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18 mars 2025

Quand Elmer et Rocky butaient sur les charges "duplex"

Combiner deux charges de poudres différentes peut sembler une bonne idée laquelle a quand même vite trouvé ses limites, tout le monde s’étant cassé le nez sur cet insoluble problème pendant tout le XXè Siècle.

Dès 1890, le lieutenant T.J. Clay avait pensé à l’amorçage « avant » de la charge d’abord pour réduire le flash de bouche imputé aux imbrûlés de poudre noire, ce qui pouvait bien sûr intéresser les militaires pour ne pas trop vite révéler l’emplacement de leurs feux. On constata un recul différent avec moins d’éclat, mais aussi de saut de canon, mais au détriment de la vitesse, phénomène récurrent comme on va bientôt le voir. De même, l’arrivée des poudres sans fumée vit justement les tireurs des débuts du bench-rest utiliser quelques grains sous la poudre noire pour éviter l’encrassement.

 L’idée était donc dans l’air quand l’équipe OKH (O’Neil-Keith-Hopkins) reprit l’option de l’allumage « frontal »…un peu à l’image des havanes que prisait le truculent Elmer Keith (voir ci-contre à dr.) ! Cette trouvaille d’une dispersion uniforme de la chaleur grâce à la combustion partant de l’avant fut étrennée par le 285 OKH, mais avec le même effet que cinquante ans avant : une perte de vélocité car le « tube éclair » prenait trop de place pour la poudre. Lente à l’avant censée pousser la balle dans l’alésage, la rapide à la base de l’étui s’enflammait à son tour pour booster par une poussée supplémentaire.

 John Hatcher le directeur de l’arsenal de Frankford eut bien sûr vent de l’affaire et poussa la joyeuse équipe à se pencher sur le 50 BMG qui équipait les mitrailleuses des Alliés, mais en conservant le secret pour ne pas attirer l’attention des ennemis de tous bords quand arriva la « guerre froide »…Ils ne purent tirer pas plus d’une soixantaine de m/s, et le coup n’était pas jouable pour l’industrie en plein effort de guerre avec à la clef l’écueil pratique du redimensionnement des étuis, et des matrices et machines nouvelles à inventer.

Dans un après-guerre fertile en innovations (voir la saga Weatherby par exemple) avec la disponibilité des immenses surplus de poudres lentes (Hogdon 4831) « Rocky » Gibbs (1) reprit l’idée du « tube éclair » en cuivre qu’il fallait fixer (à la Loctite !), mais où lesdits tubes partaient avec la balle ou se mettaient en travers, amenant des surpressions. Il obtint dans le secret de ses recherches, (ce qui était dans sa nature, mais aussi une précaution avec les risques de procès ultérieurs en cas de disfonctionnements), les mêmes résultats de diminution de la vitesse.

Pour le 270, il faisait monter la balle de 130 grains à 1039m/s (contre 850 à l’origine), mais comme Ackley le reconnaissait lui-même dans son fameux manuel (handbook for shooters and reloaders) « le calibre se dressant d’office au-dessus de la capacité d’alésage » était difficile à améliorer…c’est ce qui fait d’ailleurs encore son succès actuel ! Ce furent sans doute aussi les grosses pressions pour un peu plus de vitesse escomptée qui rebutèrent les rechargeurs.

Pour le 30-06, sa méthode rencontra un peu plus de succès avec la forte offre d’étuis réformés et de surplus, tant en Springfield que Mausers allemands à 30 dollars la bête après la guerre, sans avoir à changer de canon pour se faire des « magnums du pauvre », en maximisant l’espace disponible. Pour le 30-06 il suffisait d’élargir le col d’un étui tiré avec une matrice 38-06 ou 35 Whelen de les passer dans un de ses outils, et de tirer quelques grains de poudre coiffés d’un « buffer » de semoule de blé, pour « souffler » le col s’adaptant à sa nouvelle chambre. Ne restait visible qu’un petit anneau de l’épaulement d’origine. Avec le 30-06, la balle de 180 grains montait à 909m/s, au prix de toutes les manips compliquées expliquées plus haut sur un coin d’établi dans le garage, qui seraient certes un peu simplifiées de nos jours avec les étuis vides disponibles de 35 Whelen. Il déclina toute une gamme de 6 cartouches, dont un 240 à base de 25-06 faisant monter une balle de 75 grains à 1090m/s, et un 338, malheureusement concomitant de la sortie (1958) du 338 Winchester Magnum.

Arrivant dix ans après Roy Weatherby, en pleine vague des magnums rapides, son 270 ne put éclipser ni le calibre originel, ni le 270 Weatherby magnum qu’il titillait, même si son travail fut reconnu, tant par Jack O’Connor que dix ans plus tard, (1964) par Francis Sell dans son ouvrage faisant référence sur la chasse au whitetail. Il tomba aussi dans une période où la presse écrite armurière US était en plein boom et prenait assez facilement position pour des munitions « poussées » par ses plumes, aussi célèbres que de nos jours les « influenceurs » et faisant autorité. Il souffrit aussi des contestations sur ses mesures, et du secret entourant ses travaux, au point que la légende dit qu’à l’article de la mort (leucémie) en 1973, il fit tout brûler, tests, essais, dossiers…

 

1/ Voir archive du 16 avril 2020.

 

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