuels de rechargement offerts par Vernon Speer, mais aussi chasseur de gros wapitis et élans au 35 Whelen, parfois avec des vieux canons de 35 Remington reconditionnés.

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Ses balles sous l’appellation quelque peu radiophonique collant bien à l’époque « BBC » (Bitterroot Bonded Core Bullets) devinrent rapidement « culte » en 1964 dans un moment où les balles que l’on dit « premium » de nos jours autre que la Partition étaient inexistantes. En avance sur leur temps, chères, peu distribuées elles intéressaient tous ceux qui voulaient tirer plus gros que le whitetail, les ours dangereux ou passer en Afrique et doper les 333-338, voire 375 HH et 416 Rigby en montant la vitesse à plus de 900m/s. Tournées à la main (une vingtaine en trois jours !) le noyau de plomb pur était lié (bonded) mécaniquement à la presse à la gaine de cuivre pur (et parait-il selon la rumeur parfois à l’epoxy pour faire bonne mesure !), et tenaient leur efficacité autant de la noblesse de ces matériaux que de leur construction. Le cuivre pur était difficile à travailler, bourrant sur les machines, ce qui prenait plus de temps, (lequel chacun le sait étant accessoirement de l’argent), encrassant les alésages et pouvant générer des surpressions.

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La base cuivre étant plus épaisse (0,060 pouce) permettait de largement dépasser les 1000m/s mais il fallait des canons lourds où selon la théorie de Bill, la balle rencontrait moins de résistance, et surtout avec un taux de torsion plus rapide facilitant l’expansion spectaculaire surtout à grande distance de ces balles à vestes épaisses et résistantes. Chaque paquet BBC était accompagné d’une notice d’instruction pour charger à au moins à un niveau de vitesse spécifié, et au taux de torsion le plus rapide adapté sans souci, en suggérant la balle la plus légère, si l’arme était capable d’atteindre ces seuils.

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La théorie de ces balles « collées » à section arrière solide avait déjà été proposée par P.O. Ackley qui y travaillait depuis au moins dix ans avant-guerre, et reprise en 1958 par Jack Ahurst, (comme par hasard lui aussi de Kootenai dans l’Idaho !), partenaire de Lyman, développeur de wildcats, qui fit même un canon pour Elmer Keith partant en safari, et patron ensuite des matrices Jax Dies. Bill Steigers dès 1960 avait tenté d’améliorer, et avec sa permission, le concept Ackley, mais sans pouvoir passer à l’échelon supérieur soit à la petite série, et dût revenir à sa conception purement artisanale de l’affaire. Mike Brady, de North Fork toujours dans l’Idaho, s’en inspira, ajoutant sa patte en plaçant des rainures de 1/16è de pouce d’intervalle en relief dans la section solide arrière de la balle, permettant à la balle de se compresser dans ces rayures sans qu’il y ait trop de pression sur le cuivre massif. 

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Le populaire livre de Bob Hagel (« Game loads and practical ballistics for the American hunter », 1977) mit en lumière tous ces perfectionnements issus de chercheurs et chasseurs passionnés, mais ne disposant pas encore des moyens de la grande série. Comme ses devanciers Nosler et Lott, Jack Carter, un ponte de chez IBM qui chassait en Afrique avec John Wooters, en échec lui aussi sur un buffle en 1988, s’inspira du concept BBC après avoir tenté d’amener lui aussi Bill Steigers à la fabrication de masse de la BBC  ce qui le conduisit à faire la Bear Claw Trophy Bonded (1990) par procédé thermique associé à un écrouissage, qu’il vendit ensuite à Federal tout en restant consultant. Sans doute par souci d’économie et de facilité de fabrication, la grande firme rajouta 10% de zinc et rencontra des problèmes de précision et de fragmentation avec un effet « boule », et non « champignon » dans certaines armes, ce qui pouvait encore passer dans les gros calibres où ça faisait au moins un « gros trou » ! Et comme Federal possédait également Speer il y eût parfois confusion sur les emballages des uns et des autres et des complications sur le rechargement. Cette balle existe toujours (Trophy Bonded Tip, 2008), mais mise à la mode du XXIé siècle : arrière boat tail, coiffe polymère et tutti quanti.

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En 1984, Lee Reed, dans le Kansas, avec la Swift A-Frame poursuivit la quête de balles pouvant supporter des vitesses plus grandes, se tenant bien tout en pénétrant fortement. Il s’agissait d’une sorte de Partition ne disant pas son nom, (la marque, bien sûr, étant déposée par Nosler) au noyau collé par soudure pour conserver 95% de sa masse quand l’original en perdait en route une bonne moitié. A ce moment où BBC était encore artisanal, cher, sur une trop petite gamme de balles (de 270 à 358) et des délais de livraison de plusieurs mois (voire plus !), puis en voie de s’estomper et de disparaître, Swift fut à ce moment, le seul à couvrir la plus grande part du marché, Nosler étant limité au 338 car passé à la fabrication d’extrusion par impact.

A l’heure d’Internet et des portables, la technologie a rattrapé le travail de tous ces pionniers dont les balles étaient pour l’époque, singulières, et en ce qui concerne Bill Steigers, capables de résister à des vitesses beaucoup plus élevées que les balles usine, et même magnum dans certains cas. Les balles dites « Premium » sont désormais partout où elles soulagent plus facilement les angoisses des chasseurs qui partent chasser le « gros » à l’étranger…et aussi le plus souvent leur portemonnaie ! De nos jours, seuls Woodleigh, (fabricant australien donc échappant au cadre de cette étude proprement américaine) et Swift A-Frame ont survécu dans leur forme de départ car la Trophy Bonded actuelle de Federal  vue plus haut, n’a plus grand-chose à voir avec la Bear Claw originale.

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25 janvier 2023

Sanglier, gros et fort (III suite et fin) : les limites des calibres d'armes de poing

Dans la foulée du précédent article, terminons notre examen des évolutions de la chasse du « hog », tous ces sangliers plus ou moins sauvages (1), maintenant activement pourchassés aux USA, et avec des munitions qui pourraient nous intéresser un jour dans la perspective où il faudra tirer moins « gros » ou fort. Avec celles d’armes de poing dans des carabines à levier accessibles, maintenant mieux tolérées chez nous qui pointent leur nez, mais ont aussi leurs limites.

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Aux USA la notion de « feral hog » qui englobe un peu tout, « vrais » sangliers mais aussi « cochongliers » et javelinas (2) est de plus en plus attractive pour les chasseurs car la saison n’y est pas, comme celle du cerf limitée, et se pratique selon toutes sortes de méthodes : avec des chiens, dans les champs d’arachides (où ils font autant de dégâts que dans nos patates !), ou à l’affût sur les mangeoires de maïs. Mais, en ce qui nous intéresse, tout se passe aussi là-bas dans la limite des 100 mètres. Pour les ranchers et gens de la campagne qui trimballent dans le pick-up où à la ceinture (là où c'est permis) toutes sortes d’armes de poing en 45 ou 38 ils se sont ajoutés de longue date à la liste des « ravageurs » qui traînent à la campagne, et leur « traitement » a subi le contrecoup d’un fait divers tragique en 1986, quand, près de Miami, une fusillade avec deux malfrats fit plusieurs morts, dont deux agents du FBI.

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Les armes de poing de défense moyenne, connurent alors un fort infléchissement vers les balles « dures » et la pénétration qui dériva ipso facto vers l’aspect « Nature » : celle des ranchers, mais aussi campeurs, pêcheurs et randonneurs confrontés au monde sauvage et ses aléas, rencontres inopinées avec les ours, et autres « lions de montagnes ». Il fut assez bien personnalisé par Tim Sundlers, un passionné qui, en 1983 fut associé aux travaux de John Linebaugh, et Bob Baker de Freedom Arms qui aboutirent au 454 Casull. En 1997, il fonda sa propre entreprise (Buffalo Bore) à Salmon Idaho (3), la première à commercialiser ces gros calibres intéressant les chasseurs qui voulaient alourdir le 35 Remington avec des balles de 220 grains poussées à 650m/s. Il passa ensuite au mode industriel dans sa gamme « Outsdoorman » dont le principe peut se résumer ainsi : balles lourdes et dures pour le calibre et à nez plat.

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Bon, les « flat nose » n’étaient en rien une nouveauté (4) car visant à créer un canal de blessure permanent plus grand que le calibre, et stabiliser la pénétration en l’aidant à aller droit quand les « round nose » avaient tendance à vaciller, voire à culbuter au premier obstacle. Ce qui mérite d’être affiné car pas trop maîtrisé par le chasseur, c’est la notion de « dureté » qui ne se décèle pas à l’œil quand il s’agit d’alliages qui ressemblent assez finalement au plomb, mais sont d’une toute autre nature. La fabrication combinée à l’étain, l’antimoine voire l’argent leur donne une dureté Brinell de 11 à 30 quand celle du plomb pur n’est que de 4. Sur certaines balles (regardez sur certaines de vos 22 LR), vous le rayez à l’ongle !

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La firme Buffalo Bore utilise une dureté de 21-22 Brinell et dans deux calibres d’armes de poing classiques comme le 357 Magnum (180 grains) atteint 1060 joules et près du double dans le 44 Magnum (balles de 240 grains). Sur plus gros comme le 454 Casull inventé en 1957 par Jack Fulmer et Dick Casull, la balle de 300 grains et 500m/s atteint 2500 Joules. Tout cela bien sûr dans des armes de poing, et devant donc être favorablement bonifié par les canons longs des carabines à levier de sous-garde. Or, c’est là, avec la vitesse, que se trouve un peu le cap difficile à franchir avec le plomb « dur » où la balle, passé 420m/s aura besoin d’aide (alliage cuivre, zinc, alu) sur les taux de torsion de plus en plus rapides si on augmente le poids des balles pour carabines afin de mieux contrôler les gaz sous peine d’imprécision.

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Le problème des balles « solides » que l’on rencontre déjà sur l’arme d’épaule trouvera un gap encore plus important à franchir, la solution du cuivre auquel on pense immédiatement se heurtant à un problème de poids terrible : moins 25% ! Bien sûr il sera moins sensible aux vitesses d’impact élevées, et compensera sa densité de section moindre en ayant plus de vitesse et de spin, mais devra toujours être plus long au même poids. C’est cette quadrature du cercle que devra résoudre l’utilisation à première vue pratique de ces calibres d’armes de poing dans des armes longues d’accès et d’utilisation facile (5) sachant qu’elles existent déjà dans d’autres calibres cette fois mieux adaptés d’office au grand gibier (gamme Leverevolution en 30-30, 45/70, et bien sûr Marlin 344, 450, etc.). On vient de le voir dans le précédent article, les grandes firmes ne sont jamais en panne d’imagination pour se glisser dans les « niches » de marché les plus inattendues, et si elles ne le font pas, les « wildcatters » s’en chargeront…

1/Voir archive du 20 juin 2017.

2/ Pécaris qu’on trouve dans l’Arizona, le Sud du Texas, le Nouveau-Mexique, de la grosseur de nos bêtes de compagnie.

3/ L’état de l’Ouest où l’on trouvait le plus de « gunwriters » avec le Montana et le Wyoming. Jack O’Connor et Elmer Keith étaient de cet état (Lewiston et Salmon respectivement)…mais à une bonne centaine de miles l’un de l’autre quand même ! 

4/ Voir archive sur les balles « wadcutter » du 6 mars 2022.

5/ Le gros argument commercial des leviers type Winchester après la guerre de Sécession, fut la compatibilité des calibres avec les armes de poing comme le 45 Long Colt, et des firmes US (Big Horn Armory par exemple) le font  toujours dans ce dernier mais aussi les plus puissants (454 Casull, 475 Linebaugh) jusqu’au 500 Smith and Wesson. Le brésilien Rossi fait de même pour le 45 Long Colt, mais également les classiques 44 et 357 Magnum. Autre avantage, et non des moindres : à longueur de magasin tubulaire identique, ces munitions courtes permettent d’en entasser plus !

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23 janvier 2023

Sanglier, gros et court (II) : 360 Buckhammer et "fusils de bois" U.S.

L’arrivée d’une nouvelle cartouche dans ce domaine particulier de la chasse US pourrait bien intéresser la chasse au sanglier chez nous, car instillée on va le voir par des législations restrictives de certains états, notamment pour des motifs de sécurité poussés par des mouvements écologistes encore plus puissants qu’en Europe. Ils ont de l‘avance sur nous en matière de menaces sur l’exercice de la chasse, et on ferait bien de s’en inspirer.

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Le 360 Buckhammer (ci-dessus) qui vient d’être présenté au Shot Show de Las Vegas est une réponse de Remington au 350 Legend qui, depuis 2019, a fort bien marché dans les états du Midwest (Indiana, Iowa, Michigan) lesquels ont fini par assouplir leur législation sur la chasse du cerf de Virginie, et bien plus dangereux, de l’ours noir. Pendant des années, on ne pouvait y tirer qu’en lisse, ou à poudre noire, et tout à coup ce fut le retour de l’arme rayée à percussion centrale mais avec des étuis à parois droites dont le diamètre devait dépasser 0,359 pouce. Pendant des décennies, c’était le domaine du Winchester 30-30, et moins connu en France du 35 Remington. Ils sont comparés ci-dessous à dr.

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Même si le « 30 » est plébiscité là-bas, il ne faut pas oublier que le « 35 » y possède une riche tradition initiée (1906) par le 35 Remington tirant une balle de 200 grains, ou le 35 Whelen (1922), enfin légitimé en 1988, et bien sûr un tas de « wildcats » : 35 Newton, 350 Griffin-Howe, 358 ST Alaskan de Layne Simpson. Mais sa première tentative d’amélioration avec le 350 Remington Magnum en 1965 fut un relatif échec car destiné au modèle 600 trop léger pour encaisser le recul. Ce qui est assez marrant, c’est que le nouveau 360 Buckhammer Remington n’est pas issu de son fameux 35…mais du 30-30 du concurrent, et on va voir pourquoi plus loin. Mais revenons en 1903 chez Winchester qui va pas mal se perdre dans les méandres du « 35 » avec son anecdotique Winchester 35 pour le modèle 95, mais surtout le 35 WSL pour ses premières carabines semi-automatiques. Ce mode d’ action encore dans les limbes ne pouvait encaisser une puissance similaire au 35 Remington, et il fallut attendre le milieu des années trente avec le 348 Winchester établi pour le modèle 71 à levier…mais l’éjection par le haut empêchait l’utilisation des premiers scopes commençant à se généraliser !

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En 1955, on rattrapa le coup avec le modèle 88 en 358 Winchester avec cette fois éjection latérale, et même boitier-chargeur permettant l’emploi de balles « pointues », mais en tombant pile dans la mode des magnums, et quelques années plus tard en 1982, le 356 Winchester fit encore un bide, victime des munitions cette fois des munitions seulement « flat-nose ». Le 350 Legend en 2019, fut donc la première munition adaptée aux nouvelles législations dans les états du Midwest pour l’emploi du cerf à courte portée, car le 450 Bushmaster (1) pouvait rebuter les chasseurs aux épaules fragiles. Les balles de 155-170 grains du 350 Legend allaient à 650m/s et des performances guère supérieures aux « anciens » (38-55, 45-70 gvt ou 30-30 et 35 Remington), mais avec une plus grande souplesse d’emploi (verrou, levier, plates formes AR 15), même en munitions, le 9 mm ouvrant la voie aux balles d’armes de poing peu onéreuses dont nous allons parler dans le prochain envoi. Tout ça aussi au moment où la prolifération du sanglier devenait une calamité dans certains états, Texas en particulier. Face à face, le 350 Legend et le 450 Bushmaster ne se tirent la bourre que sur le poids des balles (150 grains contre 250) où il n’y a pas de gagnant aux distances raisonnables, les différences se faisant sur les fusils (plus fins pour le 350) et surtout le recul et le prix des munitions qui passe du simple au double au détriment du 450. On voit ici le 350 Legend entre le Winchester 30-30 à g. et le 35 Remington à dr.

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Le 360 Buckhammer est donc parti du 30-30 soufflé pour écarter le cône, donner à l’étui des parois droites, et y glisser la balle éprouvée de 358, dans un premier temps des vieilles « Corelokt » de 180 et 200 grains ayant fait leur preuve depuis des décennies sur le 35 Remington et le 35 Whelen. On ne put partir du 35 Remington, trop court (1,920 pouce contre 2,039), et surtout trop gros (0,458 contre 0,422). Mais le département munitions du géant vert étant passé sous l’égide du groupe comprenant aussi Federal, on peut s’attendre à ce que l’éventail de la gamme s’étende bientôt (2) aux 150 grains (PSP) et 200 grains (Hammerdown). Les performances (3) vont étendre à 200 mètres la portée des anciennes munitions « de bois » même celles dopées par les récentes munitions Hornady Leverevolution, sans le recul de la gamme Marlin (344, 450), et sur un créneau un peu différent du 350 Legend, car cette fois intimement associé à la firme Henry qui surfe depuis 2020 sur le renouveau « vintage » du style de chasse d’avant-guerre, mais avec munitions un peu « gonflées » par rapport aux vieux 35 Remington et Winchester 30-30. Depuis 2020, elle offre des fusils légers et maniables de haute qualité sur lesquelles on peut adapter des optiques au top et sécuritaires car la sécurité s’actionne au pouce et elles disposent de deux options de chargement : latéral sur le boitier, mais en ayant également conservé l’accès tubulaire en bout de canon, ce qui permet l’emploi avec des gants, en n’ayant à actionner le levier que pour éjecter la cartouche chambrée. Trois modèles à levier sont proposés et un « single », ce qui pourrait intéresser Ruger pour son modèle emblématique N°1, et peut-être entraîner à la suite Marlin…qui fait appartient au même groupe.

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Tout ce mouvement proprement « américain » concerne-t-il vraiment le chasseur français me direz-vous ? Eh bien, confrontés nous aussi au sanglier envahissant, il n’est pas sûr, vu l’environnement social ambiant que l’on puisse encore longtemps impunément mitrailler ragots et bêtes rousses au 9,3X74 R et 300 Winchester Magnum ! Les armes à levier se frayent peu à peu un passage au sein des calibres employés par la génération des baby-boomers (dont malheureusement nous sommes), et semblent bien mieux adaptées à notre battue hexagonale (4) que les calibres surpuissants précités. Même pour les armes à verrou (300 Blackout par exemple) on va vers de plus grosses balles à moindre portée et dangerosité (5), et en matière de sécurité pompes et leviers perdent peu à peu leur délit de « sale gueule » pour l’un, et de « fusil de cow-boy » pour l’autre. Et cela offrira plus de choix quand il faudra passer à l’achat d’une carabine pour les jeunes qui démarrent. Ils seront sûrement moins têtus que nous à employer toujours plus gros, et plus fort ? Ci-contre à g. les proportions du nouveau 300 Buckhammer.

1/Voir archive du 19 janvier 2018.

2/ A condition de passer sans doute d’un taux de torsion de 1/14 à 1/12

3/La balle de 180 grains atteint 719m/s et 3125 joules, et celle de 200 grains 665m/s et 3000 joules.

4/Rappelons-le, la moyenne de distance des tirs dans nos battues est de 45 mètres.

5/Comme le nouveau concurrent du 300 Blackout, le 300 HAM’R de Bill Wilson plus rapide (700m/s) avec des balles de 150 grains pour plates formes AR 15, mais dont on attend des versions à verrou ultralight NULA.  

 

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21 janvier 2023

Sanglier, gros et court I : "40" minimum ?

Voilà bien une question embarrassante et une classification subjective selon l’avis de chaque chasseur n’est-ce-pas ! Si on suit Elmer Keith, tout ce qui était en dessous du calibre « 30 » (.308) était du « petit » calibre, et il considérait ses 0.338 et 0.333 comme des médiums. Pourtant les 270 et 7 Rem Mag ne sont pas forcément si «petits » que ça, et pour la plupart, nous n’ utiliserions donc que des « minus » en battue ?

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Si les « gros » doivent commencer par le chiffre 4, et ce, pour le tir en dessous de cent mètres dans le cadre de la battue hexagonale au sanglier voyons ce qu’on nous propose en Amérique du Nord au « bois ». Une notion qui, à l’Est du Mississipi nous ressemble le plus, et dont la base est le cerf de Virginie, plus petit que notre élaphe certes, mais compliqué par deux choses : des cervidés parfois plus lourds (caribou, wapiti), et deux animaux dangereux : l’ours noir et l’orignal, susceptibles de charger. Associés aux carabines à levier de sous-garde, deux calibres classiques le fameux 30-30, et moins connu le 35 Remington faisaient à peu près le job, quand le sanglier, dans les seventies vint compliquer l’affaire avec la survenue en 1964 du 444 Marlin qui, tout à coup remit en selle un vieux soldat (1873), le 45-70 Gvt. Tous ces calibres ont été amplement présentés ici (1), et dans le domaine des moins de 100m. qui nous intéresse, sont associés dans le débat à une autre vedette, cette fois plus ou moins cinématographique (grâce à Clint Eastwood et le fameux inspecteur Harry), le 44 Magnum.

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Comme par hasard on retrouve à son origine Elmer Keith (2) et l’utilisation de ce calibre est moins sujet à caution en Amérique du Nord que chez nous où abondent les idées préconçues. Significatif d’armes de poing massives, il est bien sûr bonifié par les canons longs des nombreuses carabines disponibles sur le marché. A 100 m la balle de 340 grains et 480m/s atteint 1200 joules, c’est donc sensiblement proche d’une bonne Brenneke, mais avec un projectile bien plus performant…et pénétrant. A la même distance, et vitesse, mais boxant plus haut la balle de 300 grains du 45-70Gvt donne 2030 joules, et le 444 Marlin qui va plus vite (balle de 265 grains : 598m/s) 3125 joules.

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Les sites US abondent en comparaison des trois calibres : le 44 Magnum ne fait rien de mieux que le 30-30 ne puisse faire, sauf proposer plus de cartouches, et ne peut suivre au-delà de cent mètres. Le 444 Marlin offre un meilleur rapport que le 30-30 et le 35 Remington si on n’est pas dérangé par le coût des munitions et le recul. Le 45-70gvt étant le « poids lourd » du 444 perd un tiers d’une énergie qu’il compense par une plus grosse balle, mais avec une trajectoire d’obusier. Dans tous les cas, il s’agit de calibres lourds pour l’alésage de balles à vitesses moyennes qui sont choisies pour obtenir de la venaison difficile à retrouver dans un environnement serré de brousses et de marécages ou errent également des ours dangereux. Avec humour, le 444 est ainsi censé au premier coup élaguer les épaisses zones de gaulis, pour envisager tirer ensuite le gibier !

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Quels enseignements en tirer pour nous ? Le 44 Magnum semble idéal pour les traqueurs, les postés autour d’une cinquantaine de mètres car le canon long avec une balle de 300 grains sera suffisant sur un animal de moins de 100 kg, le recul moindre permettant de doubler avec plus de précision. Le 444, est plus rapide avec des charges « usine » plus « chaudes » et tire plus « plat » que le 45-70. Au tournant du siècle la technologie Hornady Flex FTX Leverolution a un peu…révolutionné le destin de ces balles employées (du 30-30 au 44, et bien sûr les 444 et 45-70) dans les magasins tubulaires avec 40% d’énergie supplémentaire par rapport aux « flat nose » traditionnelles, mais surtout en employant des balles au coefficient balistique plus élevé (0,225). On la voit, ci contre à gauche, avec sa pointre rouge en polymère. Leur emploi facile, avec des armes de large diffusion (Henry, Marlin, Rossi, Pedersoli) laisse augurer d’un bel avenir face à la prolifération galopante du sanglier hexagonal qui n’a pas toujours les proportions de l’Attila ottoman. Dans notre prochain envoi, on va examiner quelques nouveautés qui vont dans ce sens comme le tout nouveau 360 Buckhammer…

1/Pour le 444 Marlin voir archive du 17 mai 2019, et le 45-70Gvt du 19 février 2020.

2/Sur ce personnage voir archive du 14 janvier 2020.

 

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18 janvier 2023

John Moses Browning penseur "flexible"

Dans trois ans ce sera le centenaire de son départ (1855-1926) et bien le temps de ressasser ses 128 brevets, sa quarantaine de prototypes d’armes et prototypes vendus à Winchester (1) qui n’avait pas vraiment l’intention de les produire car redoutant que la concurrence ne finisse par les obtenir. Il n’obtint pas vraiment aux USA tout le crédit qu’il aurait mérité, et tant mieux pour l’Europe qui profita de ses bienfaits.

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 On ne se lasse jamais du génie de cet aîné d’une famille d’armuriers où le père était déjà un inventeur prolixe, les frères Matt (co-auteur d’une bonne trentaine de brevets) vice-président, et Georges, Sam et Ed à la gestion quotidienne du magasin d’Ogden (Utah). Il ne fut pas vraiment l’inventeur du fusil à pompe en 1893, car précédé d’une dizaine d’années par C.M. Spencer et S.Roper (2), mais il en simplifia le processus d’éjection à bascule. Autre paradoxe, il fallut attendre 50 ans après sa mort en 1977 pour voir la Browning Arms Company sortir avec le BPS un fusil à pompe inspiré du Mod 17 Remington, et de l’Ithaca 37 copié à l’expiration des brevets, toujours avec alimentation et éjection par le bas.

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Pionnier de l’automatisme à emprunt de gaz ? Avec Matt, en 1889 il avait conçu (brevet en 1892) la mitrailleuse Colt 1895 « potato digger » et son balancier oscillant au vent du souffle de la bouche et sa cadence lente de 450 coups/minute. Il perfectionna bien sûr l’affaire ensuite avec la série B.A.R. mais il faut le replacer dans le grand tournant de l’industrialisation de la production armurière qui datait presque de cent ans en France avec Gribeauval, puis aux USA avec Eli Withney aux approches de la guerre civile. L’arsenal de Springfield ne définit les normes pour les machines-outil qu’en 1903, et la première arme à production totalement industrialisée arriva bien plus tard : 1936 avec le Garand.

Tout l’art de John Moses Browning c’était de raisonner en « 3D » comme on dirait de nos jours, et sans plans, avec une intuition fine des tolérances, de l’endroit et de la mesure où les pièces doivent s’emboiter, gages de verrouillages solides, mais pas rigides pour qu’ils se libèrent au bon moment et favoriser l’automatisme. Il ne faut pas oublier qu’il avait sorti son premier brevet en 1879 à 24 ans, et sa première collaboration avec Winchester peu après en 1880 avec le modèle « high wall » la marque ayant échoué à gérer la puissance du tout récent 45-70 Gvt.

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Son chef d’œuvre, et sa plus grande difficulté armurière telle qu’il le reconnaissait lui-même fut l’Auto 5, et le long recul, tombé de nos jours en disgrâce malgré son succès indéniable sur presque un siècle. La question peut se poser, comme l’injection ou les carburateurs, le stylo « bic » ou à plume, le café lyophilisé ou au percolateur, le costume du dimanche ou l’allure jeans et baskets ? Dire que le long recul est obsolète ou désuet serait accablant, supposant qu’il ait été dépassé, dominé, rendu inutile ce qui n’est pas vrai. Démodé mais pas surclassé, car sa conception géniale ne fonctionnait pas moins bien que ses successeurs.

Fondamentalement, il n’avait que quelques complications de plus : la tringlerie qui libère le verrou lorsque le canon atteint la batterie et la nécessité d’avoir deux ressorts de rappel (dont un dans la crosse, d’ailleurs trop souvent négligé) au lieu d’un. La seule partie délicate n’était pas de faire fonctionner tout ça, mais d’assembler et démonter-remonter l’ensemble. Preuve que ce n’était pas à la portée de tout le monde, JMB avait prévue des têtes de vis si fines qu’il fallait des tournevis spéciaux pour éviter aux amateurs de tripatouiller là-dedans ! Comme les carabines d’avant 1964, tout s’est joué sur le coût de la main d’œuvre qui, en 1900 n’était pas la partie la plus chère de la production. Au temps de la guerre froide tout avait changé, et l’Auto 5 mécanique finalement saine ne pouvait tout simplement pas fonctionner avec de la tôle emboutie et du plastique.

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Pourtant Franchi avec le 48 AL, avait plus ou moins réussi, toujours avec le long recul, à résoudre le problème presque jusqu’à nos jours où machines CNC et impression 3D, curieusement, pourraient même encore réduire les coûts ! L’emprunt de gaz avec le Remington 1100 au moment des cartouches plastique pour alimenter de manière fiable, puis l’inertiel (Benelli) firent disparaître du paysage ce « vieux bossu » qui hante quand même le souvenir de la marque, laquelle capitalise sur le look de ce souvenir, mais sans pouvoir vraiment rivaliser avec l’original. Tout acier et usiné à la main, les heureux fans continuent de chérir ce vétéran d’une technologie qui n’est plus suivie, excusez du peu, que par le Cosmi…dont il suffit de voir les prix, pour se persuader qu’on détient, mais à moindre coût, encore une pépite mécanique…

1/Mauvais joueurs les gens de Newhaven minimisaient en disant qu’il fallait retravailler ses conceptions pour en faire des produits pratiques et économiques à fabriquer pour les vendre à bon prix.

2/C’était un 7 coups chambré 65 et deux détentes dont une pour réarmer le percuteur, les cartouches carton n’étant pas toujours sûres ! Les droits furent vendus à F. Bannermann qui poursuivit la fabrication jusqu’en 1907, mais déjà concurrencé par le Winchester 93. Il y eût procès, mais l’enquête montra qu’avant 1882 il existait déjà trois brevets de fusils à pompe en Grande-Bretagne, et même un en France. A partir de 1900 (fin de la production 1998), l’Auto 5 mit tout le monde d’accord.

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15 janvier 2023

Quelles limites pour les balles de fusil de chasse

D’abord, quelle balle ? La prolifération des battues sanglier, pour peu qu’on s’ y intéresse, passée la cérémonie du tableau, à la balistique lésionnelle, nous donne bien plus d’éléments d’appréciation qu’avant. Les carabines ont eu le vent en poupe c’est vrai, mais le « deux coups » est toujours là et bien là et ce qui permet à ce dernier de se maintenir au niveau, ce sont les balles, désormais projectiles sophistiqués de haute technologie.

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Même la bonne vieille Brenneke, au concept plus que centenaire a considérablement élargi sa gamme de charges. Sa plus forte balle est la « Crush » (ci-contre à g.) une 12 Magnum de 656 grains (45,52 grammes) qui fait 5168 joules à la bouche ! Plus qu’en France où il n’y a pas vraiment de notion d’animaux « dangereux », c’est aux Etats-Unis que le « 12 gauge » se frotte quotidiennement à ce problème. Comme il n’est pas possible de transporter deux armes d’épaule à la fois, il est rarement sauf certains fusils dédiés (1) l’arme principale, loin derrière la carabine, mais il est quand même partout du fait de sa polyvalence. Arme de camp pour aller « au pot » ou approvisionner la cantine, voire de défense dans les régions isolées, c’est une arme souple, de compromis qu’on conseille même aux béotiens ignorants des choses de la chasse et qui doivent opérer en pleine nature : cantonniers, forestiers…tout le monde n’ayant pas forcément les épaules pour tirer du 460 Weatherby magnum ni le poignet solide pour encaisser le 500 Smith and Wesson !

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Le dilemme n’est plus de prélever net, mais d’arrêter la charge. Or, paradoxalement on entre là dans un exercice de sang-froid et de précision qui pourrait rebuter le meilleur chasseur, même le plus endurci. Pour stopper, en quelques secondes, en plein stress la mort atroce qui vous fonce dessus, il faut une adresse au tir exceptionnelle : tir de tête ou d’épaule qui n’est pas à la portée de tout le monde. Mais justement, le fusil de chasse, arme de compromis, permet d’y pallier. Les séminaires « survie » pour trekkers néophytes devant traverser les bois ne vous donnent que quelques secondes pour tirer trois fois « dans le masse » en espérant être dedans, et encore sans sans que ce soit une balle de panse ou de poumon ! Les vieux auteurs, de J.O’Connor à Peter Capstick, rapportent tous, en Afrique, l’emploi de l’Auto 5 (comme on le voit ci-dessous avec sa "bosse" caractéristique), ou du Winchester 12 à pompe aux mains des guides pour le tir de suivi des félins blessés sauf le lion (2) à la chevrotine double zéro (3).

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Bon, c’est sûr, dans ce vaste continent sauvage, tout est possible (4), mais en Alaska où il y a plus d’un siècle de retour d’expérience sur les plus gros ours, le tir à balles reprend du service car nous ne sommes plus en 1950, au temps des vieilles balles Foster, ni même des « sluggers » qui servent à l’entraînement ou au plinking, et qui ne sont même pas à conseiller chez nous pour tirer les bêtes de compagnie. La révolution en matière des balles pour armes lisses eut lieu en 1986 quand Robert Sowash qui, en 1980 avait acheté le brevet BRI (5) d’une balle de calibre 50 (voir ci-dessous) en forme de diabolo ensaboté réussit à atteindre la précision d’un pouce (25,4 mm) à 100 mètres avec un SA Benelli, surmonté d’une lunette et dans un canon entièrement rayé personnalisé. Ce qui déclencha un intense mouvement de recherche-développement : dès 1987, Hastings put fournir des canons, et Mossberg sortit le pompe Trophy entièrement rayé.

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Winchester ayant racheté BRI en 1990, la technologie sabot fut immédiatement suivie par Federal, et tout un tas de balles (Barnes Expander, Copper solid Remington, Lightfield Hybryd, Winchester Supreme) qui firent passer au second plan les antiques balles Foster, même si ces dernières se mirent à progresser elles aussi par la force des choses : cotes plus près de l’alésage, et contrôles qualité plus sérieux. Ce phénomène profita également de l’explosion de la chasse aux cerfs dans les états restrictifs pour les armes rayées. Ce furent aussi les débuts des fusils de chasse rayés dédiés : Savage 220, Ithaca Deerslayer ou (en 1992) Tar Hunt RSG 12 qui, à 100m. titillent les carabines en précision. Cette dernière arme conçue à partir de 1987 par Randy Fritz un armurier de Pennsylvanie, n’est pas donnée certes (autour de 5-6000 $), mais bénéficie de déclencheurs au top (Jewell), de canons rayés au taux de torsion de 1/23, et la firme propose aussi des conversions (1000 $) à partir d’un Remington 870 fourni par le client. La recherche en ce domaine semble se stabiliser car c’est la longueur des projectiles qui limite le développement sauf à laisser dépasser le « nez » des balles comme l’a fait Ed Hubel (6), ou employer de nouveaux composants comme l’acier massif, ce qu’a fait DDuplex avec sa Monolith 32 (545 grains, 454m/s). Des sabots plus longs entraîneraient aussi ipso facto des taux de torsion plus rapides. Certains imaginent également pour contourner le problème, se servir de coques de calibre 20 comme plates-formes de lancement des projectiles de .338 à l’alésage plus petit et moins long dans le calibre, mais poussées plus vite…

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En France, nos balles dites « techniques » (BFS Sauvestre, Fier, etc.) qui dament désormais le pion à la traditionnelle Brenneke au poste, découlent de cette même approche, mais sans aller à de telles extrémités qui s’appliquent au tir de cervidés dérobards à de plus longues distances que la battue hexagonale. Les points rouges, qui se démocratisent et se généralisent pourraient, en sacrifiant certains semi-automatiques d’entrée de gamme, disposant des fraisages « gabion » entraîner, du fait de la prolifération du sanglier et du plus sécuritaire, une pente en ce sens, au détriment des carabines.

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1/ Ithaca Deerslayer, Savage 220, etc.

2/Par rapport à l’ours, c’est la vitesse du lion qui est stupéfiante, et sa masse tout en muscles qui est trois fois celle du léopard, élimine la chevrotine, donc tir obligatoire à balle et à la tête sinon c’est la mort assurée.

3/Le double zéro c’est une balle de calibre 32 (0.330 pouce), de 53 grains et 390m/s et faible densité de section. C’est un peu plus petit que le 9mm (0.335) de nos gendarmes et la moitié de sa masse…mais il y en a neuf qui tambourinent ensemble et secouent suffisamment pour laisser à peu près tout par terre à dix mètres !

4/Ross Seyfried tua un buffle du Cap au 45 Colt, les braconniers arrivent aussi à en prendre même avec du petit plomb de 12, coulé en lingots approximatifs, tiré au plus près…et bien sûr n’oublions pas les Masaïs qui se frottent aussi le lion à la sagaie et c’est encore une autre paire de manches…

5/ Le brevet Kelly- Mc Alvain BRI de 1968, prévoyait deux coques en plastique protégeant de la déformation une balle de calibre 50 et 443 grains, qui peu précise, fut un peu oubliée avant qu’elle n’intéresse, tout comme notre BFS, les forces de l’ordre pour éventuellement arrêter les véhicules forçant les barrages. Bob Sowash en reprit les droits pour l’améliorer.

6/Voir archives du 10 avril 2020 sur ces « cartouches d’enfer » !

 

 

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13 janvier 2023

1950-1960 : l'âge d'or des fusils "bolt action"

A part le Marlin Goose (1), et encore, dans certains milieux propres à la sauvagine, ce type d’armes n’a jamais pu s’imposer chez nous où le Simplex régnait en maître depuis 1908. Ce fut aux USA l’arme typique de l’entre deux guerre, de la Grande Dépression dans le « dust bowl » où il permettait d’améliorer l’ordinaire des petites fermes.

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Au départ on utilisa, un peu comme chez nous les fusils Gras à la Belle époque, des surplus militaires abondants en Mauser 98, faciles à convertir en lisse, et c’est Marlin en 1933 avec son modèle 10 à un coup qui lança l’engouement pour ces fusils simples et fiables typiques du débutant ou cadeau de Noël adéquat sans être trop dur pour le portefeuille de Daddy. Mossberg, Savage se lancèrent à leur tour, tout comme Harrington-Richardson déjà spécialiste des « singles » qui, sous toutes sortes d’appellations (J.C.Higgins, Western Field, Gamemaster) en sortit des quantités pour les grandes chaines de magasins : Sears-Robuck (2), Montgomery Ward.

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Curieusement, les années cinquante furent propices à ces armes qu’on trouvait partout, pour chasser, mais aussi accompagner les déplacements dans les dépendances des fermes où on pouvait rencontrer des serpents ou des « ravageurs » des campagnes, car la production de cartouches était encore inégale et compliquait le développement des semi-automatiques où l’Auto 5 régnait en maître, mais aussi des fusils à pompe. C’était un fusil de poil plutôt que de plume, et en fait un fusil à un coup avec rangement pratique pour les cartouches car il était impossible de maintenir un swing en douceur et de rester sur les oiseaux pour des tirs de suivi, car il fallait désépauler et actionner la main forte pour manipuler le verrou.

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Il était idéal pour tirer le whitetail à l’affût à la chevrotine, le renard dans le poulailler, où le colvert au poste posé dans les appelants car il s’en fit dans tous les calibres à partir du 410 jusqu’au 10, et toutes longueurs de canons. Le plus emblématique de cette âge d’or qui ne dura qu’une dizaine d’années fut le Marlin « Swamp Gun » ou fusil de marais, une variante du mod.55 Hunter produit entre 1954 et 1965 à 120 000 exemplaires, produit également pour Sears sous la marque Glenfield. A la fin, entre 1963 et 1965 la version Magnum à chambre de 3 pouces (76 pour nous) fut l’apothéose et toujours activement recherchée par les collectionneurs car il était souvent équipé d’un C-Loct Choke au bout facile à utiliser en tordant le museau, et d’un gros pad de crosse pour encaisser les Winchester Super X.

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La disgrâce survint quand arrivèrent les cartouches plastique et surtout la modernisation de fabrication des fusils à pompe dans la vague 1963-65 qui vit toutes les « major companies » s’attaquer à la réduction des coûts de production. A peine plus chers, les fusils à pompe étaient beaucoup plus rapides et intuitifs au tir, et mieux, emmenaient bien plus de cartouches que ces fusils souvent limités à trois. Bien sûr les gauchers étaient, plus encore, totalement désavantagés dans l’affaire. L’idée, proprement américaine née de la simplification entamée par la conquête de l’Ouest d’avoir la même munition arme de poing et d’épaule, ou la même action pour carabines et fusils de chasse, s’effaça devant la mondialisation naissante.

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Curieusement, c’est la spécialisation de certaines chasses propres à ce continent qui les a fait revenir peu à peu dans le paysage. Sur les 10 millions de chasseurs de cerfs de Virginie, 40% ne pouvant légalement utiliser l’arme rayée, le « single shot » à coup sûr a retrouvé son utilité. Même chose pour le « gobbler » dindon sauvage qui doit se tirer précisément au cou. Toutes les marques : Savage 212 et 220, Mossberg 695, Marlin 512, Browning A-Bolt, produisent avec canons rayés ou non des armes prévues pour les optiques et qui permettent des tirs précis titillant les carabines. Le summum à ce niveau étant des productions de haut niveau comme Tar-Hunt pouvant atteindre 5 à 6000 dollars.

1/Voir archive du 6 mai 2017.

2/Dans les années 2000, la grande chaîne de 830 magasins qui, pourtant, ne vendait plus d’armes depuis 20 ans, fit une campagne remarquée de reprises (160$ pour une arme qui valait trois fois moins 50 ans plus tôt) pour éviter les procès car la patte de verrou, une seule fente dans le boitier engageant la poignée comme la plupart des 22 LR, pouvait s’avérer un peu faible avec les grosses cartouches de 12.

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