Notre petite rubrique qui vise à présenter les armes et quelques chasseurs célèbres, ne pouvait manquer d’aborder un jour la figure du colonel Thomas Thornton (1757-1823), un brave britannique associé aux carabines multi canons, mais qui défraya largement la rubrique dans notre pays où il mourut en 1823.

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Parfait excentrique, jouissant d’une fortune colossale, au moment où le fameux capitaine Cook explorait les antipodes, il se rôda dans la relations de ses hauts faits cynégétiques en allant bien moins loin, en 1804, simplement dans les Highlands ! Il avait, pour l’occasion affrêté un navire et lança en quelque sorte la mode des sportsmen chassant, pêchant, jouant aux cartes ou lançant des paris considérables sur des folies, mais qu’il remporta à chaque fois comme par exemple sauter sa propre taille (1,70m déjà pas mal hein !) ou courir 6500 m en 32 minutes. Ce qui ferait du 12 km à l’heure et autour de 40 minutes aux 10 kms, chiffres qui parleront à tous ceux qui font ou ont fait de la course à pied…et bien sûr avec les godasses de l’époque, du genre escarpins ou ballerines !

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Il profita des conséquences de la Paix d’Amiens permettant aux étrangers de venir plus facilement en France et à y investir, notamment parce que le prix de la terre et de l’immobilier y était trois fois plus accessible qu’en Angleterre, avant de se lancer en 1814 dans une grande expédition à l’instar de celle effectuée dix ans plus tôt en Ecosse. Il débarqua en grande pompe à Dieppe, accueilli par le préfet en personne, son équipage ne passant pas inaperçu et une caravane où son « mobil-home » préfigurait un peu notre tourisme moderne. Sa maison à roulettes accueillait une meute de grands courants, un équipage de fauconnerie (1), une armurerie bien remplie, des commodités pour accueillir les domestiques, voire quelques bonnes fortunes de passage…Comme pour son premier voyage il laissa une relation de la chasse en France au temps du Consulat et de l’Empire, malheureusement à notre connaissance, pas encore traduite chez nous.

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Il se faisait appeler « prince de Chambord » pas moins car il loua un moment ce fabuleux château, puis en 1816 « marquis de Pont » du nom du domaine qu’il acheta à Pont-sur-Seine, vendu à sa mort en 1823 à Casimir Périer. Jamais naturalisé Français malgré son souhait de l’être, le procès entre ses héritiers fit longtemps jurisprudence pour savoir comment les lois de notre pays pouvaient s’appliquer à des étrangers, mais il était quasi ruiné.

Pour nous autres amateurs d’armes, son nom est souvent associé aux carabines multi-canons dont il était un fervent défenseur : un célèbre tableau le voit avec son célèbre 7 coups, en fait un 7X3 car il y avait trois balles dans chaque ! Et le musée de Liège possède même un 2X7…de quoi envoyer sur le gibier de véritables bordées…car cette technologie était bien sûr issue de la marine et des techniques d’abordage pour balayer les ponts. On la devait aux travaux de Henry Nock, un simple serrurier qui avait dû, comme l’exigeait la loi anglaise en 1780 s’associer à des membres de la Guilde des Gunmakers  pour vendre 500 de ces armes destinées à  garnir les hunes des vaisseaux de la Navy.

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La platine à silex communiquait le feu par des petits canaux à la multitude de canons souvent eux-mêmes garnis de plusieurs projectiles. Malgré le poids des engins, et le gros recul à prévoir, la précision en souffrait et la profusion d’étincelles faisait craindre à tout moment un début d’incendie toujours gravissime sur des bateaux en bois. Malgré tout, Nock en fit aussi en plus légers pour les chasseurs dont notre fameux colonel Thornton. Il est encore à noter que le cinéma, en 1960 a mis une telle arme dans les mains de Jim Bowie (joué par Richard Widmark) pour le film « Alamo », sans que sa présence n’ait jamais été attestée lors de la célèbre bataille de 1836 pour la constitution de l’état du Texas. Plus curieux encore, cette firme Nock fut rebaptisée en 1818 du nom de Wilkinson, célèbre ensuite pour ses épées, et depuis 1965…pour ses rasoirs !

1/ Grand artisan de la relance de la fauconnerie en Grande-Bretagne, il y avait accueilli comme émigré l’ancien grand fauconnier royal. En France son association  fut plutôt celle de joviaux sybarites surtout occupés à manger, boire et chanter !