"Seules les armes précises sont intéressantes" ?
Cette citation célèbre (1) nous ramène à l’article sur le groupement « à deux balles » (2) dont nous avons parlé il y a quelques mois et qui peut être controversé par les tireurs sur leur taille et peut bien sûr concerner aussi le chasseur : faut-il régler avec deux, 5 ou 10 balles ? Ou quelles analogies lisse-percussion annulaire et centrale que nous avons tendance ici à mixer allégrement, et qu’on pourrait nous reprocher ?
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Le balisticien Brian Litz l’a précisément calculé, de centre à centre façon dont la plupart des tireurs analysent leurs groupes, la dispersion augmente de 1,23 entre 3 et 5 coups et de 1,24 entre 5 et 10. La célèbre marque de balle Speer chiffrait à 7 coups la dispersion moyenne maximale, et les logiciels informatiques balistiques actuels à 6. Bien sûr, c’est assez facile à comprendre, plus la précision intrinsèque originale de l’arme diminue (2) plus il y a de chances que le pourcentage de variation entre 3 et 5 coups augmente, mais ça dépend aussi de ce que l’on tire. Dix coups de 22 Long Rifle n’ont rien à voir par exemple avec autant en 460 Weatherby Magnum où un seul coup pourra vous donner légitimement la tremblote pour le coup suivant…
Défenseur ici du petit calibre, nous avons tendance à penser que plus on s’applique dans ce domaine, plus ça aide pour le reste à savoir la percussion centrale et même le lisse quand il s’agit par exemple d’aligner une bête noire qui se dérobe en douce, et où le guidon masque entièrement la cible. Ah, c’est là qu’on est content que l’animal soit plutôt lent et gros et plutôt en montée, patinant péniblement dans un champ de patates…Après toutes ces émotions, autour d’un verre, c’est là qu’on peut sourire en coin quand on entend des affirmations les plus surfaites et fantaisistes comme « choisir les bonnes balles, celles qui tirent le mieux » ce qui, en soi, ne veut rien dire ! Si on insiste un peu les informations sont des plus vagues : tout juste de marques pas trop bien identifiées : des « normales » (Norma sans doute ?) aux « solognaises » (quand on confond sans doute le fabricant Sologne, et Solognac fameux label d’un grand magasin de plein air). Bon sang, à quand les « charentaises » si douces au tir et pourquoi pas, aux orteils ?
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La plupart des carabines d’entrée de gamme sur 5 balles sont réglées usines 1,5 MOA à 100 mètres, argument de vente qui n’a aucune importance à la battue où la « minute de zone vitale ou létale » est variable et obtenue avec des équipements bon marché : scopes ou red dot chinois la plupart du temps. Les informations ainsi partagées autour de l’apéro n’ont aucun intérêt : pour le chasseur moyen, 2 MOA serait largement suffisant, même si, comme tout le monde on va vous bassiner avec la « bonne balle » quand on ne sait pas ce qu’on tire, ou encore mieux d’un « placement » qu’on n’est pas capable de situer de manière fiable sur le terrain. On ne fait pas d’essais, ne s’entraîne pas, ne tire pas plus de 10 cartouches par an sur grand gibier, mais c’est comme ça, les naïvetés et attentes stupides sont exacerbées dans tous les loisirs essentiellement masculins (3) et ce côté, la Chasse détient certainement le pompon !
Alors revenons à la taille des groupes et ce qui nous serait utile, nous autres chasseurs lambda qui nous rendons au poste maintenant (djihad porcin oblige) près de quarante fois par an, et en quoi la percussion annulaire nous aide. D’abord elle nous fait tirer tout le temps, dans les trous du calendrier, amène des automatismes de précision et de réglages : par groupes de 5 coups, qu’on passe à 10 pour vérifier si le canon tient le choc en chauffant avec la même munition, éventuellement en emmenant une seconde arme si surviennent des incohérences de scopes. Ce qui servira à la Chasse où ce qui importe c’est la première balle tirée d’un canon froid (4). Si bien réglé, au saut du layon, pas besoin d’une seconde.
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C’est une antienne : il faut impérativement régler fusils et carabines dans l’intersaison, maintenant qu’on sait que l’on va buter sur le sanglier quasiment à chaque sortie, et les Fédérations devraient fortement s’impliquer là-dedans, car pour les particuliers (sécurité, voisinage etc.) c’est plutôt coton d’aller tirailler dans la campagne sans qu’ipso facto, le GIGN vienne aux nouvelles. Le réglage doit retenir cet impératif : précision la meilleure possible d’entrée, attendre un peu, tirer une seconde, puis une troisième fois, tous les projectiles devant atteindre la même zone. Le faire régulièrement si possible avec un mono canon (5) dédié, à la même distance, sur la même cible qui nous donnera une bonne idée de ce qui nous attend sur le terrain, pour ce coup unique décisif. Savoir que l’arme est précise donnera confiance dans le feu de l’action : et plus de précision, plus de confiance encore.
1/ Townsend Whelen dans American Rifleman d’avril 1957 Page 46. Voir à son sujet archive du 15/3/21.
2/ Si on compare par exemple ma vieille Manu-Arm avec une Anschütz dernier cri…Mais on peut quand même tirer quelque chose de la plus infâme vieillerie si on se penche un peu dessus : voir, à 50 m. le « carton » ci-dessus…avec, en plus, du tout-venant (Solognac Training soit Sellier/Bellot, le premier prix en grande surface), et non de la Eley Tenex ! C’est la première balle, excellente, qui a forcé l’auteur à s’appliquer un peu plus que d’habitude. L’arme à un coup, sans aucune sécurité ne vaut pas 50 euros (et encore !), et la « lunette » c’est un grand mot, est une simple X4x29 destinée à l’air comprimé, achetée 10 euros. La détente est infecte, protégée par un pontet à angle droit qui vous blesse le majeur (d’où la disgracieuse protubérance au premier plan qui tient avec des serre-câbles) spongieuse à souhait et le percuteur un marteau-pilon qui tout à coup lancé à toute berzingue dans le bazar, massacre les étuis en fin de course…mais, par bonheur, on finit par s’y habituer à la longue. Par contre, c’est le canon de 62 cm, bien fait il y a des lustres et à la chaîne, dans les années 50 à St-Etienne qui sauve l’affaire. Bon, face à ce que possèdent et font avec les tireurs FFT ça peut faire sourire, mais à 25 m. voilà quand même de quoi tenter le « placement » sur ragondin non ?
3/ Vous pouvez mettre là-dedans aussi la pêche à la ligne, la moto et les grosses bagnoles…
4/ Voir archive du 17/3/24.
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5/ Pour éviter les problèmes de convergence, et faciliter la similitude des harmoniques. A ce sujet, encore un autre exemple lié à la vieille Manu-Arm qu’on voit ci-dessus : je lui ai trouvé dans une bourse une crosse neuve impeccable (10 euros) avec laquelle, malgré le fait qu’il n’y a juste qu’une vis à changer, il est impossible de retrouver la précision de la « vieille » crosse, dont le « bedding » est fait de chatterton, sans doute judicieusement (ou plutôt par coup de pot !) placé. Le simple fait de faire toucher le long (pour une 22 LR : soit ici 62 cm) canon de plus alourdi d’un silencieux en des points différents le fait vibrer autrement, et sème les balles ailleurs au petit bonheur la chance. Dès qu’on remet la vieille crosse, on retrouve la précision du carton ci-dessus et non ci-dessous. Marrant non ?