Etes-vous, comme moi, addict aux armureries ?
Partout où on trouve une dépendance, on trouve un déni. Freud parait-il l’aurait écrit, et comme disait la Mère Daniel « c’est ben vrai ça » ! Obsession, compulsion, le chasseur baby-boomer (c’est-à-dire…qui a fait et fait toujours « boum » !) est-il aussi « accro » que le fumeur, le collectionneur de timbres, ou le fervent dégustateur de liqueurs capiteuses ? La libération des endorphines génère un plaisir qui n’est pas celui que nous prêtent nos adversaires, de faire souffrir les créatures du Bon Dieu, et même de pétarader dans tous les sens.
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Bien sûr, on lit, on compulse les sites de vente par correspondance et cela encourage notre dépendance : on se fait du mal quoi, et on entend des voix en ces moments de fièvre porcine, où c’est même toute une chorale qui chante les louanges du 300 Winchester Magnum et, « vade retro satanas » on se bouche alors les oreilles et courons nous réfugier au stand pour nous asperger d’eau bénite…en fait quelques volées de 22 LR ! On résiste aux envies, on estime avoir maîtrisé la situation, mais on rechute pensant faire de son mieux avec des outils sans cesse adaptés, et c’est là qu’il est intéressant de savoir si on est « addict » aux armureries, enseignes diaboliques, propices à toutes les tentations.
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Dès qu’on pousse la porte il y a l’ambiance et l’odeur que génèrent la Chasse et les armes : la dépendance n’y serait-t-elle pas comme pour d’autres physico-chimique ? Quoique, avec celles de la cordite ou des cartouches en carton (1) ? …Entre les étagères, dans quel état j’erre disait l’autre ? Si déjà vous vous retrouvez à la fermeture de ces étalages tentateurs les yeux vitreux, tout bête, sans vous souvenir pourquoi vous êtes venu là, et moins encore de savoir pourquoi vous y êtes resté, c’est que vous êtes déjà pas mal atteint non ? Autrefois, on trouvait de tout dans ces grands magasins et pas que des armes mais aussi de la quincaillerie, des vélos. On pouvait au moins innocemment y baguenauder trop longtemps, sans trouver à s’expliquer auprès des proches comment on avait pu rester des heures à acheter un cadenas ou un sécateur, alors qu’inconsciemment sans doute on était venu pour autre chose.
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Comment donc être pris au sérieux si vous entrez dans ces lieux de perdition sinon en connaissant parfaitement les modèles et produits visés, ce qui mettra tous les sens des vendeurs en alerte ? Ne leur demandez pas leur avis, vous avez largement l’âge d’être leur père et des dizaines d’années de permis derrière vous et, de toute façon, vous êtes là, toujours dans un achat-passion qui n’a rien de « fonctionnel ». Vous êtes censé « connaître la poloche » ! Ne marchandez pas non plus car on n’est pas au souk et le pauvre stagiaire, démarche toujours hasardeuse pour lui, devra baisser pavillon et en référer plus haut, et ce n’est pas dans votre intérêt de le braquer car il se fermera comme une huitre, et ne sortira jamais des fonds du dépôt-vente, quelque chose qui peut vous intéresser par la suite.
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Ne surestimez pas non plus ce que vous possédez, et évitez de parler des prix catalogues « vus sur Internet », notamment chez les grands discounters qui s’étalent à la sortie des grandes villes. Les vendeurs (…euses le plus souvent) n’y connaissent rien, mais sont au moins souriantes et montées sur roulements à billes, et si tout ce petit monde était formé aux métiers de l’armurerie, il y a bien longtemps que les « classiques », ceux qui s’y connaissent, auraient tous mis la clef sous la porte.
Comme les magasins de moto autrefois, pas question de « showrooms » où on a peur de s’asseoir : l’achat d’une arme est une passion coûteuse sur des achats impulsifs dont on n’a pas forcément besoin. C’étaient jadis, des salles enfumées pleines de bonnes odeurs où les parquets grinçaient, où on pouvait peloter les fusils, en discuter avec les copains et, dans les bons jours, filer à l’atelier où un vieux compagnon en blouse grise discutait avec vous de son embarras sur une réfection délicate. Si, comme moi, vous y naviguez encore toujours nez au vent, des heures durant, en finissant toujours par acheter quelque chose, surveillez déjà quelques réactions qui en diront long sur votre addiction. La première, celle du maître de céans : s’il est très occupé à votre entrée et qu’il arrête tout ce qu’il fait pour venir vous saluer c’est qu’il a senti, rien qu’à votre allure, qu’un achat de votre part apparait imminent. Il a votre numéro de portable, celui du bureau, de votre adresse-mail et même de votre domicile dont il sait bien qu’il ne faut pas l’utiliser car la Gestapo familiale pourrait bien y répondre et s’inquiéter de cette nouvelle agitation et menace sur le budget familial à venir.
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S’il vous envoie des mails tous les mois qui annoncent les soldes et les promotions et même une carte pour la bonne année c’est qu’il a donné des consignes à ses aides : on vous incite à visiter l’atelier et même traîner derrières les comptoirs pour admirer les merveilles des nouveautés exposées. Les vendeurs obséquieux ont appris finalement à vous connaître par votre prénom, car quand vous entrez, la plupart des clients vous reconnaissent déjà et vous saluent gaiement en vous demandant des nouvelles de votre dernière battue, en vous félicitant de votre adresse au tir, bien sûr, légendairement connue dans toute la région. Ils savent que vous êtes un des plus fidèles clients, que toutes vos données sont enregistrées depuis des lustres et qu’il n’y a plus qu’à signer les formalités et le chèque qui suit immédiatement derrière et pas de la même matière que celle du comptoir en palissandre. Voyez aussi comment, mielleux, ils feront mine d’être intéressés à votre ingéniosité armurière pour vous dépêtrer des arcanes du réglage de l’Auto 5, ou vos prouesses, Dremmel en main, à redonner une seconde jeunesse à la crosse de votre vieille 22 (3).
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Comme vous êtes dans les « petits papiers », il n’est pas rare que le patron, discrètement prévenu vous invite même à boire un café dans son bureau dans les arrières du magasin, tout au bout d’un labyrinthe de cartons estampillés des marques prestigieuses qui vous font tant rêver : Perazzi, Beretta…Comme il connaît vos marottes, il ira vous chercher quelque belle arme de derrière les fagots avec le secret espoir que vous puissiez y consacrer un peu de tune en vous présentant innocemment son fidèle pointer qui vous lèchera les mains. Ah, à ce niveau vous êtes sûrement bien atteint, quasi « junkie » des « poudres » magiques et pyroxilées (2), des drogues « super » (…posées ?) pour soigner tout à la fois votre mélancolie, celle qui amène la pépie. A part ça, bonne année, et portez-vous bien quand même…
1/ Voir archives des 12 septembre 2017, 2 novembre 2020, 31 octobre 2022.
2/ A ne pas confondre avec la coiffure « péroxidée » des blondes vendeuses d'autrefois hein !
3/ Voir archive du 21 mars 2025.