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21 février 2025

Camper-chasser-pêcher avec John Hobson

Ce tenant du « Big Three », c’est-à-dire la grande presse « Nature » des sixties ( Sports Afield, Outdoor life, Field and Stream), était dans la boutique d’en face, l’alter ego en moins prolifique, mais aussi l’ami de Jack O’Connor. La publication en 2002 de leur correspondance, plus de 300 lettres entre 1945 et 1979 nous fait entrer dans l’intimité d’une période qui s’acheva avec leurs vies (1978 et 1979).

Originaire du Tennessee, mais ayant grandi à proximité de la réserve de Sioux Falls (South Dakota), ayant suivi cinq ans l’explorateur Earl Hammond en Arctique, la vraie passion de ce publiciste était le tir et la chasse, quand il ne put rentrer à Sports Afield que par la rubrique « camping », le poste qu’il convoitait étant tenu par Peter Brown. Meilleur conteur que ce dernier, il fut le chantre de la culture « camp de chasse » : vent, pluie, fumée, insectes et autres misères difficiles à comprendre chez nous. En Amérique du Nord, le cerf de Virginie qui est la mesure de tout imposait encore après-guerre de partir avec des mules s’établir loin de tout autour d’une base solide, puis des traques de parfois douze heures pour repérer, avant de revenir tenter de tirer le lendemain. Après il fallait encore une bonne journée pour la venaison, à l’abri des intempéries, et des ours en maraude.

Il n’y avait donc pas que la chasse et le tir, mais aussi des compétences demandant du temps sur les pièges, le bûcheronnage, la pêche, faire son pain, une approche minimaliste déjà largement théorisée par Horace Kephart et « Nessmuk » (1) : pas de compétition ni de haute technologie, mais la tradition de gestes simples liés à l’autosuffisance, en gros « un bon fusil, une bonne corde de traction, un bon couteau ». Jobson en emmenait toujours trois : un grand fixe suédois Pontus Holmberg, un modèle 5 Randall (voir ci-dessous), et un pliant texan Ralph Bone, de Lubbock. Les pliants qui ont souvent été éclipsés par le grand « bowie » emblématique de la conquête de l’Ouest, étaient bien plus utilisés qu’on peut le croire. Jobson dans « the complete book of practical camping » (1974) cite en effet l’exemple de ce guide des premières nations du Yukon Johnnie Johns qui, de 1925 à 1960, utilisa un Remington 1300 offert par un client « pour tout écorcher du castor au grizzly, et même fabriquer une poêle à frire en découpant le fond métallique d’un bidon d’huile de 5 gallons, puis un trou dans la tente pour le tirage, un autre pour le passage du tuyau de poêle, et enfin faire des petits copeaux pour allumer le feu ».

La tente Whelen du nom du fameux colonel balisticien (2) était l’archétype de l’équipement nécessaire pour se sécher, préparer les repas à l’abri des ondées, retenir la chaleur du poêle à bois à même le sol pour éviter les incendies, et profiter d’une nuit réparatrice avant d’envisager crapahuter le lendemain. Bien avant l’invention du nylon, elle était en toile marine dix onces, ou plus tard « Montana Blend » en Relite, plus légères et plus fraîches sous la chaleur, la cuisine se faisant sous l’auvent. Les poteaux en bois pouvaient s’adapter à tout ou remplacés par des gaulis de rencontre, elle était inusable pour peu qu’elle soit séchée convenablement pour éviter le moisi. S’il n’y avait que 300 000 « campeurs » aux Etats-Unis en 1915, ils étaient 3 millions en 1930 du fait du développement de la politique de conservation des parcs nationaux et bien sûr de l’automobile. Tous les grands journaux « outdoor » commentaient le matériel et la philosophie de ce mouvement théorisé par des auteurs comme Brad Augier (1910-1997) pionnier du « survival » en Colombie britannique, ou Calvin Rustum (1895-1982) qui fit 15 livres sur le « bushcraft » autour des bois, et de la randonnée en canoë sur les Grands Lacs.

Quand il finit par passer à la rédaction « chasse » de Sports Afield c’était donc « the right man at the right place » pour accompagner le courant « western » de l’après-guerre et l’ouverture de terres vierges dans les états de l’Ouest grouillant de grand gibier : mouflon de Dall, antilope pronghorn, chèvres de montagne, élans et caribous. Tous les jeunes chasseurs se ruaient sur les bibliothèques de collèges abonnées à la trilogie de revues curieusement moins présentes dans les universités…où on craignait leur pouvoir de distraction sur les étudiants ! Bien que sévissant dans des « écuries » différentes, l’un à Sports Afield, l’autre à Outdoor Life, les deux amis ne pouvaient que s’entendre que ce soit sur « le pouvoir meurtrier mystique du 270 » ou « le poids welter tapant comme un poids lourd » du 7X57. S’il ne développa pas, tout comme J.O.C d’ailleurs (3) son propre calibre, c’est par l’entremise de son copain qu’il développa un type « Jobson » de carabine devenu un des standards précurseurs des carabines légères. On le voit la présenter ci-dessous.

Jack O’Connor qui avait les moyens et les relations pour faire fabriquer des « customs » lui ayant déjà offert une Minar-Sukalle en 30-06 (4) put le mettre en relation avec le célèbre armurier de Spokane Al Biesen (1918-2016) lequel se fit sans beaucoup prier avant de se décider à couper à 23 pouces (58 cm) un modèle Winchester 70 en 375 HH Magnum pour aller en Afrique ! Il tenait en effet une rubrique mensuelle sur le Continent Noir dans le foisonnement de talents d’équipes pléthoriques où les « plumes » (5) incitaient les gens à essayer les armes dans un climat encore apaisé, où le marketing n’était pas à proximité immédiate des rédactions. La forte concurrence des trois magazines exacerbait de fausses inimitiés comme celle entre « Cactus Joe » et « Old Elmer » dont les polémiques, par presse écrite interposée gonflaient les ventes, mais qui, de nos jours, feraient fuir les annonceurs.

La publication en 2002 d’une correspondance qui certainement au départ n’était pas destinée à être publiée, dévoile presque comme sur le divan psychanalytique une intimité méconnue de Jack O’Connor qui est sans doute l’écrivain cynégétique majeur du XXè siècle. Comme beaucoup, il ne supportait pas les imbéciles pontifiant sans expérience de terrain, et de ces vieux souvenirs qu’on échange comme autour d’un vieux bourbon, ce que tout le monde appréciait à l’époque, ils étaient tous les trois Jobson, O’Connor et Elmer Keith d’accord sur le principal : à savoir, bien avant le calibre, insister sur le placement et le choix de balle. Prenons-en de la graine…

1/ Horace Kephart , voir archive du 15 mai 2021, et Nessmuk 11 mars 2023.

2/ Voir archives des 15 mars 2021, et 5 mai 2022.

3/ Voir archive du 18 janvier 2025.

4/ Cette arme est actuellement en possession du célèbre guide Phil Shoemaker en Alaska.

5/ En 1960, Jobson côtoyait à la rédaction de Sports Afield : H.P.Davis (chiens), J.Lucas (pêche), J .Robinson (trap), Ed Zern (humour, en dernière page).

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