Nous l’avons vu lors des deux précédents envois, tout ce qui se passe au bout de nos armes est souvent relégué au second plan, on tire plus qu’on mire et on considère avec le temps que ce ne sont que des accessoires, surtout de nos jours où ces derniers nous en font voir… « de  toutes les couleurs » !

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Or, quand l’instinct ne joue plus, que la distance s’allonge, qu’il faut mettre de l’avance on en vient à repenser à tous ces petits machins : guidon, grain d’orge, point de mire qui se baladent tout là-bas, au bout du canon. Sont-ils utiles ou non ? Obtient-on des résultats différents selon leur forme et leur couleur ? Voilà bien des questions qui titillent tous les chasseurs depuis que l’arme à feu existe. Pour la chasse, c’est le fusil Robert en 1840 qui le mit, c’est le cas de le dire, en première ligne car cette invention avait supprimé les chiens lesquels, selon l’inventeur « …offraient un à peu près facile, engageant à tirer la détente avant de s’être assuré que l’on prend bien le premier point de mire au  milieu du canon ».

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Certains conseillèrent bien sûr d’ignorer cette nouveauté en s’appuyant sur les observations scientifiques de l’époque : « l’œil humain ne pouvant se concentrer sur deux objets à des distances différentes en même temps ». De fait, si on se polarisait sur le point de mire, on risquait tout bonnement de ne plus voir le gibier se dérobant. On apprenait donc à se concentrer uniquement sur la cible et à oublier le petit bout de métal selon le vieil adage « fusil flou, cible nette » ! Tout juste conseillait-on quelques astuces comme Deyeux dans son « manuel du vieux chasseur » autour de 1850 : « le chasseur dont les yeux sont fatigués par le travail ou dont la vue est faible, doit faire le choix d’un fusil court afin que son regard se trouve facilement en rapport avec le point de mire aussitôt qu’il met à l’épaule ».

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Voilà qui était dit et bien dit, les vieilles revues de l’époque concédant seulement que cet accessoire ne pouvait nuire si on tirait déjà correctement, mais ne serait d’aucune utilité pour les « fusillots »,  les débutants et autres « amateurs de troisième classe, gens qui chassent pour leur santé, et sont quelquefois très nuisibles à la santé des autres » . Donc, pendant des décennies qu’il soit en métal, en laiton on ne s’intéressa plus guère à la petite protubérance avant que les années soixante et la vogue du tir sportif se recentre sur une arme repensée, ergonomique où chaque petit détail a son importance, ce que le champion international G.Digweed résume fort bien : « l’instinct fait certes le bon tireur, mais c’est la connaissance de son arme et la bonne appréciation de la distance qui fait le champion ».

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A l’ère du plastique les grains d’orge métal simples mais invisibles en lumière ambiante faible commencèrent à passer au plastique blanc, puis de couleur, enfin la fibre optique entra dans la danse venue des USA tout comme des modes de visée nouveaux : ghost rings, hausses luminescentes pour un alignement « trois points » particulièrement utiles pour le tir à balles. Des goûts et des couleurs, il en faut pour tout le monde, les points de mire se sont également allongés (pour prendre, avec la fibre, plus de lumière encore) : verts pour luminosité faible, rouges pour temps ensoleillé, blancs si nuageux.

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En fait on peut penser que l’argument est surtout psychologique car, tous les chasseurs qui les utilisent vous le diront ils oublient plutôt cette petite loupiote dans l’urgence du tir, et à la limite un fusil parfaitement conformé pourrait même utilement s’en passer. A preuve, en ayant monté un  tel accessoire à l’intersaison pour un vieux copain pas trop adroit…il vient de rater, avec cet artifice nouveau pour lui  (l’ayant parait-il « aveuglé » !) le capucin de l’année ! A ôter donc et illico dès dimanche matin suivant, et en passant d’office au plomb « fouinard »,  entendez par là croisillon et autres « dispersants », car c’est ainsi qu’on reconnait les chasseurs confirmés…à la qualité de leurs excuses pour avoir manqué !