Dernier avatar de notre série sur les poudres.

poudre T

Tout ça nous amène à notre période moderne où toutes les poudres sans fumée, utilisées dans toutes sortes de munitions, lisses ou rayées sont fondamentalement dérivées des inventions que l’on vient de voir dans les années 1880-1900. De manière concomitante, elle correspond peu ou prou, en raison du  bond  technologique armurier qu’elles imposèrent, à tout ce qui fait l’univers de nos armes d’aujourd’hui employant, comme on dit , les poudres « pyroxylées ». A tout seigneur tout honneur, il nous faut tout d’abord parler de la fameuse poudre « T », abandonnée de nos jours mais dont les vieux bidons de 125 grammes de couleur verte et noire trônent encore un peu partout sur nos étagères. A partir de 1900, et quasi jusqu’à nos jours elle fit tirer des millions de cartouches, révolutionnant l’univers du rechargement au moment où la poudre noire n’avait pas encore définitivement disparu du paysage. Moins progressive que les poudres modernes développées après -guerre, et dont nous allons bientôt parler, elle s’employait avec de la bourre grasse ou liège, et un sertissage rond plutôt qu’en étoile générant trop de pression.

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Le saut qualitatif par rapport à la poudre noire était conséquent : pour propulser la charge standard de 28 grammes de bon plomb il n’était besoin que d’1,7 grammes en 16 (1,90 grammes en 12), contre près de 3 grammes en poudre noire ! La vitesse de combustion, et donc la réponse de rapidité au tir (sans même parler des « longs feux » fréquents avec l’ancienne poudre !) était divisée par trois. La poudre T fournissait deux fois plus de chaleur, trois fois plus de gaz, mais doublait le niveau des pressions sur les bascules ce qui engendra le développement des aciers spéciaux, et, par voie de conséquence, les progrès armuriers que nous avons évoqués plus haut. Ils étaient associés aux poinçons d’épreuve ad hoc : PT pour St-Etienne, PV pour Liège, sauf que la mesure des pressions des cartouches de l’époque était faite avec une autre méthode (crusher ou mécanique autrefois, piézo-électrique de nos jours). Malgré tout on peut toujours leur faire confiance, ils doublent, au pire, la capacité d’encaissement de toutes nos cartouches communes : 900 kg pour l’épreuve normale, 1200 kg pour la supérieure quand une cartouche classique ne dépasse pas 600 kg. 

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Après la seconde guerre mondiale, parallèlement à la fameuse poudre T, de nouvelles poudres virent le jour (Ba 3, Ba 2, Ba 6) classées selon la notion de vivacité, comprendre son comportement en fonction de sa surface et du volume de gaz produit. Une poudre vive indiquant une grande surface de poudre par rapport à leur volume, et donc plus de gaz, et ce plus rapidement. En face, une poudre lente aura des grains plus petits, moins de gaz, mais combustion plus longue. Tout ça devant être adapté à l’arme, et en ce qui nous concerne, nous chasseurs, la masse de plomb à envoyer vers le gibier. Dans le cas d’une masse lourde, on le comprendra facilement, vaut mieux employer une poudre lente, progressive et un canon long pour que la combustion aille au bout pour faire son effet. Parmi celles-ci, en principe vendues exclusivement aux encartoucheurs par la SNPE, la gamme A reste la plus utilisée pour nos chargements classiques. Ce qui va de la A 0 lente et souple d’emploi pour les charges lourdes (exemple la Tunet « haut-vol » et 391 m/s pour une charge de 40 gr.), aux semi-vives A 1, A2, A3 de la Verney-Carron Flash ou Fob super 36. A l’inverse, pour les armes de poing on utilise des poudres sphériques vives (S2 et S3) pour que toute la combustion soit achevée avant que les projectiles ne quittent  des canons par essence courts, voire ultra-courts.

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Cette nouvelle donne rendit un peu désuète l’omniprésente poudre T, moins progressive, et ouvrit la voie à des « cocktails » mieux adaptés aux nouveaux marchés que l’on dirait « de niches » actuellement : tir sportif (charges moins lourdes, plus de vitesse), gibier d’eau (là, a contrario charges lourdes), et plus récemment, substituts au plomb. La cartouche elle-même, autrefois sempiternellement à bourre grasse et sertissage rond évolua vers la bourre à jupe et le sertissage étoile qui permet, en plus, selon le nombre de plis, de jouer sur les pressions. Les encartoucheurs ont bien sûr parfaitement assimilé les avancées techniques de la chimie qui, il y a un peu plus d’un siècle pouvaient encore faire peur à cause des explosions inopinées. A titre d’exemple, une petite marque italienne d’articles de chasse comme Romagna Caccia en Italie put proposer un début de  gamme en 1970, puis à partir de 1988 ne plus se consacrer qu’à ça, produisant 130 millions d’unités par an, disponibles dans 60 pays. Dans son usine de Forlin, non loin de Ravenne et de San Marin, trois machines produisent 270 000 unités par jour dans un contexte très moderne et automatisé, mais avec un contrôle rigoureux de 4 cartouches tirées pour essais par série toutes les trente minutes.

Malgré toutes ces avancées, et tous les mérites discutables à l’infini de nos cartouches préférées leur qualité reste dépendante de la fameuse loi de Piobert , toujours d’actualité malgré son âge stipulant que « la poudre la plus convenable pour une arme déterminée, est celle, qui brûlant d’une manière complète dans le temps que met le projectile à parcourir l’âme de la pièce, lui imprime non instantanément, mais graduellement, toute la force de projection dont elle est susceptible ».