Jadis, souvenons-nous, les hivers brumeux résonnaient du bruit des cognées car tout était fait à la main. En novembre, les agriculteurs eux-mêmes, qui avaient un peu plus de temps devant eux venaient parfois, dans les bois en renfort des bûcherons car les fermes disposaient de tout un matériel apte à se débrouiller grandement par eux-mêmes : scies à bûches, cognées, coins et merlins, serpes à « évarapper ». Les bruyantes tronçonneuses n’étaient encore pas nées…

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 Dans notre région forte en taillanderie on savait apprécier l'ouvrier à la qualité de ses outils, et l'aiguisage répondait à tout un rituel rendant par exemple plus facile l'usage du « passe-partout » qu'on graissait à la couenne de porc ou au « pissot » là où s'attache la queue du cochon.

Les bois résonnaient d'une activité que l'on a bien oublié de nos jours où seul le vacarme des tronçonneuses vient troubler la quiétude des animaux sauvages. S'y côtoyaient une partie de l'année, au point que certains y habitaient même à demeures dans des « loges » ou « culs de loups » : charbonniers, sabotiers, chasseurs, gardes...et braconniers !

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Les métiers du bois alignaient une kyrielle de compagnons et autant de métiers maintenant disparus : scieurs de long, équarrisseurs, qui étaient des tâcherons ambulants, mais aussi écorceurs (pour le tan), élagueurs, fendeurs de merrains, lattiers pour les pièces n'intéressant pas les scieries, usant de la plane, du coultre, du déparoir. De loin en loin, on apercevait aussi la silhouette furtive des fabricants de balais et surtout des fagoteuses, usant de l'ancien droit de « mort-bois » qui se faisait (théoriquement !) à mains nues, avec comme seul moyen de transport leur tablier...qu'elles arrivaient à bricoler en cousant ensemble de vieilles « pouques »...les gardes-forestiers fermant le plus souvent les yeux sur cette petite entorse à la coutume.

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 Les charpentiers donc, sollicités par le paysan qui voulait s'étendre ou construire un bâtiment, prenaient souvent le bois sur place. Il fallait deux bonnes heures pour abattre un chêne, une heure déjà pour arrondir le pied, puis démarrer une coupe dans le sens de la chute et attaquer « à revers » au passe-partout en disposant habilement des coins pour assurer la sécurité. Dans ces années où il n'y avait pas encore de tracteurs, il fallait aussi être bon conducteur de chevaux pour, comme les débardeurs-rouliers, manier adroitement le triqueballe, manoeuvre souvent dangereuse et pénible pour positionner la bille dans un endroit où on allait pouvoir débiter avec la scie à cran, en faisant une fosse dans la terre et manier le passe-partout. Fallait trois à six jours à cinq bonshommes sur place (et un « tonniau » de cidre !) avant de pouvoir peaufiner les pièces à l'atelier, cette fois à la scie circulaire.