Cette petite rubrique a un peu tendance –et c’est selon certains, ce qui fait parait-il son charme- à sauter comme on dit « du coq à l’âne ». Mais elle obéit aussi à une certaine logique, celle du « chasseur » informatique dont la recherche « par arborescence », joli terme pour nous autres coureurs des bois, réserve quelques « rebondissements ».

Les observateurs attentifs, et il y en  a, de notre chronique cynégétique et armurière, auront remarqué que dans les deux derniers envois, nous avons abordé la genèse des semi-autos, de là, un focus sur la marque Breda dont un utilisateur notoire chasseur de palombes…et par voie de conséquence le sujet actuel sur la saison « bleue » qui se prépare. Si l’on suit les dictons du Sud-Ouest, c’est le moment : à la St-Michel (29 septembre) l’appeau ! Terme qu’il convient de préciser puisqu’il ne s’agit pas là-bas des petites musiques servant à attirer en soufflant dedans, les migrateurs mais des appelants vivants qui sont, dans les palombières, de cabane, de sol, de « tête » (au-dessus du chasseur ), de turet  (à la cime des arbres).

A cette date le chasseur de pigeon est donc prêt car à la St-Gérard (3 octobre) l’oiseau bleu est dans la trouée des arbres avant le fameux « grand truc » de la St-Luc (18 octobre). Ce qui veut dire que la migration est là, confirmée à la St-Crêpin « où les palombes sont sous les pins », avant la St-Martin (11 novembre) qui, théoriquement « sonne la fin » de l’hivernage. Un terme qu’il convient de définir comme étant la migration de 5 millions d’oiseaux qui vont vers la partie la plus méridionale de leur aire de répartition, tout en se mélangeant aux locaux eux-mêmes plus ou moins tentés de suivre, en petites bandes d’oiseaux de l’année. Ces derniers sont ces oiseaux que nous tirons actuellement quand ils commencent à s’assembler.

 Les plus récentes études tendent à montrer que beaucoup moins d’oiseaux, un cinquième environ, ne passent plus les cols pyrénéens et restent hiverner chez nous, en particulier dans le Sud-Ouest où le maïs-grain  est abondant. Ce stationnement n’est pas sans conséquences pour l’agriculture : si le pigeon n’y est pas, comme en Angleterre encore considéré nuisible, une enquête de 2009 près de 3000 agriculteurs des cinq départements concernés chiffre à 15 % la perte sur le tournesol et 20% sur les pois et le colza.

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La météo a son influence bien sûr sur ce « passage », la vieille lune ou « lune noire » étant censée donner une impulsion…tout comme pour la pousse des champignons ! Le calendrier nous donne donc comme dates favorables pour sortir nos formes et appelants deux jours avant et après la pleine lune d’octobre (18 au 23 cette année), et le week-end du 18 novembre. Par contre le mythe des migrations nocturnes a été balayé par les plus récentes études, les bois-reposoirs vides le soir, pleins le matin observés  autrefois, étant le fait d’oiseaux ayant été dérangés à la passée du soir.

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Dans notre région, il y a peu d’installations fixes (quelques pylônes) et même de chasseurs vraiment spécialisés à cet affût où l’on pratique le plus souvent le tir au vol comme un peu partout dans le Nord de la France. Par contre en Gironde, un référendum fédéral de 2010 a montré que sur 23 000 chasseurs, les deux tiers ont demandé l’interdiction du tir au vol avec des appelants. Consultation qui a également montré qu’ils employaient pour ce tir au posé principalement (37 %) des superposés, devant les semi-autos (35%), les juxtaposés (28%), et même le bon vieux Simplex (23%). Ce dernier, souvent long de canon étant particulièrement adapté au tir posé, censé plus facile, voire enfantin…même s’il réserve parfois quelques mauvaises surprises !

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Dans ces pays de gastronomie le ramier est principalement dégusté en salmis dont nous ne pouvons  résister  à vous résumer ainsi la recette en utilisant trois instruments principaux : une cocotte en fonte où il faut faire revenir à l’huile des échalotes, carottes, jambon de pays, lard, champignons, oignons, bouquet garni. Une poêle où faire rissoler trois palombes assaisonnées coupées en deux, et enfin une casserole où on aura fait réduire un bon demi-litre de vin rouge assorti d’une bonne cuillerée de cognac ou d’armagnac (chez nous du calva fera l’affaire !) à faire flamber pour brûler l’alcool. Tout ça ayant fortement réduit à verser sur les palombes auparavant mises à feu doux deux heures de temps dans la cocotte précitée. C’est à servir coupé en deux sur des tranches de pain grillé à l’ail, arrosé d’un gros vin rouge. Voilà qui va certainement, dès que le lièvre aura fermé, vous inciter à rôder en lisières, sous les grands chênes…