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15 janvier 2026

Chevrotine : l'éternel retour

Signe d’un assouplissement qui se rencontre partout (1) vu l’urgence sanglier, depuis la dérogation de 1986 pour la Corse et les Landes) une trentaine de départements ont réintroduit son emploi. Mieux encore, un brevet vient d’être déposé pour un bricolage vieux comme Hérode, il est vrai issu de l’île de Beauté, département qui avait conservé son usage du fait de son particularisme « culturel »…digne de la fameuse « balle corse » à utiliser en urgence !

Bon, tout ça pour sourire un peu, mais qui va nous poser un problème d’utilisation car il n’y a plus grand monde à avoir connu l’époque où elle était généralisée et dans d’autres conditions puisqu’elle fut interdite en 1972. On était déjà pour ce qu’il nous en souvienne, dans la discorde sur sa létalité-dangerosité liée aux possibles ricochets, époque aussi où les premières balles « techniques » et ensabotées commençaient à coller aux basques de la sempiternelle « balle à ailettes », la fameuse Brenneke. On a donc un peu oublié ses caractéristiques de l’époque du général Journée : une vitesse de 370 m/s pour 9 billes de « double zéro », le « double aught » des anglo-saxons et pour la classique « 9 grains » (2) autant de ballettes de 3,70 grammes qui, à 253 joules chacune donnaient, selon chargement, autour de 2300 joules.

A part autour de certains grands massifs forestiers, le grand gibier était occasionnel, la chasse était une activité individuelle, une « distraction » paysanne survenant au moment où les activités agricoles se ralentissaient à l’approche de l’hiver et où dans la période prospère d’après la Grande Guerre, des petites équipes se constituaient cependant spontanément dès l’alerte de la  présence de la « bête noire » (3). On faisait « le pied », on suivait au son du « canon » (détonations…et rafraîchissements compris !) ou des piboles les menées, quitte à aller « aux passages » se poster « à bicyclette » comme dans la célèbre chanson !

Vu l’interdiction, inutile donc de croire que la recherche-développement s’attarda là-dessus, et, avec le temps et ce qu’on sait de ce qui se passe ailleurs, notamment Outre-Atlantique pour les animaux dangereux (4) tout ça va être un peu dépassé maintenant. Vitesse plutôt autour de 450 m/s avec de meilleurs poudres, des « tampons » ou « buffers » (5), des bourres à jupe spécifiques, encartouchage soigné et les 3000 joules sans doute allégrement dépassés. Au Canada comme aux USA, il ne faut pas rêver, l’emploi du « buckshot » fait toujours lui aussi largement débat : il est généralement interdit pour les grands cervidés (caribou, orignal) mais a bénéficié d’une certaine marge de manœuvre du fait de la présence d’animaux dangereux, les 9 ballettes donnant plus de chances sous stress quand on doit « poigner » comme on dit au bord du St-Laurent, face à une menace soudaine.

Par rapport aux balles elle est considérée comme tout aussi mortelle, mais la difficulté est là : une portée limitée à bien apprécier. L’espace létal est toujours le même : une assiette en carton voire un ballon de volley où, sur un animal de 50 kg, il faut placer les 2/3 de la charge soit 6 ballettes sur 9 de 370 joules, ce qui donne 2220 joules et ferait « la rue Michel » comme on dit. Largement utilisé sur le whitetail (un 8 pointes peut dépasser 100 kg), sur l’ours noir il ne faut pas tirer à plus de 25 verges (23 mètres) pour obtenir : 1/ une distance courte dans un groupement vérifié avec une arme-type (choke, longueur de canon) ; 2 / un tir latéral offrant une large surface ; 3/ dans le « sale », toujours attendre un espace dégagé, une « fenêtre » dans le clair, pour obtenir un maximum de sécurité, rapport, encore et toujours aux ricochets. A tout prendre, on peut penser que, judicieusement utilisée dans les meilleures conditions de sécurité, elle permettrait de faire fondre les effectifs massifs de bêtes rousses et de compagnie...

C’est là qu’interviendrait la nouvelle invention insulaire des ballettes pré-fragmentées qui fleure bon les artifices (liées, ramées, chaînées, grillagées) pour contrer la dispersion, dignes de l’artillerie navale d’autrefois. C’était au temps de la « marine en bois » où on montait à l’abordage et où il ne faisait pas trop bon traîner à leur passage dans les hunes quand on tirait « à démâter » ce qu’on retrouve d’ailleurs un peu de nos jours dans le Donbass (6) contre les drones…

1/ Pour la régulation des ESOD (anciens nuisibles), l’imagerie artificielle, l’allongement des périodes de chasse, etc.

2/ La chevrotine ne pouvait faire bon ménage avec les bourres plastiques à jupe modernes, les billes devant s’empiler par groupe de 3 et donc des multiples de ce chiffre pour le calibre 12 : 9, 12, 15, 21 grains.

3/ Voir à ce sujet, le « Roman de Miraut » de Louis Pergaud, ou dans l’après-guerre « Boulo chien de sangliers » de J.L. Salles (Editions Markhor).

4/ Quoi qu’on dise, le sanglier, par exemple peut parfois l’être et nous devons donc en tenir compte. En Amérique du Nord il s’agit particulièrement des ours : le noir charge rarement, mais comme le brun ou grizzly il faut prendre d’importantes précautions, notamment en cas de rencontres avec les femelles suitées. L’ours polaire, exclusivement carnivore attaque tout ce qui bouge sur la banquise, mais sa chasse n’est légale que pour les populations locales Inuits.

5/ Voir archive du 3 août 2020.

6/ Voir archive du 11 octobre 2025.

 

 

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