Il en est souvent question ici, la genèse des munitions de chasse rayées n’obéit pas qu’à leur efficacité réelle ou supposée, elle doit aussi se plier aux dures lois du marché. Il n’est pas rare qu’une sublime trouvaille d’un « wilcatter » entendez par là le génial inventeur d’une petite merveille concoctée sur un coin d’établi, dans son garage,  ne dépasse jamais le cercle restreint de quelques connaisseurs. Et puis d’autres trouvent un succès rapide car elles sont rapidement passées sous la coupe d’encartoucheurs qui les distribuent rapidement et passent ainsi à la postérité.

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C’est le brevet, document officiel qui confère le droit exclusif de fabriquer, utiliser ou vendre une invention pendant une période limitée très précisément dans le temps. Certaines marques armurières ont ainsi su développer en même temps que leurs armes des modèles de cartouches brevetées sous leur marque déposée. Celles-ci étaient donc des modèles exclusifs qui ne pouvaient être produits commercialement que par le propriétaire du brevet ou de la marque ou par un encartoucheur ayant obtenu un contrat de licence avec le titulaire du brevet ou de la marque. Nous allons voir plus loin le curieux destin de certains « bricolages » ayant ainsi réussi…

Ces cartouches exclusives ne furent jamais les plus populaires en raison de leur prix élevé, de leur disponibilité par force restreinte, le propriétaire n’étant pas censément outillé pour produire en grande série et limiter donc les coûts. Le meilleur exemple fut l’excellent et polyvalent 375 Holland-Holland qui ne put accéder à sa large popularité que dans les années trente…à l’expiration de son brevet ! C’est pourtant de nos jours le calibre référence dès qu’on veut accéder au « big five » en Afrique.

IMG_6742aPlus près de nous, Weatherby opta pour la même politique et ne s’associa aux grands fabricants de cartouches que quand son concept de projectiles à hautes vitesse fut abouti et validé. Il s’agissait de modèles particuliers (magnums ceinturés) plus chers à produire et sur lesquels les grandes marques comme Remington et Winchester tardaient à s’engager. C’est la concurrence effrénée entre ces dernières qui, à la fin des années 90 les incita à se lancer rapidement et quasi en même temps dans la conception de cartouches magnum éventuellement non ceinturées. Weatherby eut des contacts dès 1963 avec RWS, puis Speer brefs et infructueux, mais bien établis un peu plus tard avec le suédois Norma, Hornady et Nosler. Le célèbre fabricant de carabines californien faisait fabriquer par d’autres sous son nom ses calibres originaux,  mais ces derniers furent également repris suite à des accords commerciaux par d’autres comme Remington et Hornady. Voir notre image ci-contre.

John Nosler récemment décédé (en 2010) était d’ailleurs le prototype du chasseur qui, juste après la guerre ayant eu des déboires sur le tir d’un élan, se décida dans son garage de l’Oregon à finaliser sa fameuse balle « Partition » (1946), connue internationalement depuis 1974 sur 14 calibres et 35 poids de balles. Mais l’entreprise décline aussi depuis peu, 5 munitions exclusives sous son propre nom : le 22 Nosler pour la plate-forme AR 15, les 26-28-30 et 33 Nosler pour le grand gibier.

Le problème des « wildcats » c’était leur temps de latence entre la « bonne idée » et le temps de concrétisation qui pouvait parfois être fort long. Nous passerons sur les plus connus comme le 243 Winchester et le 7 Rem.mag pour voir comment certains mirent bien longtemps à être en quelque sorte « légitimés » par la reconnaissance des marques d’armes et de munitions, puis du public. Le 22 Hornet par exemple datait d’une réflexion des années 20 de propulser une petite balle, celle du 22 Velodog, en profitant des nouvelles poudres sans fumée : il sortit de l’ombre seulement en 1930 quand Savage et surtout Winchester avec son modèle 54 sortirent des carabines pour le tirer. Ce fut la même chose en 1934 pour le 257 Roberts quand Remington commercialisa son modèle 30.

Le 22-250 fut le fruit d’une rencontre avant-guerre, entre Jerry Gebby ingénieur (chez…Frigidaire !) et l’ingénieur Charles Newton qui planchait pour Savage sur les hautes vitesses. En bon copain ce dernier lui refila quelques échantillons de ses réflexions qui aboutirent au 22 Varminter…mais patatras, le nom était déjà pris par d’autres ! On se rabattit sur l’austère 22-250…qui ne fut chargé qu’en 1965 par Remington !

Depuis 2013, on connaît tous le 30-06 dont le succès de nos jours semble unanime même dans nos contrées les plus reculées. Mais à sa sortie, après la Grande Guerre, certains trouvèrent sa balle…trop lourde, et d’autres…trop légère ! De ces élucubrations antagonistes sont sortis des calibres même récents et intéressants pour la battue comme le 338 Federal et le 35 Whelen. Adepte du « light » un armurier du Michigan, Adolphe Niedner arriva à y faire rentrer au chausse-pied dès les années vingt une balle plus petite de 25 (87 grains) nommée 25 HP Special. La trouvaille resta confidentielle hormis chez les tireurs de chiens de prairie avant qu’en 1945, soient mis sur le marché par Hogdon des surplus de poudres militaires plus lentes, qui dopèrent ce calibre de spécialistes. Remington l'adopta en 1969 sous son nom le 25-06 Remington qui ainsi boosté, et avec cette fois des balles de 120 grains, donc presque deux fois plus lourdes, permirent de passer de la marmotte…à l’élan ! 

Gros plombiste devant l’éternel, Elmer Keith souvent présenté ici, dès la fin des années 30, comme pour les armes de poing (ce fut le promoteur entre autres du 357 et du 44 Magnum de l’inspecteur Harry), pensait bien sûr le contraire et plancha avec deux copains Charles O’Neil et Dan Hopkins pour ravigoter le bon vieux 30-06 aux balles, excusez du peu…de 333 Jeffery ! Soit dit en passant, on passe d’une moyenne de balles de 181 grains (11,7 grammes), à 250-300 grains (16,2 à 19,44 grammes)… Cette médecine de cheval aux initiales des trois compères (OKH) intéressa un moment l’encartoucheur Speer, mais hélas, en 1958 sortit le 338 Winchester Magnum fort proche. Qui peut le plus peut le moins… on rallongea encore  un peu plus la sauce de quelques centièmes de pouce, mais ce n’est qu’en 1990 que le SAAMI (l’équivalent US de notre CIP) agréa le 338-06 A Square.

30-06 35Whelen

La même réflexion sur base du 30-06 à balle plus lourde donna naissance au 35 Whelen du nom du dirigeant de l’arsenal de Springfield, mais fruit en fait des travaux de son collaborateur James Howe dès 1922. Remington ne le valida qu’en 1988 soit une bonne soixantaine d’années plus tard. On voit bien ci-contre les étuis fort semblables portant une balle beaucoup plus grosse pour le 35 Whelen (à dr.) par rapport eu 30-06.

C’est un excellent calibre que l’on trouve dans nos battues tout comme le 338 Federal initié par Roy Smith un chasseur furibard (suite à une rencontre disons désagréable avec un grizzly en colère) sur base de 308 W élargie. Là c’est Federal grand fabricant de cartouches…mais pas de carabines qui s’y colla, en 2006, avec les moyens du bord : un prototype à base de deux carabines Sako, servant de base pour le nouveau canon et le projectile allant avec.