Forces et faiblesses de l'action Mauser (1) : tour d'horizon
L’arme rayée se développe de plus en plus, et notre « culture » y étant moins ancienne que pour l’arme lisse, il est donc bon de savoir, surtout face au marché de l’occasion, ce que cache cette option qui, depuis la fin du XIXè siècle, semble donner toutes les garanties de fiabilité et de solidité. Elle couvre un éventail énorme de réalisations « officielles » ou « usine », mais aussi artisanales de qualité inégale, mais qui toutes, tournent autour de la fameuse « action ». Ce sera donc le « dossier » de cet été en 4 épisodes.
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Elle se caractérise par son fameux verrou en « T », sécurisé par un autre à l’arrière, et si depuis 1898, bien d’autres fermetures ont été expérimentées, elle reste une des plus sûres, puisqu’elle a même pu être étendue aux plus gros calibres africains dont nous parlerons dans le prochain envoi. L’influence militaire indéniable originelle qui est un compromis de fiabilité, de facilité d’emploi était un atout pour le conscrit, et donc pour le chasseur lui aussi confronté au terrain : boue, poussière et autres intempéries. Atout que l’on retrouve dans les usinages et la métallurgie bien sûr très évolutive dans une aussi longue carrière : des aciers forgés faibles en carbones, durcis là où ça force, c’est-à-dire cémentés pour créer une surface plus dure et très lisse pour bien porter pouvant, en outre, jouer en fonction de la variable de qualité des munitions de combat. Au fil du temps, dans les années d’avant-guerre la métallurgie progressa pour atteindre un summum avec les modèles Husqvarna et la technologie des aciers des années 50-60.
La culasse est le cœur de cette arme avec un système qui entoure un peu moins parfaitement d’acier la cartouche que ses successeurs (comme la Remington 700 par exemple), mais la minceur de la griffe d’extracteur y enfonce mieux la cartouche guidée en permanence par l’alimentation contrôlée laquelle ne fut pas comme on le croit trop souvent une trouvaille géniale de Paul Mauser, mais bien un choix, de nouveau guidé par l’implication militaire. Il testa l’alimentation poussée, mais c’est le danger de la double alimentation au combat, par des recrues mal formées, qui le décida vers cette option, tout comme la fameuse sécurité « en drapeau » liée à l’alimentation. La cartouche engagée par la griffe, et même si la sécurité est désengagée, ne peut être tirée, le percuteur étant bloqué et rien ne marche si tout n’est pas verrouillé.
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Autre aspect sécurité un peu moins d’actualité de nos jours du fait d’une meilleure constante manufacturière, l’évent face aux ruptures d’étuis (1) a été ensuite simplifié par économie par ceux qui ont amélioré le système : FN, Zastava, Winchester 70 pré 64. Mais cette préoccupation se rencontrait aussi avec l’encoche de pouce sur le flanc gauche, conçue certes pour aider le chargement par clip militaire, mais aussi équilibrer à gauche l’éventuelle surpression, et épargner ainsi le visage du tireur également protégé en outre à droite, par une bride sur le levier d’armement.
Les premiers magasins dont les lèvres étaient usinées dans le boitier, plutôt que les chargeurs nécessitaient un usinage soigné, permettant une adaptation à la multiplicité des calibres, système vite dépassé par les magasins à plancher détachable que le nez d’une balle pointue (premières FN et Brno d’après-guerre) suffisait à ouvrir. Il fut ensuite articulé (Santa Barbara, Zastava, Dakota 76), le recul de certains gros calibres africains pouvant néanmoins en déverser le contenu sur vos godasses au plus mauvais moment !
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Les optiques n’étant pas encore généralisées en 1898, le gros levier et surtout la sécurité à drapeau ont obéré leurs premiers montages. La sécurité avec peu de pièces verrouillant le percuteur sans empêcher les manipulations en position intermédiaire permettait aussi le démontage sans outil sur le champ de bataille, autre préoccupation militaire que FN, Brno, et surtout Winchester 70 résolurent par des sécurités latérales horizontales. Mesuré par Stuart Otteson (dans « The bolt action ») le verrouillage (5 millisecondes) est plus lent que dans les actions modernes (2,5 millisecondes pour Remington 700, et Winchester 70), mais toujours plus rapide que les autres actions (SA, pompe, levier) avec surtout un bon compromis alimentation sûre-percussion, encore améliorée par les nouveaux boîtiers-détentes (Timney entre autres) qui simplifient la percussion ancienne à deux étages. Don Heath (dans African Hunter) montre que lors d’un « match » amical entre guides au Zimbabwe opposant tout ce qu’on trouve en Afrique (Weatherby, Ruger 77, Browning A Blot), CZ, Zastava, ce furent encore les FN et Mauser Oberndorf, devant les « sporsters » Brno, qui tirèrent le mieux leur épingle du jeu.
Cet aspect « sporster » est d’ailleurs une option à considérer sérieusement au plan de l’occasion où l’on peut trouver de tout et un esprit relativement nouveau en France où la réflexion touchant aux armes par le citoyen a toujours paru suspecte aux autorités, ce qui n’est pas le cas aux USA. Là-bas, les surplus militaires (2) ont permis après-guerre, à une légion d’armuriers d’offrir partout du « sur mesure » que seuls quelques armuriers hautement spécialisés (3) peuvent proposer en France. De nos jours, même aux USA (4) le jeu en vaut-t-il la chandelle face à la production actuelle des armes en « système Mauser » modernisées et immédiatement disponibles ?
1/Jack O’Connor (dans Rifle Book), tout comme Jack Lott (dans Guns and Ammos, 1990) en citent des exemples, avec des tirs de surplus militaires.
2/Les actions d’avant-guerre étaient parmi les meilleures car les armes à destination militaire étaient produites sur les mêmes lignes que les armes de chasses top niveau.
3/Citons, pour la chasse, parmi ceux qui nous viennent immédiatement à l’esprit, les Ets Dorléac dans le Midi, J.P. Ridon dans le Centre, Eric Briano en région parisienne. Pour le tir longue distance, il y a toujours eu mieux que la simple action Mauser : trop de découpes pour être rigide, l’alimentation contrôlée nécessitant une grande ouverture dans le boitier, lui-même affaibli par l’encoche de pouce à gauche, et la trop grande béance du magasin.
4/Une action F.N. se vend autour de 500 dollars, la conversion sécurité et une détente Timney 300, un levier plus élégant 100, un canon (A§B, Shilen, etc.) 600, une crosse Boyds 300, soit autour de 2000 dollars avec les faux frais et bien sûr les optiques à venir derrière. A voir donc pour se faire là-bas (où il y a d’ailleurs débat, et embarras du choix !) une carabine perso et originale en système Mauser. En France c’est une véritable « démarche » qui n’appartiendra qu’aux plus motivés…et fortunés !
Prochain envoi fin juillet les « millésimes » Mauser.