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17 février 2025

Aborder la fin de saison avec Gene Hill

« Allez-y doucement, pensivement, en vous imprégnant du fait qu’il va se passer du temps avant de revenir par ici, et que retiendrons-nous de novembre ? L’important c’est pas d’avoir été bon mais d’y être allé ». A mesure où on vieillit ce sont ces petites choses qui nous touchent le plus, ces écrits qui font sentir le chien mouillé, l’huile de lin, la fumée du feu de bois, et le fumet de la liqueur brune…

La nouvelle est un genre littéraire qui disparait presqu’aussitôt qu’il est publié et Gene Hill (1928-1997) fut avec quelques autres Robert Ruark, Gordon Mc Quarrie, ou G. Bird Evans (1) une figure déjà évoquée ici (2) de ce mélange de traits d’esprit, de fantaisie et de sagesse qui n’existe plus dans la presse écrite d’aujourd’hui. On avait l’impression que tous ces auteurs tentaient de dire des choses que l’on n’aurait pas vues, élever la simplicité de la vie à un niveau élevé, apprécier aussi ces journées où il ne se passe rien, sinon la pluie et le sentiment de douceur qu’elle inspire puis de l’ordre rassurant qui régit la Nature. Les chiens adorent l’ondée, elle se moque des imperméables et dilue tout (sauf le Calva !). Dans ces moments où on ne comprend plus rien, la forêt nous offre un sanctuaire spécial, et où être entouré de grands chênes centenaires, finit par nous faire du bien. Comme les écologistes baba-cool si on veut, mais sans qu’on ait besoin d’étreindre, ni d’embrasser tous ces bouts de bois, aussi nobles soient-ils, comme du bon pain…

Tous ces articles courts en dernière page (3) sont encore parfaits à consulter quand on est déprimé ou qu’on a cinq minutes de libre pour sourire un peu.  Bien sûr, tout le monde aurait été ravi de le rencontrer, ou au moins chasser une seule fois dans sa vie avec un tel chic type, surtout au sujet des chiens avec cette fois, en plus, larmes à tous les étages qu’ils soient chiots turbulents, vétérans blanchis sous le harnais, ou même entre deux âges. Né dans le New Jersey, dans les Marines à Okinawa, ses talents sportifs lui firent obtenir une bourse pour Harvard et l’agence publicitaire Thomson (qui lança VW aux USA), le mit en contact avec Winchester où ses compétences tir et dressage lancèrent sa carrière free-lance, puis lui ouvrirent les portes des grands magazines « outdoor ».

Ancien publiciste, on peut penser qu’il savait maximiser ses effets en un minimum de mots, la concision de la composition de ses textes permettant à l’Homme de mieux apparaître dans des situations sachant résumer ce que nous ressentons tous. Comme journaliste, il fréquenta la fine fleur de l’intelligentsia new-yorkaise : en 1965, Ernest Schielbert spécialiste de la pêche à la mouche pouvait réunir au célèbre « Club 21 » autour d’un bon verre de scotch : James Rickhoff chef des relations publiques Winchester, Hill et son compère Ed Zern de Sports Afield, plus Jack O’Connor rédacteur en chef d’Outdoor Life. Résidant longtemps dans le New Jersey, notamment dans une ferme près de Pennington où il possédait déjà une belle collection de fusils et de carabines, divorcé, remarié, il s’installa déjà âgé à Oracle (Arizona), pour revenir à sa mort en 1997 (d’un cancer du poumon), dans son état d’origine à Newton où il est enterré.

Comme beaucoup d’écrivains de cette époque le « pro » était plus organisé et technique que le personnage de « gaffeur sympa » que sa rubrique aurait pu laisser croire. Une longue suite d’essais teintés de nostalgie et d’humour sur les jours de chasse et les bonnes choses de la vie (beaux fusils, bons chiens, fins bourbons, suave tabac à fumer et chiquer) bien plus construite qu’elle semblait l’indiquer au premier abord. Même si on peut discuter de certaines fautes de goût comme d’avoir, horreur ultime, équipé son vieux Woodward de chokes interchangeables, il n’avait pas tort quant à la question du fusil idéal pour un jour donné, il répondait « …c’est l’autre arme, celle que, bêtement, on a décidé de laisser au râtelier, et quels amis, quels endroits qui nous font sourire au passé et qui restent dans nos mémoires, uniquement parce que les fusils existent et qu’ils ont rempli notre vie » ?

Sur les chiens, préparez vos mouchoirs « …Où sont passés nos dix ans Tip, vieil ami grisonnant ? Le temps est venu si vite que ton corps n’obéit plus comme avant à ton grand cœur. Peu importe Tip, nous avons été jeunes ensemble et savions ce qu’était la vie. Faisons demi-tour maintenant, et filons auprès du feu, faire un petit somme ». Comme nous tous, il trouvait dommage qu’un homme et son chien aient si rarement le temps de passer ensemble à ce qu’ils aimaient faire tous les deux « …nous ne sommes pas nés pour aller tout le temps à la chasse, et nous avons trop peu de temps à passer ensemble avant de se dire au-revoir. Rien ne me fait plus pleurer que voir mon vieux chien épuisé après sa journée quitter en boitillant le coin du feu et venir vers moi, poser sa tête sur mon genou, fermer les yeux et se rendormir. Qu’ai-je fait pour mériter ça » ?

1/ Voir archive du 4 septembre 2020 sur le chantre des setters « Old Hemlock », chiens à forte ossature, élancés, blancs nuancés de brun, aux grands yeux tristes, air noble, tempérament plus calme que les setters rapides de l’époque, spécialisés gélinotte huppée. La race existe toujours confiée à Roger Brown et sa famille dans le Sud-Est de l’Ohio.

2/ Voir archive du 25 septembre 2020.

3/ Sous la rubrique « Tail Feathers » dans Sports Afield, et « Hill country » à Field and Stream. Tout ça n’est malheureusement pas publié chez nous, mais avec le peu d’anglais (qu’on maîtrise plus ou moins et les traductions simultanées internet), on s’en dépatouille quand même.

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