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5 février 2025

L'amorçage Gordon-Hull

Vous êtes sans doute comme moi, interpellés par ces jolies cartouches servies par un marketing efficace qui ont, en plus, l’atout d’être reconnaissables entre mille quand elles ont le derrière à l’air dans la cartouchière ! L’argument qui est celui d’être des cartouches « premium » est servi par une série d’innovations techniques des seventies dont les premiers brevets furent finalisés en 1979, et devenus en 2009 un label international servi par de célèbres marques italiennes et britanniques.

La partie la plus visible est la bourre plastique qui sert de siège à l’amorce, le « culot » n’étant donc plus tout métal. N’étant pas formée par compression, elle garde donc ses qualités d’élasticité et sa base conique est censée optimiser la combustion de manière constante et dirigée. Comme un amortisseur de voiture, la force arrière des gaz est bien mieux absorbée que par le seul métal, mieux répartie aussi dans les deux sens car la bourre à jupe est elle aussi particulière, plus longue (voir ci-dessous à dr.), l’espace gagné supplémentaire (1) donnant moins de pression, le long godet protégeant également mieux la grenaille des frictions.

Malgré tout, l’argument du moindre recul qui est le plus souvent avancé notamment pour convaincre les utilisateurs à fort volume de tir (2) mérite d’être bien examiné. Il obéit à la triple et inébranlable équation mathématique du « recul technique », mais après il y a aussi le « ressenti », affaire personnelle de sensations difficiles à quantifier : ajustement, voire « pad » de crosse…plus ou moins épais qui peut faire une grande différence ! Le recul technique peut se calculer facilement (voir sur le Net où les logiciels abondent) si on lit bien la boîte en connaissant : 1 / le poids de charge ; 2/ la vitesse ; 3 / le poids de l’arme. Pour fignoler même encore un peu plus on peut ajouter quelques paramètres comme la valeur moyenne de la bourre (évaluée à 33 grains soit 2,13 grammes), ou de la poudre (22 grains ou 1,42 grammes), mais qui ne modifient pas de manière significative l’équation.

Le rechargeur, plutôt un chasseur qui, en général, cherche surtout à « adoucir » son tir (3). En effet, il sait bien qu’on n’a pas besoin de toute la vitesse et tout le poids admissible pour arriver à ses fins et que charger bien plus lourd et plus vite finira par donner plus de recul. En plus, si on réduit un seul des paramètres on perdra certes un peu en recul, mais beaucoup en cohérence alors qu’en jouant à la baisse sur les deux il sera exponentiellement moindre en garantissant un motif reproductible. Après, sur un « deux coups » lourd (4), nanti d’un gros coussin, il sera toujours possible de descendre très bas (5). Dans le même temps les nouvelles technologies des canons jouent aussi sur l’amélioration du paramètre recul dans des proportions aussi difficiles à quantifier que la différence entre bourres grasses ou à jupe.

On doit aux travaux du Dr A. Jones (6) les précisions en ce domaine : « dans le cas de la fibre, c’est la bouche du canon qui est déterminante (donc les chokes NDR), pour la jupe plastique la façon dont elle s’ouvre ensuite en vol ». Face aux fusils anciens à cônes courts pour s’adapter aux cartouches carton plus épaisses et où la bourre grasse devait bien s’ajuster à un diamètre d’alésage plus court pour l’étanchéité, il voyait un « gain minime dur à prouver », face à l’allongement des cônes où le plastique « mou », poussé par son pied en piston, adhérait mieux aux parois. On peut penser qu’il en est de même pour cette nouveauté car aucune énergie de recul ne disparait vraiment, elle se dissipe seulement autrement, plus lentement, plus en différé, mais on est là dans l’ordre de quelques milli secondes bien difficiles à percevoir pour l’épaule humaine.

Un des arguments de ces cartouches « managed recoil » est (justement grâce à plus de capacité d’étui comme on l’a vu plus haut) de pouvoir envoyer 40 grammes dans la chambre standard 70, mais tirez-en donc une centaine d’affilée pour voir ! On semble bien avoir eu là l’idée géniale de mettre le pad au « c…l » de la cartouche, et donc quand demain la cartouche télescopique, à air comprimé ou à coussin d’air ? Bon, se casser la nénette à réduire de manière insignifiante le recul, c’est bien mais y arriver peu ou prou à nous en convaincre que nous y sommes finalement parvenus est une autre réussite, à mettre au crédit, cette fois, du marketing. Comme en politique, à force de se le répéter, tout finit par être crédible…

1/ Voir archive du 28 novembre 2024 sur les cartouches « Activ » dont c’était un des atouts.

2/ Les tireurs sportifs qui peuvent tirer 500 plateaux voire plus par semaine.

3/ Il est plus difficile et risqué de dupliquer les puissantes cartouches « usine » qui utilisent des propulseurs souvent spécifiques et de qualité inaccessible au vulgus pecus. De plus le plastique plus souple des cartouches Gordon sera moins recyclable, et il faudra plus jouer avec la hauteur des bourres par rapport aux étuis classiques.

4/ Superposé ou juxtaposé, mais pas un semi-automatique dont il faut un minimum de puissance pour faire cycler l’action.

5/ Selon la nomenclature anglo-saxonne le calibre 12 s’étalonne de 21 grammes (0,75 once soit ¾ ) à 2 onces (56,69 grammes) en passant par 7/8 (0,87 oz et 24 grammes), 1 once (28 grammes) c’est la fameuse « charge carrée » du calibre 16 (voir archive du 5 août 2020), 1 1/8 (1, 125 oz, 32 grammes), 1 ¼ (1,25 oz, 35,43 grammes),  1 ½ (1,5 oz, 45,52 grammes), 1 5/8 (1,675 oz, 46 grammes), 1/ ¾ (1,75 oz, 49,61 grammes), 1 /7/8 (1,875 oz, 53,15 grammes).

6/ Voir sur ce personnage archive du 13 octobre 2022.

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