Ah, la grosse patate au bout du canon ! On en voyait encore pas mal voici vingt ans, de ces fusils bizarres avec cette laide protubérance qui, en plus, déséquilibrait l’avant. La mode en a disparu à la fin des années 80, et on va voir pourquoi.

Ce qui semble une invention de l’après-guerre concomitante de l’arrivée massive des semi-autos à emprunt de gaz des sixties date, en fait de bien avant. C’est une invention américaine de E. Field-White dans les années vingt, commercialisée par Lyman, Weaver, mais surtout en 1929 complété par l’invention du colonel Richard Cutts dont les amateurs de l’Histoire de l’armement se souviennent tous du fameux « Cutts compensator » qui équipait le bout du pistolet mitrailleur Thompson aux mains des copains d’Al Capone. Le but étant avec ce frein de bouche de compenser le relèvement qui avait été relevé, lors du tir en rafale, dans les tranchées de l’Argonne.

Polychoke1956

Une seule marque, Savage-Stevens sur son 775 semi-auto et son fusil à pompe 77-SC en équipa ses armes d’entrée, l’invention étant surtout diffusée par le réseau de vente par correspondance (du style Manufrance)  Herters dans plusieurs déclinaisons assorties ou non de freins de bouche : « Cyclone » chez Hartford choke company, « Flex » chez Jarvis manufacturing company, « Adjustomatic » (en alu) par Hartford, et enfin la marque éponyme Polychoke dont on affuble désormais chacun de ces appendices disgrâcieux.

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La technologie en était simple avec des pétales et des rétreints successifs correspondant peu ou prou à tout l’éventail des chokes pour toutes les sortes de chasses. Avec un seul fusil on était prêt à passer de la chasse devant soi, à la bécasse où on tire près, ou à la sauvagine, de plus loin. Mais comme il s’agissait d’un kit, il fallait le faire monter par des armuriers qui devaient mutiler le rétreint d’origine, aléser un pas de vis idoine correctement à peine de voir la gerbe plus trop correspondre à la visée. Dans une période où les premiers semi-autos de grande diffusion ayant succédé au fameux Auto 5 (qui en fut lui aussi souvent affublé) étaient encore à chokes fixes, cette polyvalence pouvait séduire avec cependant les premières critiques.

Outre la laideur, le dispositif dépréciait l’arme à la revente car la tenue au temps était aléatoire, même s’il avait été bien monté par un armurier consciencieux. Il encrassait et emplombait dur, l’entretien était difficile, les pétales finissant par retenir également des petits bouts de plastique des premières bourres à jupe. Il était donc difficile de s’en servir en cas de tirs soutenus comme au ball-trap, et s’il se dévissait par inadvertance, il risquait de s’en aller avec la charge, et même punition pour le tir à la balle franche avec le choke serré à fond. Il était également conseillé de ne pas le faire varier et de le desserrer sur le terrain en raison des intempéries ou de tout ce quipouvait s'insérer dans le mécanisme mais surtout en raison de la manip assez dangereuse en bricolant si près de la bouche à feu au risque d’y perdre un doigt…voire la tête !

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Les premiers essais balistiques montrèrent aussi que serré à fond le « full choke » variait considérablement d’un montage à l’autre, n’offrant dans la plupart des cas qu’un « demi » (1) ce qui amena de belles polémiques dans la presse chasse US où des signatures comme Mickaël Macintosh ou  Elmer Keith préconisaient, comme pas mal de nos anciens d’ailleurs, comme véritable polyvalence d’aller dans la nature qu’avec un tube lisse ! De ce fait, la plupart des utilisateurs le laissaient ainsi en « cylinder » et l’engin perdait son principal atout recherché, celui de s'adapter à tous les terrains.

Dans notre pays il connut un certain succès chez les jeunes (à l’époque !) chasseurs qui avaient hérité et commencé à se faire les dents avec le fusil de Papy, et qui pour rester « dans le vent » voulaient néanmoins conserver l’aspect tout terrain des deux canons la plupart du temps chokés full et demi. La marque qui s’investit le plus en ce domaine fut Verney-Carron car c’était celle aussi qui avait encore la taille et l’esprit de s’adapter à la « mondialisation » naissante. La « Manu » était moribonde, les firmes artisanales dépassées par ce qui était, il faut bien le dire considéré comme un « gadjet »  (2) divisant d’ailleurs pas mal le petit monde des chasseurs hexagonaux. A la fin des années 80 la question était résolue car la plupart des marques, même sur tous les « deux coups » proposaient des chokes interchangeables pour tous les domaines, surpassant cet artifice qui faisait à peu près tout comme les autres mais « à moitié » seulement. Regardez bien autour de vous, et vous compterez sur les doigts d’une seule main les utilisateurs restés fans de ce système qui caractérise assez bien une époque, celle de la transition cynégétique et armurière de la fin des seventies.

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D’ailleurs si vous cherchez bien sur le Net, en tapant « polychoke » vous aurez assez de mal à trouver, sinon en occasion, un tel matériel qui existe néanmoins toujours en neuf chez Nitram et Truglo (ci-contre à g.), mais à des prix (de 160 à 145 euros) qui dépassent largement ceux des chokes spéciaux notamment gibier d’eau. Les essais voici quelques années d’une grande revue spécialisée ont montré que si la qualité de fabrication était impeccable, sur le plan balistique ils n’apportaient rien de neuf, notamment pour le tir à balle du grand gibier au fusil lisse qui prend de l’ampleur en France suite à la prolifération du sanglier.  Pour cet exercice, il existe désormais des fusils « slug » à canons de 55-60 spécialement dédiés dont le rétreint fixe, avec une balle donnée sera toujours plus précis une fois réglé, qu’un « tire-bouchonnage » de dernière minute pour passer de la bécasse à la battue. La quête de la belle mordorée, vu la gerbe, laisse encore une marge à l’à peu près, pas la seconde quand déboule au saut du layon, un gros solitaire !

1/C’est ce facteur lors de l’arrivée de la bille d’acier qui fit la fortune des chokes spéciaux : un « full » classique équivalent alors à un « demi » acier, les chasseurs de gibier d’eau se tournèrent alors massivement vers les USA (Kicks, Briley, Terror, Preston-Pittmann, Patternmaster etc.) qui avaient quelques années d’avance en ce domaine. Ils purent ainsi retrouver à peu près l’allonge d’avant avec leurs semi-autos qui, comme le nez de Pinnochio se mirent à s’allonger…s’allonger…

2/L’auteur, comme bien d’autres céda  (comme à celle des cheveux longs !) à la mode ambiance en en faisant monter un sur son premier semi-auto, un Fabarm « Goldenmatic » monté par l’armurerie Fontaine à Granville, sans en garder un souvenir impérissable.