Populaire partout dans le monde, malgré la faiblesse au combat de sa munition en 30 Carbine (1), la petite carabine U.S. a poursuivi sa carrière bien longtemps après, jusqu’à la guerre du Vietnam, et avec, bien sûr, une déclinaison civile en 22 LR, extrêmement prolixe.

ARJan6781M22

 

On y  gagnait en prix de munitions bien sûr, mais avec surtout l’impression de s’emparer de tout un pan d’Histoire, du pont de Remagen à Iwo-Jima, avec en plus pour nous autres petits français une bonne génération de « gus » l’ayant maniée en Indo comme en Algérie. Inutile de dire donc que, dans les années soixante elle fit –c’est le cas de le dire ici- un « carton », la législation étant encore souple sinon inexistante pour les petites  semi-auto en 22 LR…ce qui n’est plus le cas aujourd’hui comme on va le voir plus loin.

ruger

Curieusement, c’est  l’ancienne entreprise allemande Geisel, établie à Dachau,  faisant déjà des carabines 22 d’entraînement pour la guerre, vendue en 1961 à Fiberglide qui relança une copie quasi conforme de la 30 M1, en 22 LR, dans un premier temps pour l’entraînement des troupes qui avaient hérité de l’arme originale dans l’après-guerre : ce qui pouvait aller des parachutistes de diverses armées, ou aux carabiniers italiens. Aux USA, Excam de 1978 à 1984, puis Beeman Precision, et  Iver Johnston la firent également et même en 22 Mag. Le concept était certes amélioré  mais c’était surtout la ligne générale, et le look séduisant dont tout le monde s’ inspira : Coey (2), Savage avec le modèle 64, et surtout Ruger (ci-dessus à dr.avec le modèle 10-22 le plus abouti (notamment son chargeur circulaire comme sur les Mannlicher (ci-dessous à dr.). Toujours produit depuis 1964, c’est certainement la percussion annulaire de base (250 dollars environ) la plus évolutive au monde : il y a des versions compact, classic, tactical, et même démontable takedown dans le calibre 22 LR, mais aussi Magnum (de 1998 à 2006) et même 17 HMR (2004-2006). Il y a tant aux USA de fabrications de pièces et accessoires qu’on peut en monter une sans qu’il n’y ait dedans, aucune pièce Ruger ! Chiappa fait toujours un modèle Citadel M1. En bois mais aussi avec crosse polymère.

 

charg rugerChez nous on a vu passer beaucoup de modèles Erma dont il faut retenir l’aspect général quasi identique à son modèle en 30 jusqu’à reproduire un faux « gros » chargeur qui cache à l’intérieur celui à capacité 5-10-15 (il y a même eu un  30 coups) en pile simple, ce qui amenait d’ailleurs souvent, si un peu brutalisé, des problèmes d’alimentation et de choix de munitions. Le fonctionnement à culasse non calée avec un levier en zamac alliage de zinc réputé fragile, pour la réitération du cycle obligeant à de nombreux essais, et l’option de cartouches puissantes, souvent des RWS rifle match ou CCI minimag. Le départ était léger (5-600 g), la visée avec un bon dioptre réglable en dérive sur un guidon un peu épais. Pas de hausse, par contre des ponts permettaient d’adjoindre une lunette,  le canon court (44 cm) limitait l’utilisation à une cinquantaine de mètres mais était fileté à son extrémité pour l’usage d’un modérateur de son.

coey

Ces petites carabines semi-auto (Gevarm, Manu Reina, Unique, etc…), encore nombreuses dans les greniers car longtemps en vente libre ont pris un sérieux coup d’arrêt  législatif à partir de 1995, et surtout depuis 2013 où elles sont en catégorie B, et surtout relèvent du point  particulier où, tonnerre de Brest,  elles ont « l’apparence d’une arme automatique de guerre ! Donc, si vous en dégotez une,   (à g. une Coey, à dr. une Savage) abandonnez tout espoir de voir un armurier s’embarrasser de tenter de les transformer en 2+1 avec magasin inamovible car en plus des difficultés techniques inhérentes, il faudrait la faire repasser au banc d’épreuve, sans même parler des tracasseries administratives à suivre derrière. Seule une adhésion FFT  permettrait, et encore, de la conserver car on ne voit pas un tireur sportif sacrifier une détention pour faire du « plinking » !

savage 64

Le plus curieux c’est que la munition originale de la carabine US (le 30 Carbine : 7,62X33) est à ce point obsolète qu’elle est désormais classée en catégorie C. Mais ce qui est rédhibitoire c’est la fameuse « apparence d’arme automatique de guerre »…Du coup, même mutilée à un coup, ou peinte en rose bonbon vous n’y couperiez pas !

1/Voir notre archive du 1 juin 2016. Pour mémoire, les caractéristiques militaires standard du 30 Carbine donnaient avec une balle de 110 grains (7,1 gramme), 580 m/s à la bouche et 1100 Joules. Aux distances usuelles de combat, disons 3-400 m. toutes ces données baissaient de plus de moitié, les 500 Joules restants  étant à comparer à ce qui est nécessaire pour le plus petit de nos grand gibier soit le chevreuil, 1500 Joules, pour un animal qui pèse 25 kg au plus ! Or un « ennemi combattant » selon la curieuse terminologie US de Guantanamo, fait au bas mot, trois fois ce poids. Ce qui amena les premières controverses militaires sur l’emploi des petits projectiles au front. Il vient d’être relancé par l’apparition du 224 Walkyrie dont nous reparlerons bientôt. Dans ce calibre utilisé jusqu’au début des années 70, l’US M1 a été produite à 6 millions d’exemplaires par toutes sortes de fabricants, le plus inattendu étant IBM, avant qu’il ne donne dans l’informatique !

2/Coey, marque US de 1919 à 1961 où elle fut rachetée par Winchester. Ses modèles populaires 64 et 64 b étaient fabriqués à l’usine de Cobourg (Ontario).