Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
FCM 25.00
Publicité
20 juillet 2024

Faut-il avoir peur des canons Damas ?

Les récents « armodromes » ont fait remonter à la surface des tas de vieux rossignols dont on peut s’interroger de l’utilité : bons à accrocher au mur comme décoration, ou tirer encore en souvenir d’un lointain aieul ? Ceux qui rechargent y penseront plus facilement, eux qui pourront « dégonfler » les charges, mais tirer avec un vieux « damas » est-il proche du parachutisme ou du saut à l’élastique ? Ces canons faits, par nature de bandes continues enroulées autour d’un mandrin, offrent techniquement leur lot de…discontinuités de compréhension qu’il faut s’efforcer d’expliquer.

A part sur quelques armes fines (1) que l’on refait pour le « fun », il faut revenir bien en arrière pour voir les subtilités de cette technique de combinaisons fer-acier connues dès XXXè siècle et appliquées déjà en 1790 pour les armes à feu de manière industrielle par J.F. Clouet à Liège. Vers 1830, W.Dupein, ou  J . Jones, et de l’autre côté du Channel à Liège, Léopold Bernard et René Leclerc entamèrent l’âge d’or de cette technique tout à coup désuète en 1880 à l’apparition des aciers fluides Krupp et Withworth qui, encore chauds, pouvaient être étirés dans une forme allongée sur un mandrin.

Moins chers que le damas, ils étaient plus résistants (2), et aussi susceptibles de décorations par décalcomanies ou gravées au rouleau. Le procédé consistait à faire fondre l’acier dans un moule et appliquer une pression considérable (6 tonnes/m2) qui chassait les gaz et éliminait les poches d’air, augmentant la densité et la résistance, ce qui était particulièrement approprié quand se popularisèrent les chokes en éliminant progressivement les damas.

Encore fallait-il s’entendre sur la notion de « damas » ou de « wire twist » souvent utilisés à tort de manière interchangeable. La torsion simple variait déjà qu’elle sorte des fonderies anglaises ou belges. Le Birmingham proof house en 1890 imposait un acier laminé à trois fers dont 60% de haute qualité, ce que ne faisaient pas les Belges sous le même nom de « wire twist ».                 A Birmingham aussi, il y avait une grande différence entre le « sham dawn » des fusils de traite et ceux qui étaient faits pour Manton, Tolley, Greener ou Purdey.

Pour faire simple, si le « twist » alternait des couches de fer-acier soudées ensemble, déroulées sur une bande plate, enroulées autour d’un mandrin et soudée pour faire un tube, le « vrai » damas tout en démarrant pareillement les tordait (3) pour les chauffer et les marteler à plat. Le twist donnait un simple motif en spirale, le damas permettait de faire varier le motif selon la façon dont les pièces étaient posées avant la première soudure, ainsi que la taille et le nombre de bandes utilisées. L’ajout de pièces (clous de fers à cheval, par exemple) permettait toutes les fantaisies esthétiques : spirales discontinues, étoiles, voire le nom du fabricant…

Pour la solidité, la clef, pour le damas était dans la soudure des différentes structures qui ne se faisait pas à plat, mais se trouvait, du fait de la torsion, légèrement inclinée et répartissant mieux l’effet de cisaillement. Le twist pour éviter les faiblesses dans le processus trouvait plus simple d’épaissir les canons. Les limites du procédé étaient : les canons dits « piqués », l’emploi de fers de qualité douteuse étant plus favorables à l’oxydation, les soudures approximatives, les canons bosselés donnant des points faibles, les rétreints ouverts fragilisant, en outre, le bout des canons.

La période actuelle ajoute bien sûr d’autres écueils : chambres trop courtes, munitions modernes non appropriées dès que dépassant les 333m/s. Dans tous les cas, pour qui veut encore tirer avec, de telles armes, elles doivent impérativement, avant utilisation, faire l’objet d’un examen attentif de la part d’un armurier, et bien sûr, l’emploi de cartouches courtes à faible compression, bourre grasse et sertissage demi-rond. Voir également sur le sujet, notre archive du 22 octobre 2020 .

1/ La marque Greener fit des fusils à canons damas jusqu’en 1903…et fut la première à en refaire (25) en 2007 avec des tubes vintages stockés ou belges, testés quand même CIP. La demande fut si forte qu’on arrêta les commandes ! Purdey et le suédois Flodman en ont fait également.

2/ Des tests récents donnent le damas à 85%  de solidité comparée aux aciers modernes haute qualité (1020 ou 4130). En 1890, l’acier fluide homogène allemand (Krupp fluss stahl) donnait une résistance à la traction de 85 000 psi ; dans les années 20, le chrome molybdène standard porta cette mesure à 104 000 psi, et en 1932, le Winchester proof steel des modèles 21 et 12 atteignait 115 000 psi.

3/En 1834 dans « the gun », William Greener, père de W.W. Greener parlait du damas « tordu comme une corde ou des vêtements mouillés ».

Publicité
Commentaires
FCM 25.00
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
Publicité