La montre du chasseur ?
Le style c’est l’homme ! A la chasse aussi on peut parler parfois de « dressing code » (1) et quel autre accessoire que la montre pour déterminer sa personnalité quand on sait que celle-ci très vite a viré « outdoor » : montre-outil pour l’humble traqueur peu soucieux de l’apparence, ou modèle « branché » rempli de fonctionnalités ? Autre paradoxe : comment rester ancré dans le temps et l’espace quand « l’évasion » de la chasse vise à s’en échapper ?
/image%2F0404899%2F20250201%2Fob_0f30e5_lebeau-courally-150ans-949x1024.jpg)
De la simple montre-bracelet, resté objet d’aventures et d’exploration, l’ère numérique nous abreuve d’informations dont on peut discuter de l’utilité, même si le chasseur est certes lui aussi, fortement marqué « plein air », comme le randonneur, le militaire, le triathlète. Le chasseur est un homme d’extérieur qui sait estimer l’heure « ancienne » de près, celle qui suivait la marche du soleil, et quand on part fusil sous le bras, on sait encore le temps qu’il fait sans avoir besoin de contrôler l’altitude, la pression barométrique, de répondre à ses e-mails !
/image%2F0404899%2F20250201%2Fob_c1630a_rolex-purdey-ad.jpg)
En 1915 l’invention du verre incassable permit de se passer des couvercles de protection pour les montres à gousset, et c’est dans les tranchées qu’on apprécia le bracelet pour utiliser les deux mains, l’étanchéité pour affronter les intempéries, la luminosité et le minutage pour attaquer à l’aube, toutes fonctionnalités bien utiles aussi pour se réveiller et aller à la hutte ou vérifier le temps de cuisson du ragout à la palombière n’est-ce-pas ? Désormais au temps des « portables », la montre-bracelet d’un certain niveau risque de vous envoyer ipso facto dans le domaine du « vintage » car dans la décennie 60-70, toutes les marques avaient dans leur catalogue des produits tout terrain, intemporels et élégants comme la Rolex Submariner (1954), puis plus récemment (2007) la Pro Hunter.
/image%2F0404899%2F20250201%2Fob_174950_rolex-ad-rhino.jpg)
De la même manière que 98% des personnes avec qui on chasse ne feront pas la différence entre un Baïkal et un Lebeau-Courally, on pourra toujours préférer une quartz à deux balles qui marche du tonnerre, à ces cadrans à compteurs multiples à la présence rassurante quand le regard y va, mais superfétatoires quand il faut mettre les mains au fond du coffre, chercher les leurres, passer le collier au braque qui se trémousse déjà aux futures aventures de la matinée dominicale. Il y a quelques décennies, le look « tactical » (G Shok, Casio, etc.) a pu séduire le chasseur autour de trois critères : antichoc, étanche, baromètre, boussole répondant certes à la sécurité quand on est seul au fin fond du Wyoming, mais moins pertinent à Lamotte-Beuvron. Des montres « intelligentes » (solaires, GPS même pour suivi des chiens) I-watches connectées à fonction « fil d’Ariane » pour crapahuter en zone inconnue, mais stupides quand, justement on chasse pour s’éloigner de ce genre de choses.
/image%2F0404899%2F20250201%2Fob_3e95d3_1651006652294.png)
Trop de technologie gâche la recherche de solitude et de concentration sur la Nature qui nous entoure, quand on prend l’air pour se « débrancher » de tout. Déjà les talkies nous privent peu à peu de l’écho des trompes, et il n’y a rien de pire à la passée du soir qu’un coup de fusil lointain suivi dans la foulée d’un SMS « …as-tu vu passer les ramiers » ! Sans être « bling-bling », ni glisser le Purdey dans un étui Vuitton, on peut apprécier les belles montres fabriquées avec soin et précision il y a bien longtemps par des gens compétents comme ceux qui ont assemblé nos armes préférées. Elles ont autant de sens que le juxtaposé Hélice, la Honda « quatre pattes », la pipe Meerschaum, les cartouches en carton, les bourbons antiques et bières « trappistes », appréciation discrète des belles choses de la vie « en première classe »…
/image%2F0404899%2F20250201%2Fob_4263aa_61mt6szbfll-ac-sx679.jpg)
D’ailleurs en retraite a-t-on besoin d’une montre ? On met ses vieilles nippes pour perdre son temps au fond des bois, la nef des fous est arrivée à bon port, nous autres chasseurs et gens de l’ancien temps partageons des secrets bien gardés qu’on ne peut acheter chez les « décathloniens ». Le chasseur est probablement aussi libre qu’il est possible à l’homme moderne de l’être dans la technologie ambiante non parce qu’il fuit la société, mais parce qu’il arrive à se projeter dans un monde plus lent, plus calme, plus ancien. « Je suis parti seul, bien avant le lever du jour, mais pas solitaire » disait Gordon Mc Quarrie (2). C’est sans doute ce qui fait que le chasseur actuel a tant d’adversaires…
1/ Voir archive du 7 février 2020.
2/ Voir archive des 11 et 13 juin 2022.