" Alaskan" : les calibres à levier du Grand Nord
Cet état venu tardivement (1959) à l’Union a généré des calibres spécifiques, et la notion de « guide gun » lié à l’intense activité touristique de chasse, mais aussi de la pêche au saumon sur des rivières où rôdent des ours pas toujours commodes. Les carabines à levier, par conception n’étaient pas au départ les mieux outillées pour y faire face, mais l’ingéniosité des armuriers a fini par trouver la solution.
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Ces vastes et fraîches contrées ne favorisaient pas au départ les gros calibres, les trappeurs n’en ayant pas forcément besoin (1) quand il faut se déplacer souple et léger. Le plus emblématique d’entre eux Franck Glaser (2) utilisant même le petit mais rapide 220 Swift quasiment pour tout dans l’entre-deux guerres. Bien sûr, le 30-06 était déjà massivement employé sur des carabines à verrou (3), face au 30-30 ou surtout 45/70 dans celles à levier, mais pouvait peiner à venir à bout des plus forts grizzlies parfois agressifs autour des rivières à saumons. C’est ainsi que Harold Johnson de Kenai Rifles dans le Sud-Est de la province ayant frôlé la catastrophe avec une balle de 220 grains dans le calibre réglementaire, pensa dès 1948 avec son collègue Bill Fuller à tirer plus gros que le 45/70 dans des carabines à levier.
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Le contexte technique de ces armes compactes mais à crosses minces n’était pas évident pour tirer plus gros alors que, déjà, s’affinait le principe du « guide gun » arme du personnage organisant et accompagnant en toute sécurité les séjours des pêcheurs de saumons. Il fallait un type de balle (4) rapide mais d’arrêt puissante à 15-20 mètres pour « ancrer » la charge, mais surtout avec un recul gérable pour des tirs répétés et surtout précis, l’animal blessé ayant tendance à continuer d’avancer. Quelques 375 HH Magnum étaient bien employés ici et là, mais en partant du déjà populaire 348 Winchester disponible depuis 1936, cartouche la plus puissante (5) pour le modèle Winchester 71, il eût l’idée d’y monter une balle de 50 BMG coupée en deux (passant donc de 750 à 450 grains), et placée à l’envers, sa « queue de bateau » mise en avant servant de pointe ! Ainsi naquit en 1952 le premier fusil en 450 Alaskan, précis jusqu’à 150 mètres, avec la même force de frappe que le 458 Winchester Magnum, introduit en 1956, et toujours utilisé par certains guides actuels comme Phil Schoemaker dans des carabines à verrou. On voit ce calibre, ci-dessous à dr. comparé au 45/70 (à g.).
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Les grands « gunwriters » de l’époque comme Layne Simpson et Elmer Keith approuvèrent ce nouveau calibre développé ensuite par les deux concepteurs dans des versions un peu différentes autour de la conicité et de l’épaulement de l’étui, et intéressa même P.O.Ackley qui en fit bien sûr une version « improved » ou améliorée si on veut. Les trois versions permettaient de mettre un peu plus de poudre, les conicités et épaulements Johnson (0.028 et imperceptible 16°), Fuller (0.014 et 20°) étant bien sûr plus faciles au fonctionnement dans le chargement tubulaire que les 40° de « l’armurier de l’Amérique » !
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Soixante ans plus tard, le 50 B&M Alaskan de M. McCourry remit le terme évocateur de la froide région du pays des ours sur le devant de la scène, toujours sur base 348 resserré et formé au feu pour tirer la balle de 400-450 grains du 500 SW Magnum dans la Marlin New model 95 et Browning 71. Un calibre suffisamment plat à 150 mètres mais toujours bon stoppeur à 50, marchant sur les plates-bandes des plus fortes charges (Garrett, Buffalo Bore) du toujours populaire 45/70. Il tire un peu plus lourd et un peu plus vite face au vétéran qui, plus petit et long, possède peut-être une meilleure densité de section. Rapidement éprouvé SAAMI, cela a donné quelques idées à d’autres armuriers comme le New Yorkais Doug Turnbull qui, en 2007, a produit la munition ultime pour carabines à levier. Son 475 Turnbull, (ci-dessous) est issu comme les précédents du vieux 50-110, base également du 348 Winchester, pour une balle de 400 grains Solid, spécialement conçue par Barnes et offrant 5400 joules à 700 m/s.
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Tout ça n’empêche pas bien sûr pour tous ceux appelés professionnellement (scientifiques etc.) à arpenter la banquise que hantent les ours polaires, et pas trop experts en tir et en balistique, à continuer de se servir dans l’urgence des fusils à pompe, et de grosses balles Brenneke. L’avenir, de ce côté, (ce qui pourrait intéresser pour les gros sangliers en lisse) serait d’envelopper un canon de chasse rayé relativement mince avec du carbone pour ajouter de la résistance sans beaucoup de poids et tirer du 12 Magnum dans des armes à verrou. L’alésage du 12 est en effet encore plus fort : 0.730 !
1/ Voir archive du 11 mars 2021
2/ Voir sur ce personnage, archive du 19 décembre 2021.
3/ Le 30-06, et la balle de 220 grains prirent en 1952 l’ours record sur l’île de Kodiak.
4/ Le facteur déterminant face au DG (dangerous game = grand gibier dangereux) reste le type de balle et le placement. Au printemps 1930 sur la rivière Stewart (Yukon), un piégeur de rats musqués qui, pour ne pas abimer les fourrures, utilisait sur du 30-30 des balles FMJ (full métal jacket solides), ne fit qu’un petit trou dans la panse d’un ours arrêté net à la seconde balle qui traversa le crâne et trois vertèbres derrière. Même avec du 500 Nitro express, ce chasseur aurait été tué sans ce placement parfait.
5/ Balle de 250 grains, 750 m/s, 4100 joules.