Il ne faut pas trop abuser des citations ni des renvois aux « vieux auteurs », mais leur prose reste toujours d’actualité, et leur sens de l’observation plein d’à-propos. Voici ce que nous disait le Commandant Garnier sur le gîte du lièvre en 1879 :

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« Le lièvre ne manque pas d’instinct pour sa propre conservation : il se choisit chaque jour en effet un gîte selon le temps qu’il prévoit et le devine à l’avance, ce qui fait dire de lui qu’il est un excellent astrologue et se cantonne différemment selon le temps et les saisons. L’hiver il choisit les lieux exposés au midi, les buissons les plus épais, et en été il se loge au Nord. Au printemps il se relaisse dans les blés verts et les jeunes taillis. Quand il se gîte dans les terres labourées il se cache d’ordinaire, pour ne pas être vu, entre des mottes qui sont couleur de son poil.

Par la pluie, il gagne les coteaux pierreux, dénudés, où poussent les chardons,  les abords des carrières, les chaumes secs, les vieux labours, les bruyères et les bois élevés, partout enfin où son gîte ne peut pas être inondé. Lorsque les grands froids s’accentuent on constate que ces animaux s’enfoncent de plus en plus dans les bois, quittant les lisières, et presque tous les plaines exposées au vent du Nord.

Le gîte du lièvre est légèrement enfoncé en terre, moulé sur le corps de l’animal, on lui donne à cause de cela le nom de « forme ». Mais ce n’est qu’une habitation de passage car, revenant rarement au gîte de la veille, il s’en creuse chaque jour un nouveau, sauf le cas où la terre, durcie par le froid, l’en empêche. On doit donc dire, si on veut être correct que cet animal revient mourir non à son gîte, mais à son lancer ».