La sarcelle : bécasse du sauvaginier ?
Trop souvent cantonnée chez nous à un bonus sur la chasse au colvert et autres « gros » canards de surface, la sarcelle, plus dure à chasser et à tirer possède aussi une chair tendre et sucrée qui pourrait convaincre les plus rétifs côté gastronomie. En Amérique du Nord c’est une chasse de début de saison, particulière et à part entière.
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_9bf4aa_une.jpg)
Aux deux variantes que nous connaissons et identifiées là-bas par la couleur des ailes (blue and green winged teal), s’ajoute une version cannelle (cinnamon) et c’est une chasse typique de début de saison en septembre quand on chasse encore léger, à l’ancienne la météo étant encore clémente…mais avec présence massive de moustiques pour lequel cependant le chasseur prévoyant aura tout prévu (1) ! L’équipement y est plus minimal à entasser dans le canoë Grumman (2)) dans un affût (blind) plus sommaire, les oiseaux n’arrivant pas du dessus, et les poses étant rapides et immédiates. Un camouflage à dominante verte, et quelques débris végétaux entassés à la hâte suffisent car il faut pouvoir se déplacer rapidement sur les bordures, les queues d’étang, patauger dans les prairies inondées.
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_2c49cc_deux.png)
Dans un vaste pays où les appelants vivants sont interdits, l’influence des leurres et calls (3) est primordiale, et les spécialistes des sarcelles se différencient du sauvaginier classique par des techniques particulières : l’appeau « duck » est inutile car le langage est différent, rauque et saccadé pour convaincre un oiseau capricieux qui peut filer à 80 km/h et virevolter en passant bas. Son métabolisme dévorant en énergie hivernale pour un oiseau de petite taille, l’oblige à sans cesse se déplacer pour trouver une alimentation riche qu’il ne peut trouver dans les grands plans d’eau dépassant une trentaine de cms de profondeur.
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_a7ce2a_s-l1200.jpg)
L’influence des changements climatiques subtils du début d’automne doivent donc aussi être pris en compte, et quelques variations de degrés peuvent faire bouger des petits groupes qui ne tiennent que peu compte des masses de canards classiques. Il faut donc regarder attentivement les fronts de refroidissement, se positionner sur les routes des mares inondées le long de la migration, les prairies, queues d’étangs où les poses vont chercher des petites silhouettes agglomérées. La moindre masse de ces petits leurres facilite l’emport d’une douzaine qu’un chasseur texan par exemple disposera ainsi : 4 flottants au centre, 2 tournants à chaque extrémité, et deux devant lui à secouer proche de l’affût à la ficelle.
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_590f65_1551114767453.jpeg)
Un peu comme à la bécasse, pour le néophyte ou le béotien de la spécialité, c’est un gibier qui détruit la moyenne des tirs, car le tir est bas, rapide, un vol rebondissant sans cesse qui déconcerte par ses acrobaties, et l’oiseau est si petit que quand on le voit bien, c’est qu’il est plus proche que pensé au prime abord. Ce vol erratique fait vaciller les habitudes du traditionnel « queue-tête-pan » du colvert ou du faisan lancés sur leur trajectoire, et l’erreur classique, un peu comme sur la compagnie de perdreaux, est de tirer « dans le tas » où, finalement, rien ne tombe !
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_f64b1b_s-l1200-2.jpg)
Il est donc conseillé de se lever souple, en prendre un à la pointe du bec dans un canon pas trop choké, le lisse amélioré (4) étant préconisé avec du plomb de # 5-6 pour l’acier car il faut un motif dense et sans espace pour une cible aussi petite qui sera rarement tirée de loin. Avec l’acier, (rappelons-le, obligatoire sur le domaine maritime et les zones humides), il faut monter par exemple à # 2 pour le colvert, ce qui pour 32 grammes (1 1/8 nomenclature anglo-saxonne) donnera 140 billes, alors qu’en # 6 on en aura 350 donc le double en densité. Avec les hautes vitesses désormais atteintes pour les chargements acier, le # 6 qui serait léger pour un gros colvert sera suffisant en pénétration sur un volatile de plus petit format. Fin au tir et au palais (5) ce bec plat qui n’est jamais là où on l’attend, donnera toute satisfaction au chasseur exigeant car, comme pour la bécasse, il se mérite…
/image%2F0404899%2F20250228%2Fob_a4e7e1_fin.jpg)
1/ L’appareil Thermo Cell est un incontournable des cadeaux à offrir à Daddy pour Noël.
2/ Classique de la pêche et de l’outdoor il fut inventé par l’ingénieur W.J. Hoffmann, de la célèbre marque aéronautique en 1944 à partir de la technologie de l’étirage d’aluminium qui servait pour fabriquer les ailes d’avions. Ici, à droite, une boucle de ceinturon évoquant la marque et le canoë.
3/ Appeaux : voir archive du 26 mai 2022, et pour les leurres 6 avril 2020 et 29 avril 2024.
4/ Voir archive du 29 janvier 2025.
5/ Comme pour le canard il existe une recette de sarcelle à l’orange assez facile à faire à la cocotte en colorant sur feu modéré avec du saindoux, des carottes et oignons émincés, puis verser 20 cl de muscadet, gratter les sucs après réduction aux deux tiers, puis ajouter 50 cl de bouillon de volaille, épicer et porter à ébullition, couper le feu, recouvrir et 2 h au four chaud. Le temps que ça cuise, presser une orange, blanchir les zestes à l’eau bouillante et faire une julienne, en peler deux autres séparer en quartier ne conservant que la chair et garder le jus. La sarcelle cuite, récupérer le jus de cuisson, passer au chinois, délayer pour avoir 40 cl (en réduisant ou en rajoutant du bouillon) avec une cuillère à café de fécule et lier en faisant bouillir puis ajouter jus et zestes et vérifier l’assaisonnement. La sauce à part, présenter la sarcelle entourée des suprêmes d’orange.