C’est un des avantages du tir du chevreuil d’été, et de la prolifération du sanglier…il ouvre l’esprit du commun des chasseurs au tir à l’arme rayée. A part les gens de l’Est et les chasses spécialisées grand gibier, personne par ici il y a quarante ans, à part quelques afinionados dont nous sommes, ne s’intéressait à ces armes qui semblaient trop être « de guerre » !

Maintenant grâce au chevreuil, au renard, aux ragondins tout le monde connaît le 222 Remington et le 243 Winchester par exemple. Et de nouvelles perspectives commencent à s’ouvrir pour d’autres calibres nouveaux. Examinons le 300 AAC Black-out qui  semble  vouloir effectuer une percée  dans ce secteur puisque quelques marques européennes (Bergara, Anschutz) le proposent à la vente.

Un peu d’Histoire tout d’abord. Ce furent les Allemands qui, en pleine débâcle, avec le STG 44 parvinrent à concevoir le premier « fusil d’assaut » soit une arme automatique tirant la balle réglementaire mais avec plus petite douille pour en emporter des masses et arroser les gars d’en face avec un minimum de précision et de pouvoir létal, ce qui pouvait faire merveille dans le combat rapproché défensif et urbain, auquel  les Allemands étaient confrontés à la fin du conflit.  Essai qui fut transformé en fait et de belle façon par les Russes (lesquels avaient fait main basse évidemment sur les plans et essais des Allemands !), avec la fameuse Kalachnikov en 7,62X39.

300 BO, 223, Kalach

Voilà le décor planté pour nos amis US qui, les premiers, et pour les mêmes raisons dans les rizières du Vietnam passèrent à un plus petit calibre (5,56 ou 223 militaire et 222 Remington civil) dans leurs AR 15, M 16 et M4. Mais un peu comme nous autres en Indo et en Algérie avec la jolie petite « carabine US » dont nous venons de parler récemment, ça manquait de puissance d’arrêt, et on commença à bricoler des conversions d’abord par facilité pour le 38 (c’est le 9X19 universel de la plupart des pistolets SA) ce qui n’arrangeait pas bien sûr les choses côté impact. L’idée était donc de singer en quelque sorte les Russes, et de tirer une balle plus lourde, si possible de « 30 » (7mm) dans un « petit étui » de 223. De fait, pour bien comprendre, si on comparait avec l’automobile : la vitesse de la balle serait la puissance, mais qui ne serait rien sans une bonne transmission laquelle serait, en quelque sorte,  le poids de la balle, provoquant pénétration et létalité. Ci-contre à dr. et de g. à dr. le 300 BO, le 5,56 NATO ou 223 R, et la balle de "Kalach" (7,62X39).

5

Sortit donc en 1990 le 300 Whisper, puis en 2011 le 300 AAC Blackout en 7,62X35 dont les caractéristiques balistiques furent, au départ retenues par les militaires et particulièrement les forces spéciales pour être utilisées dans des armes légères, compactes, à grandes capacité et même plus ou moins silencieuses, avec ou sans modérateur de son d’ailleurs. Toute une gamme de munitions ressortant de cet esprit « petites cartouches, grosses balles » si on veut, fit un bon moment phosphorer  (on était en plein conflit irakien et afghan) la recherche balistique avec pléthore de calibres qu’on pourrait bien retrouver un de ces jours à la chasse. Le 6,5  Grendel, en 2004 imitait un peu la balle d’AK 47, mais en la forçant à rentrer dans un calibre 264 pour améliorer la balistique d’une balle réduite désormais à 6,5. Les caractéristiques de cette munition (6,5X39) montrent toute la polyvalence de ces petits étuis à grosses balles : à 100 m, son ogive de 120 grains (7,8 grammes) file à 750 m/s pour un peu plus de 2000 joules. Coût élevé, usure rapide des canons la vit rapidement passer au second plan derrière le 6,8 SPC développé au front pour allonger le tir du fusil M4 et sa puissance de frappe : 40% de plus d’énergie que le 223 R ! Le 458 Socom, conçu pour les opérations spéciales avait également une grosse puissance d’arrêt car employant des balles de 300 grains (le double d’une de nos 270 Winchester de chasse !), et le 50 Beowulf des balles de 400 grains, prévues, entre autres pour stopper les conducteurs récalcitrants aux points de contrôle…éventuellement en tapant aussi dans les moteurs ! Toutes ces munitions bien sûr confidentielles en France, opérationnelles jusqu’à 200 mètres, peuvent intéresser les chasseurs, même de cervidés surtout quand leurs grosses balles sont bien coffrées à moins de 100 m. Ce petit cliché à g. montre bien l'esprit de construction de ces nouvelles cartouches, la référence à g. étant le 223  R ou 5,56 NATO qui équipe désormais toutes les armées occidentales. On raccourcit la douille et on installe de grosses balles ! 

aaze

La grande plasticité du 300 Blackout permet de tirer avec une douille « améliorée » de 223 soit des grosses balles subsoniques de 200-220 grains (14 grammes), soit en supersonique des petites de 90-110 grains) : les gros écarts de poids de balles illustrant la versatilité des objectifs possibles, du sanglier déjà d’un bon poids, au renard.  Pour rappel, nous autres chasseurs avec le 222 qui reste  très proche, tirons au mieux des balles de 55 grains, grosso modo celles de nos meilleures bonnes vieilles 22 LR ! Leur puissance à 100 m gravite toujours autour de 1000 joules, et si leur emploi miliaire se cantonne à 3-400 m (comme la fameuse Kalach mais qui, elle, « tape » beaucoup plus), l’intérêt pour la chasse explique la longue liste de fabricants (1) d’armes qui commencent à le proposer à la vente, alimentée par la possibilité d’une bonne demi-douzaine de chargements (Hornady, mais surtout Remington dont le département défense a été associé à l’étude). Auparavant cantonné au marché uniquement US, (législation française très restrictive oblige) des « uppers », c’est-à-dire conversion des « dessus » (ensemble canon-culasse) de copies d’armes militaires, ce créneau « armes à verrou » dans ce calibre est certes encore limité, mais montre une tendance.

iinhj

La polyvalence des charges permettrait en effet comme pour son cousin le 222 R avec les ogives légères du tir placé précis comme avant sur tous les nuisibles et jusqu’au chevreuil, puis avec les plus grosses,  de monter à la battue où on tire de près (50 m au plus) avec la même force de frappe que le 222, mais avec de « grosses » balles (2) moins sensibles au vent et tapant plus dur surtout de près. En France, où le tir de chasse est interdit au-dessus de 300 m, et où il y a peu de stands de cette dimension, la discrétion de la détonation permettrait de s’entraîner à moindre coût, la munition étant, de plus, facilement rechargeable. Encore confidentielle cette munition aurait, selon ses premiers détracteurs, un seul défaut...être l’arme idéale…des braconniers !

anschutz vvcbn

1/Citons parmi les firmes US qui en font à verrou : Howa (voir le test complet balistique et impressions sur le site en français « Marksman » que vous trouverez facilement sur le Net), Ruger American, Remington 700, mais aussi les européens Bergara et Anschutz (ci-contre à g.). Pour ceux que ça intéresse nous avons déjà donné un petit panorama des petits calibres nuisibles dans notre archive récente du 8 mai 2017.

2/ Pour rappel, le premier calibre de battue le 270 Winchester emploie au mieux des balles de 150 grains (9,72 grammes), notre 7X64 national  va jusqu’à 175 grains (11,35 grammes), et pour dépasser les 200 grains faut monter autour du 300 WM et nos calibres traditionnels de battue « au gros » : 35 Whelen, 9,3X62, etc.

Prochain envoi : le 6,5 Creedmoor ou la précision à longue distance.