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29 mars 2025

La Sécurité qui s'impose peut aussi être jubilatoire

La formation au permis de chasser y pourvoit et il est incontestable que les jeunes générations, du fait de l’examen et des parcours imposés sont mieux « armées » (comme les sangliers ?) que les « boumeurs » anciens (1) en ce domaine. Mais l’amateur éclairé peut s’en ajouter d’autres simples, judicieuses et de bon sens, faciles à retenir, issues de la NRA et initiées par le fondateur de Gunsite, Jeff Cooper (2). Plutôt que des listes fastidieuses, il s’agit de 4 points faciles à mémoriser auxquels on peut ajouter quelques commentaires qui aident à aborder avec le sourire des textes ardus.

 1 § Toutes les armes doivent être considérées comme « toujours » chargées. Pas d’exception, ni  de « comme si » ! Non appliqué avec force cet axiome, si on le réduit, n’a qu’une efficacité partielle, même si on reste entre personnes averties, responsables, aguerries ou spécialisées. Si on vous dit « pas de souci c’est déchargé », notamment quand on embarque dans les véhicules, n’osez le croire, vérifiez discrètement s’il le faut pour ne pas être impoli, et personne ne vous en tiendra rigueur. Il n’y a pas d’accident il n’y a que des négligences.

2 § Ne jamais diriger l’arme vers ce qu’on n’est pas prêt à détruire. C’est une règle de combat, particulièrement destinée aux armes de poing, par essence plus « maniables », mais qu’il faut s’appliquer dans toutes les manipulations d’armes longues aussi en visée, tir à sec.

3 § Pas de doigt sur la détente tant qu’on n’a pas vue sur la cible. C’est en effet le geste de décision consciente de tirer, donc à séparer drastiquement de la fonction manipulation, même si la préhension à cinq doigts est réflexe pour saisir. Ce qui doit être tellement inscrit dans le subconscient qu’il faudrait faire pareil avec la perceuse… (et ne pas pointer le forêt vers quelqu’un en vertu du point N°2 précédent, en poussant un peu loin le bouchon !) ou le pistolet à clous (3)…

4 § Assurez-vous de votre cible, et de ce qu’il y a derrière. C’est un peu le « bien identifier votre gibier » de nos consignes de battue, en gros « l’environnement du tir » sur lequel on n’insiste jamais assez. C’est d’ailleurs tout ce qui fait le sel de la discipline, la préparation méticuleuse de son emplacement, repérer les coulées, les obstacles évidents de sécurité : routes, maisons, tout ce qui trouve « à défilement » comme on dit chez les militaires, mais aussi les surfaces dures ou eau susceptibles de faire ricocher, poteaux, clôtures. L’urgence n’est jamais une bonne pratique quand on utilise une arme à feu, l’état mécanique de l’arme doit être assuré, ne pas se fier aux sécurités mécaniques mais plutôt d’action (« cassé », demi-armé ou demi-pompé), les munitions fonctionnelles après tri annuel des rouillées ou marquées par l’éjection susceptibles d’une mauvaise alimentation au moment critique où va passer le goret de l’année.

Responsable de battues, on donne certes des « consignes » qui sont obligatoires, mais on devrait plus développer cette jubilation intellectuelle qu’il y a de « bien tout faire » et que c’est couronné de succès ensuite au tir, quand tout s’aligne bien. Organisateur vétéran d’une trentaine de battues annuelles, rendant la politesse aux voisins qui tiennent compte amicalement d’un physique en berne vu l’âge, et vous placent comme on dit pudiquement « en retour », manière polie de dire « à Couillonville » (4) quel plaisir de se retrouver seul dans des immensités où le chef de ligne est venu vous amener en vous disant « placez-vous où vous voulez, je vois que vous avez votre siège, c’est bien car ça risque de durer, le plus proche fusil est à votre droite à 500 m et de toute façon, derrière la butte ».

Même caduc et podagre, à vous de jouer donc, et de résoudre le défi de cette équation avec le plus souvent pas mal de temps avant qu’on découple les chiens, et que résonnent les signaux des trompes ou que grésillent les talkies « début de traque, début de traque »…Et je peux vous dire que l’adrénaline monte quand, tout seul, au diable bouilli depuis deux heures, suivant sur les ondes les péripéties d’un renard tiré et raté 5 fois vous entendez le maître d’équipage s’inquiéter « il échappe vers La forêt de Blanchelande, j’espère que vous avez mis quelqu’un là-bas ? » Et la ligne de répondre évasivement « oui, je crois qu’on a mis un gars ». Les échos de la meute se rapprochent à grands récris, vous avez tout prévu, vous avez le calme des vieilles troupes : le grand champ de moutarde ou goupil s’engouffre serré de près va sans doute être traversé tout droit, et vous êtes prêt pour l’attendre à la sortie où comme vous l’aviez prévu, un seul coup de deux vous fait sonner la mort après l’avoir fait bouler comme un capucin.

De loin en loin, se répète la longue litanie des deux coups longs taïautés, et le talkie s’inquiète « c’est vous au bout ? ». Laconique vous répétez « renard mort ». Ce n’est ni le premier, ni le dernier d’une longue carrière. Mais voici qu’arrive le chef piqueux qui rameute les chiens qui se disputaient la dépouille pour en faire une serpillère. C’est un petit bonhomme pète-sec, qui galope encore comme le vent, presque un conscrit, un vieux briscard craint et respecté dans toute la région, et même si on se connaît bien depuis des lustres je peux vous dire que ça compte quand, sans doute pour la seule fois dans votre vie de chasseur, casquette à la main, entouré de ses chiens et tout abasourdi et rougissant dans l’émoi, il vous serre la pogne tout sourire pour les honneurs : « tiens mon gâs, quelle menée, c’était une belle chasse, tu mérites bien la brisée (5) car tu t’étais bien placé ».

1/ En même temps qu’on faisait « boum » dans la campagne sans avoir à passer de « permis », puis sous les drapeaux avec la "Nana 52" qui nous secouait les puces, on fréquentait aussi  dans ces temps de l'année dite "érotique", d’autres « boumes » et autres concours plutôt cette fois, de slows langoureux…

2/ Voir sur ce personnage, archive du 1 janvier 2019.

3/ Ne souriez pas, une munition le 17 WSM en est directement issu : voir archive du 5 janvier 2019.

4/ Populaire lieudit où (en théorie hein, car il réserve parfois plein de bonnes surprises) il ne passe jamais rien et où vont en priorité les maladroits chroniques, les vétérans blanchis sous le harnais et revenus de tout, les organisateurs dont nous sommes, chargés d’un tas de basses besognes annexes et ingrates (administration, pancartes, logistique buvette et vaisselle derrière) et qui se placent après tout le monde, « en bout de ligne », jamais bien loin du fourgon, prêt à partir pour aller chercher la venaison voire ramasser un ou deux chiens à la traîne. 

5/ Voir archive du 28 février 2019.

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