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23 janvier 2026

De quelques balles "vintage" : ACR, Bear Claw, Grand Slam...

Dans l’immédiat après-guerre, il n’y avait pas grand monde en France qui s’intéressait à la balistique du grand gibier, hormis peut-être, dans l’ Est, tout ce qui venait de l’autre côté du Rhin quand la balle « Nosler partition » (1948) fit gamberger un peu tout le monde car aussi géniale fut-elle, étant passé à la fabrication par extrusion, on ne pouvait pas dépasser le 338. Les balles techniques « lourdes » turlupinaient déjà depuis longtemps certains esprits féconds comme P.O. Ackley (1), mais ces théories spéculatives n’avaient pas encore accès aux instruments de mesure et de fabrication se développant alors à toute allure quand démarra dans les années cinquante l’Industrie du safari.

« L’armurier de l’Amérique » était un personnage haut en couleurs (2) surtout connu pour ses calibres « améliorés » (3) mais aussi l’inventeur d’une soixantaine de cartouches expérimentales et pensé au même moment que Nosler (1949) à une balle (ACE : Ackley Controlled Expansion) qui, trop chère à produire, ne put jamais être commercialisée. De profil semi-spitzer il s’agissait d’une balle de cuivre étiré vers l’avant autour d’une cavité contenant un noyau de plomb ovoïde de 10 grains dont la pointe dépassait du quart de la longueur. Voir ci-dessous à dr. Dans son esprit, au moment où Roy Wheaterby commençait à influencer tout le monde avec la vitesse, lui qui avait tout testé en matière de solidité (4) se focalisait plutôt sur une munition adaptée aux « sporsters customisés » que tous les armuriers bricolaient à partir des innombrables surplus militaires. Nous allons bientôt y venir avec les Sedgley-Springfield. 

Sa balle ACE fut néanmoins utilisée par les gardes chargés d’éliminer les ânes sauvages envahissant le parc national du Grand Canyon : il s’agissait d’animaux de plus de 250 kg, mais tirés au 220 Swift et sa balle de 50 grains ! Paradoxalement, malgré la haute vitesse de ce calibre (plus de 1000 m/s) elle arrivait à maintenir sa masse, avec fort vortex de pénétration car l’énergie rotationnelle moins affectée par la résistance de l’air se ralentissant moins que sa vitesse pure quand les balles spitzer pointues et longues, elles, basculaient à l’impact. Un peu plus tard, Bill Steigers (5) de manière également artisanale reprit un peu ce principe de noyau de plomb avant sur arrière en métal homogène chemisé de cuivre pur. Il s’agissait toujours de limiter l’extension avec un faible noyau poussé par une tige ne se dilatant pas ou peu, la balle étant maintenue bien droite dès qu’elle touche en gardant tout son poids sur l’avant.

Il faut aussi replacer tout ce jus de crâne dans une époque où Bob Hagel, fameux théoricien du grand gibier nord-américain (6) avait fait connaître Steigers qui était son voisin dans l’Idaho…et aussi des deux grands auteurs Jack O’Connor à Lewiston, et Elmer Keith à Salmon. Tout ce petit monde allait en Afrique certes, au moment où le prix de ces expéditions commençait à baisser mais surtout au moment où revenait sur le devant de l’actualité la chasse à l’élan, autre cervidé de grande dimension, pas trop commode ni facile à arrêter. Comme bien souvent ce furent en 1988 des déboires sur un buffle en compagnie de John Wooters (7) que Jack Carter, cadre chez IBM chercha à son tour le graal d’une balle fiable pour peaux épaisses. C’était toujours (1990) une balle à noyau « collé » (le « bonded » de Trophy Bonded Bear Claw), au départ pas trop génial en termes de précision, mais ce n’est pas trop ce qu’on lui demandait : la tige en cuivre pur encrassait le canon, ne s’adaptait pas forcément bien, et pouvait occasionner des pressions élevées.

L’atout restait la rétention à 90% en « champignon », et comme bien souvent lorsqu’il fallut dépasser le cadre artisanal, la licence alla rapidement à des investisseurs qui revendirent l’affaire à Federal chez qui Jack Carter resta consultant…tout en gardant un petit courant de vente à des clients fidèles. Ce qui entretint une certaine confusion chez les rechargeurs car les balles Speer étaient aussi sous égide Federal ! La grande marque du Minnesota sur ses machines à grand volume ne put conserver (1992) la formule initiale cuivre-plomb pur et dut ajouter 10% de zinc à la chemise, ce qui amena des propriétés balistiques différentes. En 2007, la Trophy Bonded Tip qui suivit n’avait plus rien à voir, le coefficient balistique était quand même amélioré de 30 % avec pointe polymère orange, arrière boat tail et profil général amélioré.

On retrouve un peu la même trajectoire pour la Grand Slam de Speer (1975) avec deux noyaux de densité différentes (arrière plus dur que l’avant en jouant sur l’antimoine) et une ceinture extérieure pour les lier. Voir ci-dessous à g. Elle aussi évolua début 2000 du fait de changements dans les approvisionnements et une réduction des coûts. L’Oryx de Norma (1996) qui est le dernier avatar de cette série de cartouches possède un noyau lié à la chemise, la balle étant censée se dilater, mais la liaison empêche la séparation de la chemise et du noyau pour une pénétration profonde vers les espaces vitaux.

1/ Voir archive du 29 mai 2029.

2/ Touche à tout de génie, il importa des scopes japonais vendus sous son nom, aimait employer des femmes à des postes armuriers qualifiés pensant ainsi éloigner une concurrence masculine technique éventuelle future, et faillit perdre la vie en 1968, gravement blessé dans un accident étrange : fauché alors qu’il traversait sans regarder la rue face à son atelier de Salt Lake City (Utah) alors que déboulait dans la pente en silence, une Buick restée garée au point mort et sans frein à main !

3/ Ses munitions « améliorées » (Improved) permettaient d’augmenter la capacité en poudre des étuis du commerce en rendant les chambres moins coniques, et un angle d’épaulement plus aigu, de 40° la plupart du temps. La puissance accrue attendue était de 15% selon étui, et de 10% en vitesse. Le procédé était facile et peu coûteux les canons d’origine juste réalésés sans modifier la coupe ni les rayures restant dans le domaine artisanal car l’angle d’épaulement de 40° est difficile à reproduire en série avec un risque de fort taux de rebut. Du nombre de ses calibres « améliorés » seul le 280 Remington AI est resté populaire, et commercialisé par Nosler en 2006.

4/ Inspecteur de l’arsenal d’Ogden où il se prit souvent, par la force des choses avec ces deux forts caractères, de bec avec son collègue Elmer Keith, il testa toutes les armes à verrou de la guerre pour constater avec étonnement que ce fut l’Arisaka japonais le plus solide.

5/ Voir archive du 27 janvier 2023.

6/ Game loads and practical ballistic for American hunter (1977)

7/ Voir archive du 14 octobre 2021.

 

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