Que reste-t-il de l'héritage "Ackley amélioré" ?
Le terme, presque improprement attaché (et que d’ailleurs il regrettait) au personnage de P.O. Ackley (1) n’est pas simplement contemporain de l’époque de la recherche des hautes vitesses qui a plutôt retenu, dans ce domaine, celui de Roy Weatherby (2). Seul Nosler avec le 280 Remington « Ackley Improved » en le faisant certifier SAAMI en 2007 l’a ressorti des oubliettes de l’Histoire, et il n’est même pas sûr qu’il l’aurait proposé de nos jours (3)
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En 53 ans de carrière, ce self-made man à l’américaine fit énormément de choses, mais il fut ce qu’on dirait de nos jours un « influenceur » du même acabit technique que J.M.Browning, ou un peu plus tard des « plumes » que furent J.O’Connor ou Elmer Keith (4), avec autant de bouquins et de collaborations journalistiques (5), mais avec l’approche scientifique et analytique de l’expérimentateur en plus. Son concept de cartouches « améliorées » est à placer dans la recherche de plus de vitesse sans passer par l’esprit « magnum » de plus gros étuis, simplement en tirant parti de l’existant en jouant sur un angle d’épaule plus important, et la ductilité du laiton.
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En raccourcissant la chambre (de 0.004) vous pouvez toujours y mettre les charges « usine » du commerce et avec l’angle d’épaule plus aigu et le col élargi, le seul endroit où l’étui est en contact avec la nouvelle chambre est la face du verrou et la jonction col-épaule. Ce petit point est facile à écraser quand le verrou se ferme et on peut tirer en toute sécurité, la souplesse du laiton s’étirant pour se former dans le nouvel espace ou zone non soutenue de la nouvelle chambre, plus grande que l’originale. On peut toujours tirer donc celles « du commerce », les « améliorées » seront un poil plus rapides (15 à 40 m/s sur chargement usine du 280 Remington (ci-contre à dr.), et 30 m/s les manuelles).Le rechargement en est grandement facilité puisque l’étui a pris sa forme définitive une fois qu’on a tiré dans la nouvelle chambre.
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P.O. Ackley qui s’était fait les dents sur les canons 22 LR, avait sorti en 1938 son 228 Ackley Magnum qui était une resucée du 22 Niedner : soit un 7X57 chevauché par une 22 de 70 grains qu’il porta à 90 grains. Il popularisa le concept « improved » sur le Winchester 30-30 best-seller de l’époque dont le laiton était plus épais, et sur la Winchester 94 dont l’action était considérée comme faiblarde par la marque qui souhaitait mettre en valeur le modèle suivant 95 pour gérer le grand gibier. Il put ainsi tordre le cou aux légendes naissantes des verrous surdimensionnés (6) pour les gigantesques pressions des Magnums, son esprit caustique en rajoutant une louche dans la dérision par l’invention pour le « fun » de calibres excentriques et rigolos aux noms désopilants comme le 22 Eargensplitten loudenboomer consistant à coiffer une douille de 378 WM par une balle de 22 ! Voir l'effet que ça donne ci-dessus...
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« L’armurier de l’Amérique » encadra deux ou trois générations d’amateurs d’armes en ayant une influence considérable pour développer des canons de haute qualité, pousser les chambres à leurs limites, concevoir des centaines de cartouches « brûlantes » et définir des concepts de rechargement qui ne sont plus actuels car les poudres répertoriées alors ont changé dans leurs taux de combustion au fil du temps. Peu étaient testés sous pression, même s’il suggérait de commencer bas et de ne jamais démarrer au facteur maximum, et de nos jours, il est donc à considérer comme une référence historique et rien de plus.
Le terme « improved » (amélioré) qu’il regretta plus tard car imprécis et susceptible de toutes les interprétations, fut un moment populaire dans les années soixante pour le 30-06 commun après la seconde guerre mondiale et dont on pouvait tirer la quintessence en matière de vitesse avant l’arrivée du 300 Winchester Magnum. Ce système n’était intéressant que pour les cartouches offrant le plus de capacité en matière de formation au feu : le 30-30, 7X57, 257 Roberts mais il fut dépassé par la mode des magnums particulièrement bien illustrée par la débauche de calibres Weatherby dans la période, et surpassé dans la décennie 70-80 par l’industrie naissante des carabines personnalisées avec des finitions et ornements raffinés alors qu’il était plutôt le pionnier des « milsurps », c’est-à-dire les « sporsters » de fusils militaires largement disponibles dans l’après-guerre. Il avait été en effet, en 1947, trois ans professeur et initiateur du premier programme formel d’école aux métiers d’armurerie du collège de Trinidad (Colorado). Il s’agissait de programmes de reclassement professionnels d’anciens GI’s, la plupart d’anciens ruraux durement frappés par la crise de l’agriculture dans les années trente, et pour qui l’armurerie allait offrir de nouveaux débouchés. Si nombre de ses idées se sont perdues au vent de l’Histoire, on peut remarquer que « l’amélioration » actuelle de toute la famille Creedmoor, reprend en partie son idée, mais avec un peu moins d’angle d’épaulement (30-35 contre 40°).
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1/ Voir archive du 29 mai 2019
2/ Voir archive du 21 mars 2018.
3/ On peut penser qu’il aurait plutôt proposé le 30-06
4/ Ackley (1903-1989) était, pendant la guerre contremaître de l’atelier des armes légères de l’arsenal d’Ogden (Utah)…où Elmer Keith (ci-contre à g.) était également inspecteur, et...endommageait les fusils en les forçant à se fermer avec une force considérable, oubliant qu’on était au temps du chromoly, et non plus des aciers doux de la première guerre mondiale ! Le bon Elmer était si têtu que le général Hatcher dut intervenir en personne pour lui montrer la méthode correcte, ce qui réussit à passer car le galonné était un de ses amis. Ackley qui n’avait pas sa langue dans sa poche situait bien le personnage « Elmer est le plus grand artiste en c...eries des USA, mais s’il dit qu’il peut tirer au 44 Magnum à 1000 m. il faut le croire, car il sait tirer » ! Curieusement aussi, Ackley aimait s’entourer de collaboratrices à l’atelier, pas pour ce qu’on pourrait penser au premier abord…mais parce que ces dames ne perdaient pas leur temps à s’impliquer en douce dans son dos à perdre leur temps de travail dans des projets personnels armuriers comme le faisaient les employés masculins !
5/ Cinq livres sur le rechargement, collaborateur régulier de Guns and Ammos (1959-1974) et Shooting Times (1960-1982)
6/ Il testa toutes les armes de prise des belligérants et notamment le fusil japonais Arisaka largement méprisé par tout le monde et prouva qu’il était capable d’encaisser 100 000 psi quand les autres cédaient à 70 000 ! Pour info la spécification de pression SAAMI pour un calibre classique et courant comme le Winchester 30-30 est de 42 000 psi…