Parmi les marques US, seul le Winchester 21 a fait quelques timides apparitions en France, concurrencé qu’il était par une production française pléthorique dans l’entre-deux guerres. Ce qui n’empêcha pas les USA de proposer pléthore de modèles avant que les semi-autos, vers 1950-60 arrivent sur le marché pour concurrencer le fameux Auto 5.

belle pub baker

 

William H Baker (né en 1835) commença à faire des fusils de chasse en 1867 à Lisle (état de New-York), puis travailla un peu (1877-1880) avec les  Smith Brothers dont nous reparlons plus loin, formant avec son frère Ellis en 1887, sa propre société dont l’usine de Syracuse brûla l’année suivante ! Ce qui explique son déménagement à Batavia pour former Baker Gun and co, peu avant sa mort de la silicose en 1889. L’usine fut alors reprise par son directeur  Franck Hollenbeck qui fit déposer plusieurs brevets aboutissant aux réputés fusils « Paragon » de plusieurs grades utilisant de l’acier allemand Krupp. A partir de 1903 fut ajoutée une ligne plus accessible sous le nom de « Batavia » jusqu’en 1919 où la Baker Gun (production à cette date environ 150 000 pièces) fut vendue à Folsom qui améliora la lignée Paragon par un « Black Beauty special », la mention « Baker » disparaissant du paysage fort mouvant on va le voir de l’armurerie américaine en 1930 quand l’usine fut convertie en fabrication…de pièces automobiles !

 

Grand handicap

L’exemple de Lefever  à Syracuse (état de N.Y.) qui fut assurément le juxtaposé   (conçu en 1883 avec armement auto et éjecteurs)  le meilleur, le mieux gravé et fini, de cette époque est éclairant. Daniel Lefever (1835- 1906), artisan renommé au point qu’une de ses armes finement gravée fut offerte au président Harrison en 1894, avait créé en 1883 avec ses fils Franck, George et Charles une société vendue à Ithaca en 1916 qui continua à faire des Lefever de bon niveau  jusqu’en 1919, puis en 1921 produisit sous ce nom célèbre, sa propre ligne (modèles Nitro double et special one liés aussi à l’arrivée des charges super X) mais à moindre prix (et niveau de qualité !) jusqu’en 1941. Dans cette période Ithaca vendit au moins quatre fois plus de fusils sous ce nom, que l’original.  Et pour compliquer la chose, les enfants du premier continuèrent plus ou moins (Royal gun en Virginie, Waverly dans l’Ohio) à tenter de surfer sous ce nom célèbre, en produisant de leur côté de petites quantités. Inutile de dire que cet imbroglio, fait actuellement le miel des collectionneurs et spécialistes, un peu comme chez nous le débat interminable autour des Darne petites et grandes clefs, et copies diverses quand le brevet tomba dans le domaine public. Ithaca a fait faillite en 1986, racheté sous un nouveau nom Ithaca Acquisition et qui ne continue à produire de nos jours en lisse,  que le fameux « pompe » modèle 37.

1914Sterlingworth

Ansley H Fox  commença la fabrication de fusils de chasse vers 1896 à Baltimore puis, vers 1904 à Philadelphie, Pennsylvanie avec une production plus élevée et de meilleure qualité dans des grades allant de A à E entièrement gravés (modèles Sterlingworth sortis en mars 1910 entre autres que l’on voit ci-contre à g.) jusqu’en novembre 1929 où il fut racheté par Savage. Mais ce dernier qui avait aussi absorbé  Stevens en 1920 continua de fabriquer et de commercialiser à partir de cette date un juxtaposé « modèle B » souvent confondu avec l’original proposé sous de nombreuses variantes jusqu’en 1942 quand tout sauf les canons de cette série du modèle B utilitaire furent abandonnés. Stevens, de son côté comme de nombreuses marques dans ce pays où les firmes que nous dirions « capitalistes » évoluent à toute vitesse selon la dure loi des marchés, avait disparu du paysage en 1925 sous les marques commerciales Ranger Sears et Wards -Western mais tout en continuant à produire des extrapolations de son vieil hammerless 311, 315 puis 330 jusqu’à la guerre.

Savage par ailleurs produisit des avatars de cette filière prolifique de fusils économiques de conception éprouvée et largement amortie jusqu’en 1980 sous le nom de Stevens-Springfield 511. A partir de 1947, la fameuse firme à l’effigie de la tête d’Indien,  tenait donc entre ses mains les marques Savage, Stevens, Springfield, le catalogue Fox, et même Crescent-Davis depuis 1931. Cette dernière société avait été fondée en 1888 par Georges Cilley et Franck Foster, sortant son premier double hammerless en 1891, mais passant sous contrôle financier de Folsom deux ans plus tard. Cette maison qui fut une pionnière du 410 fusionna avec Davis en 1929. Savage, par ces acquisitions consolidait son positionnement sur ce type d’arme (le Fox type B ne disparut du catalogue qu’en 1988 !) dans les installations  anciennes de Stevens à Chicopee Falls (Massachussets), laissant son usine d’Utica (New-York) fabriquer…des machines à laver pour le boom immobilier de l’après-guerre ! Savage, depuis une vingtaine d’année a certes fait un retour remarquable dans le monde de l’armurerie mondiale, et redoré son blason en matière d’armes de plus haute qualité…mais sans qu’il soit malheureusement question de nouveau, pour les amateurs,  de fusils de chasse à canons juxtaposés !

tobin faux corps

Nous terminerons ce survol par une rapide évocation de Franck Tobin (1862-1939) canadien d’origine qui ne fit qu’un bref séjour (1903-1909) aux Etat-Unis où il s’installa  à Norwich (Connecticut), le temps quand même de produire 11 000 armes de bon niveau (voir ci-contre à dr. ces beaux modèles à faux corps), et de repasser la frontière pour continuer son activité jusqu’en 1929 à Woodstock (Canada).

Prochain et dernier envoi de la série : perspectives et  production US actuelle de juxtaposés.