Le "lisse amélioré" (IC) est-il la panacée ?
« Qui peut le plus peut le moins »…Des générations de chasseurs se sont laissés persuader que la possibilité des « coups de longueur » aurait réponse à tout. Nos anciens critiquaient le « lisse » supposé donner de mauvais motifs « en beignets », ce qui fut contredit par les premières études sérieuses dans l’après-guerre (1). L’omniprésence de l’acier qui force à « ouvrir » nous oblige à reconsidérer la question et choisir entre « lisse » (C) et « amélioré » (IC) lequel semble le plus polyvalent.
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La maîtrise des fondamentaux ne se perd pas qu’aujourd’hui, et le jeune chasseur des sixties pouvait être intimidé par la maîtrise de ces arguments techniques quand il héritait du « Robust » de grand-père encore tout nimbé d’exploits lointains, dans le temps, et (parait-il autrefois, au temps jadis !) sur le terrain… L’arrivée des chokes amovibles compliquait encore la chose puisqu’il fallait jongler avec une nomenclature obscure, souvent anglo-saxonne, et on continuait vaille que vaille comme avant, tenter de foudroyer le gibier au diable bouilli. L’importance du rétreint était surestimée et l’aura du fusil « qui pique » à rebours de ce qui se faisait dans le monde anglo-saxon toujours sous la coupe du faisan « battu » soit en gros, selon la topographie : 35 mètres à plat et 40 mètres lancé au-dessus.
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Beaucoup plus pragmatiques que la nôtre, ce type de chasse imposait de se positionner rapidement et tirer avant que la plume atteigne le sommet de sa trajectoire et montrait qu’il était possible de faire des coups de longueur même en lisse, ce qui avait déjà été théorisé des deux côtés de l’Atlantique (2), mais demandait un tir parfait de plein centre du motif là où la gerbe est la plus dense, mais bien sûr, dur à reproduire (3). Les compétitions de skeet, rappelons-le inventé justement pour l’entraînement au tir de chasse sur les « traversiers », théorisaient même amplement là-dessus inventant deux nouvelles catégories de rétreints les « Skeet » I et II se positionnant entre le lisse (C) et l’amélioré (IC). Et il exista même un petit outil (4), le « choke chooser » (voir ci-dessous) pour jongler avec tout ça.
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Si le lisse est à 0.000 pouce, l’amélioré est 0.010, les deux « skeet » dits également « in » et « out » se baladant entre les deux (0.005 et 0.015) à une époque où la qualité des cartouches carton de sport n’étant pas aussi uniformes que de nos jours on tirait plus ouvert sur les « entrants » et plus serré sur les « sortants ». Des subtilités qui bien sûr échappaient au chasseur franchouillard qui lui, dans le doute ou pour le débutant, avait toujours à sa disposition sa majesté le « croisillon » ! En bref, le choke IC se montrait excellent pour tout tir montant, la légère constriction donnant même un meilleur schéma mesuré à 21 mètres, ce qui, si on regarde bien reste la majorité des situations de chasse : 76 à 82 % des plombs pour le lisse dans un cercle de 90 cm, 82 à 85 % pour les skeet I et II, et 95 % pour l’amélioré…qui met cependant encore 55 % des billes à 40 mètres, et donc pas loin (60%) des performances du demi choke (M soit 0.020) où démarrait le plus souvent notre premier coup !
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On le voit, ce « lisse amélioré » était une sorte de « bonne à tout faire » donnant un motif doux et clément au coup d’épaule sur le gibier rapide notamment pour le débutant à la surprise, car le motif plus large donnait une chance de toucher avec suffisamment de densité dans le gaulis et de gérer des charges de plomb diverses quand on tâtonne encore entre le # 4 et le # 6. Mieux encore, alors qu’arrive l’acier, et qu’on risque de se mélanger les pattes dans les chokes désormais tous amovibles, entre les bourres grasses ou à jupe, ce lisse amélioré sera plus tolérant aux « gros plombistes ». Autre aspect non négligeable à l’heure du sanglier, tout le monde n’étant pas forcément à l’aise avec le passage à la carabine, même si toutes les balles actuelles sont censées passer, le choke IC est conseillé par la majeure partie des fabricants de cartouches car en « pinçant » un poil la balle, il donne une meilleure étanchéité-guidage et un bon équilibre dispersion-distance que le lisse.
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Vous le remarquerez, dans la discussion sur le tir et les armes qui fait le sel de notre passion commune, la constriction reste un facteur plus important que les subtilités balistiques de poudres, de bourres, de vitesse, puisque quasiment plus personne ne recharge et ne maîtrise ces paramètres. L’acier nous force à nous adapter et à réfléchir, et si on se trompe, surtout à notre âge, la frustration ne sera pas amie de la persévérance. Quand tout va bien le choix du choke n’est pas si important que ça, mais manquer d’infos si rien ne marche n’aidera pas non plus. L’importance du rétreint est-elle surestimée ? Il faudrait, en toute connaissance de cause, faire un choix, s’y tenir, plutôt que de jongler entre plusieurs fusils pour plein d’usages différents, mais on ne se refait pas, et tout est prétexte à en acheter de nouveaux n’est-ce pas ?
1/ Oberfell-Thomson « Mystery of shotgun patterns » (1957)
2/ J. Ruffer dans « The art of the good shoot » préconisait pour tout faire le lisse avec 28 grammes de calibre douze en # 7, et dans l’autre sens Elmer Keith le lisse en 10…mais avec des chevrotines !
3/ Evidemment le chasseur de la « gentry » à la hauteur des fusils haut de gamme qu’il employait, fréquentait des écoles de tir, et usait d’un volume de cartouches astronomique avec la maîtrise qui suit derrière, que ne pouvait suivre le quidam de Whitechapel…
4 / Voir archive du 13 octobre 2022.