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13 juillet 2024

Pourtant, tout ce qui est agréable devrait être bon pour nous non ?

Délibérément hors de l’aspect forum, certains papiers non techniques (1) amènent des réflexions d’internautes soit cocasses et amusées soit « fumasses » et c’est le cas de le dire sur le débat fumant et fumeux concernant le tabac à la chasse (2). Il faut le dire, il y a bien longtemps qu’on ne voit guère de gens fumer en action et au poste, mais après ? Reste comme les vieilles cartouches, la nostalgie de ces odeurs qui vous transportent dans un autre monde…

De longues journées merveilleuses qui débutaient dans les volutes de fumée en se grattant la tête pour savoir, du côté du Bec d’Andaine où on allait placer les formes pour attirer les colverts, où démarrer dans les bois de la Godefroy avant de promener le fusil de chasse pendant des heures derrière les chiens. Il était encore possible de les regarder tenter de résoudre les énigmes du « sentiment » et presque les voir « réfléchir » pour démêler les embrouilles de la piste d’une bécasse qui piète. La chasse pouvait être bonne, les résultats un peu moins, la pause où on échangeait les « blagues » (à tabac bien sûr !), pour alimenter les bouffardes, touchait ce nerf « rustique » du plein air, et on les chargeait, comme les pétoires de 16 avec un choix de « munitions » qui pouvaient se discuter, le tout faisant toujours et encore, au bout du compte, de la fumée !

Tout ça n’est bien sûr plus très « politiquement correct », surtout que la pipe se marie parfaitement avec des liqueurs brunes dans le même ton qui sont même maintenant elles aussi dans le collimateur de tous les porteurs d’uniformes de la création, et même nos « gris » à ne pas confondre avec le scaferlati qu’on « prisait » autrefois rouler entre ses doigts. Les chiens d’arrêt qui étaient « courants » par ici, ont laissé place au sanglier qui parait-il, serait sensible aux effluves du tabac, c’est en somme ce que semblent nous suggérer certains interlocuteurs. Après tout, ça nous permettrait déjà de mieux discerner les sautes de vent, et l’odeur de feuilles brûlées (qu’est, de fait, le tabac) vaut bien les remugles du chasseur mal rasé qui « pisse partout » (3), voire pire (4) …

Comme je me méfie de la bête noire qui me fixe l’œil mauvais, l’air de me dire « mon p’tit gars tu ferais mieux de bien viser » en cassant des noisettes et tapant du pied, il me faudra grimper en haut du mirador, gagnant (péniblement) quelques mètres pour garer mes miches et être, au besoin, plus près du bon St-Hubert qui veille sur nous de ces hauteurs célestes. Alors s’il ignore la fumée, les relents de casse-croute, et possiblement quelques ronflements intempestifs, peut-être que le goret risque bien d’être transformé illico facto en chair à saucisse !

Quoiqu’on en dise, la pipe est plus associée à la chasse (5) et la pêche que la cigarette et se marie fort bien à la contemplation des grands espaces et donc aux chasses d’affût où on est hyper conscient de tout ce qui nous entoure. Quand on affronte les corneilles, le ramier ou le colvert, on a le temps de rassembler ses pensées, déployer les « filtres » (ou "philtres" ?) pour nous concentrer sur ce qui est important dans la vie.

Sur le tard, ce qu’on aime c’est être sur le terrain, marcher lentement et observer : on se passe du poids des armes qui s’oppose à celui des ans, on connaît le bon usage de tout dont on dispose en s’accumulant au fil du temps dans la salle de chasse en triple voire en quadruple, et personne avec notre barbe hirsute, casquette chaude à rabat, vieux paletot en laine « buffalo plaid » (6), ne s’aviserait de nous traiter de « hipster » au fin fonds de notre cambrousse bocagère. La pipe en bruyère nous rapproche du bois des crosses, et nécessite plein de petits accessoires qui ne pourront que séduire l’amateur de vieilles armes vintage. Tout dépend de la motivation à être sur place, à observer, et participer plutôt que d’ajouter une pièce au tableau.

Quand on a débuté, et on s’en gaussait à la dérobée, la plupart des « vieux » que l’on côtoyait utilisaient la chasse comme excuse pour prendre des collations, et cafés bien « arrosés » aux marches d’un département au nom évocateur de l’élixir normand, ou faire la sieste dans les bois attendre la palombe se faisant le plus souvent désirer sous les grands chênes. Maintenant, cinq décennies plus tard et fusil remisé après l’action, on emmène la bouteille pour prendre un verre ou deux avec les copains de notre âge, ramener, rincé par la journée, les panneaux pour rentrer au local, faire la photo du tableau, et constater que notre bouteille est en de bonnes mains, sachant que notre réputation grandira davantage si nous ne sommes pas là, avant de « casser notre pipe » à pérorer en vain et comme toujours sur le « bon vieux temps » qui bassine la jeunesse…

1/ Voir archive des 12 février 2021 (pipe et chasse), 9 novembre 2021 (pipe Missouri Meerschaum).

2/ Voir archive du 30 octobre 2023.

3/ Voir archive du 8 janvier 2024.

4/ Voir archive du 8 juin 2017.

5/ La célèbre marque Nording (ci-contre à g.) à partir de 1995 a associé ses modèles typés chasse à des animaux emblématiques : bécasse (2008), pigeon (2021), et des mélanges de tabac correspondant aux principales races de chiens de chasse :  foxhound, beagle, setter, retriever, pointer.

6/ Voir archive du 7 janvier 2022

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