Charles Bombonnel, l’aventurier dijonnais dont nous avons parlé dernièrement était certes un grand chasseur de panthères en Algérie, mais aussi de sanglier dans sa Bourgogne natale. Voici  suite à nos recherches dans le cadre de ce précédent article, une belle anecdote reprise dans les  « chasses au sanglier »  de Lanorville, et dans un joli site spécialisé (1) où il tire un sanglier de trois cent livres venu se rembucher dans le grenier d’un maréchal-ferrant !

sangl

L’affaire démarre dans les bois de Chaignay près d’Is-sur-Tille où après avoir fait le bois, avec quatre amis, et quatre chiens seulement, il lance l’animal sur près de deux heures, mais le vent finit par disloquer le groupe. Le sanglier fatigué prend une balle franche de l’époque dont certainement moins efficiente que celles de notre époque, mais quitte les bois pour entrer tout droit dans le village de Diénay où il arrive dans une cour, les habitants le recevant à grands coups de trique « …peu flatté de cette réception il s’empresse de ressortir gagne la rivière » où il donne une leçon de natation aux chiens, et finit par rentrer dans la ville d’Is-sur –Tille bien connue des amateurs…de mots croisés :  « mes chiens le chassant dans le milieu de la ville comme s’ils chassaient en pleine forêt. Là il se jette tête basse dans la boutique d’un maréchal-ferrant dont il culbute les outils et l’enclume, le maréchal se sauve en criant comme un beau diable : un couchon enragé…un couchon enragé ! Tout le monde se rassemble et arrive, celui-ci avec une fourche, celui-là avec une pioche, un autre brandit un marteau ou une hache, s’engage alors un combat sanglant entre les assiégeants et l’assiégé. Chargé par la foule, le sanglier charge à son tour, déchire quantité de fonds de culottes, renverse une douzaine de personnes, blesse plusieurs individus dont un grièvement, puis passe par une fenêtre, prend un escalier et monte jusque dans un grenier où il est enfin achevé au grand contentement de tous ».

qqsdf

Et notre chasseur de fauves de conclure « il a été fort heureux pour eux et pour mes chiens d’avoir eu affaire dans cette circonstance à un gros sanglier miré (1) par conséquent mal armé et bien moins dangereux qu’un ragot ».

Avec celles de Jules Gérard ses aventures inspirèrent Daudet pour son fameux Tartarin. Bombonnel célèbre par son livre de 1860 était connu du cousin de l’auteur Antoine Henry Reynaud colosse truculent excentrique féru de chasse avec lequel il avait voyagé en Algérie. Daudet s’ inspira de ce parent pour écrire en 1863 la nouvelle « Chapatin de Tarascon »…Chapatinc’était justement le surnom de ce cousin qui prit la chose fort mal de même d’ailleurs que les habitants de Tarascon et du Midi tout entier, et la nouvelle fit donc initialement un flop au moment où l’auteur Frédéric Mistral magnifiait cette région. Ce qui obligea Daudet à transformer en 1872 le titre en « Barbarin » et enfin « Tartarin » qui connut, lui, le succès que l'on sait. 

tégement (1)

Ci-contre à g.  la tombe de Bombonnel au cimetière des Préjoces à Dijon où on le voit en tenue de chasseur, et sur la stèle cette légende : « Oh St-Hubert tu m’as protégé pendant mon vivant, veille encore sur moi pendant ma mort ». Charles Bombonnel fut également un héros civique dans sa région natale car il prit, en 1870, la tête d'un corps franc de volontaires pour faire face à l'invasion des Prussiens. A ce titre, une rue porte son nom à Dijon.

1/ Le sanglier de A à Z créé en 1997 dans le Nivernais, blog et forum avec plus de 107 rubriques, nous en recommandons chaudement la lecture à tous les amateurs de la bête noire.  

2/ Dont les grès se retournent vers l’œil et donc moins dangereuses pour les chiens et les hommes. Dans un prochain envoi nous reviendrons sur les particularités de la « hure » de sanglier.