Avouez que tous ce que nous sommes, nous ne préoccupons guère de ce qui se passe à l’avant de nos armes. On regarde les bois, la gravure de la bascule sans trop se soucier d’une pièce pourtant essentielle nommée le plus souvent le « devant », le garde-main ou la longuesse. Dans la foulée de ce qu’on a vu précédemment pour les cartouches à culot court, voici un nouvel accessoire méconnu pour « tirer droit »…

opm;;

Elle a un rôle double, la préhension de la main dite « faible » (la gauche pour les droitiers) et surtout d’assurer la liaison mécanique canons-crosse et de permettre le réarmement des ressorts et percuteurs à l’ouverture pour le classique système Anson, à la fermeture pour les platines les plus courantes de type Holland-Holland. Ce rôle est tellement essentiel qu’ôter cette pièce revient à totalement neutraliser l’arme si on l’enlève, et c’est d’ailleurs ce qui est préconisé lors des déplacements si on ne peut l’enfermer dans une housse ou un coffre ! Autre indication de son importance, le savoir-faire armurier qu’elle requiert, ni plus ni moins que le travail de trois artisans ultra spécialisés dans la fabrication d’un fusil : le monteur à bois qui ajuste les parties fer en les marquant à la sanguine, l’équipeur pour les ajustages précis, enfin le repasseur en blanc qui peaufine la mise en place sur les canons et surtout le réarmement des mécanismes.

auget

armeur

Dans l’utilisation sur le terrain, le quadrillage (simple, mi-fin, fin grain de poudre, écossais, en écailles) joue son rôle, tout comme la forme. Cela parait évident sur certains types d’armes comme les fusils dits « à pompe », mais aussi les semi-autos, du moins ceux à emprunt de gaz qui abritent tout à la fois le magasin, et le ressort récupérateur. Sur les fusils juxtaposés classiques les plus courants sont les types « splinter » étroits et minces où la main reste proche des canons et de la ligne de visée ce qui leur donne une certaine élégance car ils prolongent et se fondent dans la ligne fuyante des canons. L’ouverture peut se faire par auget (système Deeley ci-dessus), ou par capucine (Purdey, Boss ci-dessous à gauche). Une variante, née de la mode à la Belle Epoque du tir aux pigeons amena le type « beaver » ou queue de castor (ci-dessous à droite) entourant partiellement les canons et protégeant la main de la chaleur générée par la succession rapide des tirs.

capucine

queue de castor

Sur les superposés, ils peuvent être droit ou bombés, tulipés (dits à schnabel), étroits en deux parties (comme sur les Merkel), la mode du ball-trap ayant aussi dicté la loi d’une recherche plus poussée de l’ergonomie car le rôle de cette « main faible » conditionne de manière déterminante l’épaulement. C’est particulièrement important au pas de tir où la répétition des gestes et des postures doit se faire oublier et où on doit « entrer » dans l’arme toujours de la même manière. Un critère également important à la chasse mais où les conditions de tir sont bien plus mouvantes sur des terrains variés, des épaisseurs de vêtements changeantes. Malgré tout, le chasseur pour être efficace doit tenter de retrouver peu ou prou toujours sa même ligne de visée. Qu’il ait des grandes ou des petites mains, un fusil à crosse anglaise ou pistolet, l’influence du devant sera à observer de près lors de l’achat en armurerie.

devant juxta

Voici ce qu’en dit le champion du monde britannique de ball-trap Georges Digweed : « la position de la main, et plus proche de l’extrémité avant améliore le swing. La position doit être naturelle favorisant une oscillation libre et la vitesse générale de l’arme. Le danger c’est de déplacer l’arme trop vite quand la cible, elle-même ralentit. Dans une telle situation la main gauche doit se déplacer un peu vers l’avant ». On le comprend tous, notamment quand il faut tirer l’hiver avec d’épais paletots, et compenser en prenant la longuesse plus près de la bascule et jeter en quelque sorte le fusil vers l’avant, l’erreur étant dans ce cas de déplacer l’arme avec les bras et non avec l’ensemble du corps. Le succès du tir étant d’arriver en ligne derrière la cible, de tirer lorsque le canon la dépasse, la vitesse du coup d’épaule avec tout le corps et non avec le bras gauche, donnant la « bonne » avance.

Après tout est affaire de goûts et de couleurs, de sensation car le fusil le plus attirant à l’œil n’est pas toujours celui qui monte le mieux à l’épaule. Sur les armes anciennes, c’est aussi souvent une des pièces les plus fragiles car sans cesse en mouvement, susceptible de jeu, et assez exposée en cas de chute. C’est souvent là, bien avant la crosse ou la bascule qu’apparaissent les premières criques et crevasses. La plupart des marques (voir sur le Net) offrent des rechanges qui oscillent entre 200 euros pour les plus connues, et 50 euros sur des modèles disparus comme le Falcor de chez Manufrance  encore très présent dans notre pays.