Le commun des chasseurs que nous sommes, même sans être de grands experts de l’histoire des armes de chasse, croit connaître la genèse des semi-autos. Soit le génial J.M. Browning et son légendaire Auto 5 avant la guerre de quatorze jusqu’aux années soixante et l’arrivée massive de l’emprunt de gaz  ensuite…En fait, il n’en est rien, tout : long recul, emprunt, inertiel, était joué dès 1903 !

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L’emprunt de gaz était une idée dans l’air dès 1888 avec les armuriers stéphanois Jean-Baptiste et Benoît Clair qui déposèrent des brevets afférents les années suivantes (1891-1893) avec une tentative de commercialisation en 1898, mais qui ne fut pas couronnée de succès, nous allons voir pourquoi. L’emprunt de gaz s’effectuait par un gros trou d’évent à 20 cm de la bouche agissant sur un piston mobile et une culasse coulissant dans un long boitier que l’on ôtait par l’arrière, en enlevant le bonhomme d’armement. La qualité de l’arme (ci-contre à g.) était moyenne, le magasin (6+1) était dans la crosse, et l’on garnissait par le dessous du boitier de culasse, l’éjection se faisant par le haut du boitier. Mais le gros hic, c’était encore à l’époque l’emploi de la poudre noire qui encrassait tout. Malgré le gros évent (8,5 mm de diamètre), et placé perpendiculaire au canon il emplombait pas mal, et les cartouches en carton n’amélioraient pas la chose.

J.M. Browning qui, dès 1891 avait déjà planché sur l’emprunt de gaz pour l’étude de sa première mitrailleuse dût se rendre compte du problème car l’Auto 5 mis au point en 1898, breveté en 1900, commercialisé en 1903 fonctionnait lui aussi au départ avec la poudre noire. C’est sans doute pourquoi il opta, avec le succès que l’on sait, pour le long recul du canon.

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Ce choix judicieux obligea même Winchester pour contourner les brevets Browning à faire avec son modèle 1911 un flop retentissant encore connu de nos jours comme « widow maker : …faiseur de veuves !)  un  semi-auto (voir photos ci-contre à dr. et ci-dessous à g.) qu’on armait en empoignant le canon et en l’enfonçant pour réarmer la culasse. Beaucoup le faisaient en l’appuyant sur leur botte, ou en forçant par le dessus au risque de perdre la main dans le meilleur des cas…ou la tête et bien sûr la vie dans le pire !

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L’inertiel, contrairement à ce qu’on pourrait croire n’a pas été inventé par Benelli, mais par Sjögren, et en 1902 ! Une arme (deux photos ci-dessous) qui fonctionnait parfaitement mais dont la lourde culasse se baladait à l’air libre, ce qui, outre le fait de happer au passage branchages et intempéries, faisait peur aux chasseurs inquiets de voir la lourde masse mobile frôler leur joue à chaque tir. Il aurait suffi de la capoter, mais les alliages de qualité « aéronautique » n’existaient pas encore, pour que ça devienne un succès armurier. En 1907 ce dispositif fut repris par Karlsson sans pouvoir en diffuser plus de 5000 exemplaires jusqu’en 1909.

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La vraie application de l’emprunt de gaz se fit malgré tout toujours aux USA avec une arme militaire (le Garand), mais à la chasse sur les canons lisse en 1954 avec le Browning « double auto », et surtout en 1956 le Beretta A 60 et les successeurs de l’ A 300 (Urika), apparu en 1965 (Outlander de nos jours). Le concept fut abondamment repris, et amélioré par tous les constructeurs notamment italiens ensuite.  La date à retenir pour les armes rayées de chasse étant (toujours Browning !) avec la carabine BAR en 1967, également revue par beaucoup ensuite. Bien sûr, l’avènement des poudres sans fumées (et quasi sans résidus) associé à des prises de gaz mieux pensées (non plus uniques, et souvent plus inclinées vers l’avant) facilita les cycles mécaniques…mais tous ceux qui emploient un « automatique »  classique à emprunt de gaz de nos jours savent bien qu’ à moins d’être parfaitement réglé, leur outil ne « mange » pas forcément tout n’est-ce-pas ? 

sjo