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23 mai 2024

Sur la banquise...

Pour continuer d’apporter de l’eau au moulin dans le débat sur la pertinence de continuer d’utiliser le fusil lisse au grand gibier, il est curieux de constater que sa facilité d’utilisation est même conseillée pour les animaux dangereux, aux non-chasseurs ! Particulièrement dans le Grand Nord américain et Canadien face aux ours.

Le pluriel est en effet de circonstance car s’il y a d’énormes différences entre les ours noirs, les grizzlies (de côte ou de montagne), le polaire étant, de loin le plus dangereux car tout ce qui circule sur la glace est, pour lui une proie potentielle. La chasse, bien sûr documente assez bien tout ça, avec méthodes et (gros) calibres appropriés, comme on l’a vu dans l’article précédent, mais les non-chasseurs face aux ursidés en général se retrouvent face à une gageure déjà pas facile à gérer quand on est habitué à la battue : placer deux « bonnes » balles en quelques secondes. Arrêter une charge n’est pas simplement chasser de son environnement un ours curieux. Il existe des tas d’ouvrages consacrés à l’appréciation du moment où la menace se précise chez les ursidés :  sous le vent, à proximité de carcasses, ou de femelles suitées, et bien sûr de la distance ou des « avertissements ».

L’animal tourne en rond, souffle, se lève pour mieux voir, prend le vent, peut faire des petits galops de bluff, et les chasseurs plus en danger que les autres s’il y a de la venaison qui dope tous les sens du prédateur et son esprit de compétition. Il faut se méfier des animaux blessés, malades, ou affamés avec pour les chasseurs le dilemme de tirer ou pas. A la distance de 50 mètres il faut être vigilant et prêt, à 30 mètres « chaud » pour épauler tout en reculant doucement, surtout sans courir. A la vitesse de 15 m/s, il est sur vous, il ne s’agit plus d’un tir de chasse « placé » mais d’arrêt qui vise à briser la charge et tirer pour tuer sans réfléchir, car si vous hésitez c’est cuit. Nous sommes bien loin des fadaises écolos : balles de caoutchouc, pétards et poivre en spray. C’est là que la fameuse formule « spray and pray » (arrose et prie que ça marche !) prend tout son sens…

Même pour un chasseur chevronné, le coup de cœur ou de poumon ne suffit pas, s’il vous atteint ne serait-ce qu’une seconde vous êtes soit mort, soit mutilé à vie. Il faut donc casser la propulsion, briser l’épaule, sans doute doubler et donner le coup de grâce là où le terme « tuer le mort » est encore plus d’actualité. Tout a donc été utilisé, mais pour ces fatidiques deux secondes à 30 mètres, il n’y a aucune différence de puissance d’arrêt par exemple avec le populaire 45/70 Gvt qui tire une balle de 405 grains à 454 m/s et un calibre douze qui a, en plus,  un diamètre supérieur à la même vitesse et peut même monter à un poids de balle de 650 grains. La grosse différence se fait après 75 mètres, distance qui n’est plus prise en compte légalement (1) dans la défense contre les ours. Le gros avantage du fusil de chasse c’est qu’on l’obtient légalement avec canon court d’usine et que c’est une plate-forme compacte d’un usage intuitif dans un froid polaire avec des gants épais.

Dans le blizzard, quand les lumières sont allumées a giorno, que les déplacements sont difficiles et qu’il faut accompagner les enfants en convoi à l’école, le « shotty » (2) semi-auto ou pompe est plébiscité à 84% devant la carabine à verrou (14 %) le plus souvent en 30-06, le reste se partageant en carabines à levier souvent en 45/70 plus ou moins bricolées pour être encore plus maniables comme ci-dessus à d. cette Rossi à canon raccourci en 44 Mag. La police montée canadienne et toutes les administrations américaines y ont recours après avoir pas mal tâtonné. L’US Fish and Wildife service, exigea au départ l’emploi du 375 Holland/Holland Magnum dont le recul effrayait les fonctionnaires (qui, de ce fait s’entraînaient pas assez avec), et plus inattendu, de clochettes dont le son attirait les oursons…et la "big mama" derrière ! Les biologistes du département des pêches proposaient le choix du 338 Winchester Magnum ou du fusil Ithaca 37, massivement préféré car en « pompant » détente enfoncée on avait plus de chance d’atteindre la tempête s’abattant sur vous. Le choix conseillé était de garnir de 2 balles, 2 chevrotines et 2 coups de # 6 censés « faire balle » à bout portant ! Tous ces scientifiques pouvaient bien sûr, de plus arborer en étui de poitrine des revolvers en 44 pour faire bon poids.

De nombreuses formations de 5 jours pour gérer ces 5 minutes où se jouent la vie ou la mort était dispensées, les chasseurs étant un peu avantagés du fait des manipulations acquises, mais elles montrèrent que même ceux qui étaient de retour de safaris africains ne plaçaient qu’un bon tir sur deux car il ne fallait pas rester immobile au tir en situation de stress, la doctrine étant d’apprendre à reculer lentement et de tirer en mouvement et non arrêté. On employa des chariots à moteur avec tête d’ours à l’échelle pour tirer vite et de près sur une masse se ruant sur vous avec le danger le plus souvent d’un tir au-dessus. Les conseils, toujours actuels sont d’utiliser une arme de confiance, au fonctionnement fluide et sûr pour du training en situation, qui ne soit pas rangée dans un coin en attendant que tout se passe bien.

Même plébiscité, le fusil à pompe pose encore le problème du recul quand on préconise deux grosses balles « dures », un coup de chevrotines, et encore deux slugs (3) se dilatant bien car entre les coups 1 et 2 ça risque de remuer un peu ! Et qu’il vaudrait mieux deux coups un peu plus légers bien placés que deux qui ratent ensemble en espérant que la détonation suffise à faire fuir l’attaquant ! Le mieux c’étaient, parait-il, les lance-fusées de détresse qu’utilisaient les pilotes d’hydravions et d’hélicos déchargeant dans ces immensités glacées les foules de pêcheurs de saumon à la mouche. Chargés au phosphore blanc, ils envoyaient les grizzlies qui se faisaient roussir les poils des fesses s’asseoir le « c..l » dans l’eau du torrent pour réfléchir un peu,  au grand dam des écologistes adeptes du « bien-être animal », dénonçant plus tard un autre « réchauffement », cette fois climatique qui fait certainement plus de mal aux ours que les balles Brenneke…

1/ C’est-à-dire que la « légitime défense » ne sera plus prise en compte par les gardes encore plus nombreux et actifs que chez nous par là-bas. Tout tir d’ours « de défense » après attaque fait l’objet d’enquêtes approfondies avec observation des circonstances, des impacts et tout tir par exemple sur un animal s’enfuyant sera retenu contre vous. Prévoir amendes colossales et diverses interdictions et confiscations d'armes et de véhicules à la clef. 

2/ Voir archive du 21 avril 2024.

3/ Voir archive du 22 avril 2017.

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