Sedgley : le "Griffin-Howe du pauvre" ?
Une réputation injuste vu la qualité de fabrication de ces premiers « sporsters » (1) à partir de surplus militaires en fabrication une douzaine d’années avant la seconde guerre mondiale. Ils ouvrirent la voie à de nombreux armuriers et « wildcatters » (2), mais à plus grande échelle. Là, la base était le robuste Springfield 1903 à verrou, fortement inspiré du Mauser 98, au point que le gouvernement US dût même lui verser des royalties.
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Tout comme ses voisins Bannerman et Stokes Kirk, Reginald F Sedgley (DCD en 1938) était au départ un outilleur (ayant entre autres, déposé de nombreux brevets pour des clefs à cliquets) gérant pour l’armurerie Kolb dès 1897 et qu’il acheta en 1916 à Philadelphie. Gravitant autour de l’arsenal local, l’idée pour ces entreprises, proches des commissions de surplus était de s’emparer d’armes ou de pièces détachées, de « bricoler » autour avec du commercial (comme les hausses Lyman 48 par exemple) et en faire des « customs ». Ils se firent la main au départ avec les Krag « Deer », puis sur la manne du Springfield 1903, et du « battement » qui se fit quand, s’apercevant que le 30-03 posait problème, on passa au 30-06.
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De nombreuses armes dans l’ancien calibre étaient disponibles à des prix dérisoires et les armuriers de Philadelphie mais aussi de New-York (Fred Adolph, Griffin-Howe, Niedner) s’engouffrèrent dans la brèche de la mode lancée par Théodore Roosevelt d’armes à verrou de qualité, personnalisables à souhait. Elles étaient chambrées principalement (3) en 30-06, mais tout était possible : les mécanismes étaient inspectés et révisés testés à 80 000 PSI, les canons venaient de chez Winchester, les bois de qualité avec des quadrillages et finitions supérieures comme par exemple les joues de crosse que ne faisait pas encore Winchester. Voir ci-dessous. On pouvait y monter des scopes Noske, Zeiss, Lyman avec le montage latéral type Griffin-Howe.
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La première publicité en 1929 proposait une arme à 65 $ qui connut un grand succès, mais le modèle De Luxe , deux ans plus tard, plus que doublait la mise : 150 $. Dans le même temps, la firme par exemple avait mis la main sur 200 vieux modèles single Winchester High Wall 1885, transformés en 22 LR ou 22 Hornet vendus 71 $ qui partirent comme des petits pains, et qui sont maintenant des pépites que recherchent tous les collectionneurs. De nos jours une Sedgley-Springfield ne se négocie pas à moins de 1500 $ sachant, selon M. Petrov (4) qu’il ne s’en fit guère plus de 2000 au total. Après, il faut, sur ces armes à la revente éventuelle s’attendre à une polémique fameuse, celle des bas numéros de production inhérents aux trois années de « flottement » entre les deux calibres (30-03 et 30-06), puis, derrière le bon million d’armes produites entre les arsenaux de Springfield (Massachussets) et Rock Island (Illinois) avant qu’on s’aperçoive d’incidents graves.
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Au début de la production on eût recours aux aciers qui servaient pour les Krag, seulement cémentés, en gros un seul traitement de surface là où ça force et ça frotte, mais pas suffisamment fort « à cœur » au début des poudres sans fumée pour les balles au cupro-nickel. Le temps de passer aux aciers nickelés, Springfield reprit bien sûr les anciennes armes…mais Sedgley avait effacé les numéros de séries pour frapper les siens tout comme sa fameuse marque, un « S » dans un cercle ! Tout cela fut fort bien documenté dans les mémoires du général Julian Hatcher qui supervisait la commission d’armement, et le miel des bisbilles entre collectionneurs avant qu’en 1936, (ouf !), une enquête de la NRA tranquillise tout le monde en montrant que Sedgley, derrière, retraitement quand même thermiquement ses boitiers. Ce qui peut se comprendre aux USA pays particulièrement procédurier en matière industrielle.
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Pendant la seconde guerre mondiale, l’entreprise fit des pièces pour le fusil Springfield et même, à partir de 1941 des canons pour le Marine Corps, mais aussi des baïonnettes, et surtout autour de 200 fameux pistolets-gants en 38 SW (voir ci-contre à g.) officiellement pour les « seabees » (5), pionniers des forces de débarquement, mais plutôt pour emploi de manière plus discrète pour l’OSS naissant (6). La fin de la guerre signifia la fin des marchés militaires et de l’usine, mais ses meilleurs ouvriers comme Paul Jaeger (atelier à Jenkinsson, même état) et Martin Wurzer, tous deux d’origine allemande et formés à Ferlach surent rebondir, notamment le dernier en association avec le crossier d’origine suédoise Carl Peterson pour fonder Wurzer-Peterson toujours à Philadelphie.
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1/ Le premier sporster, c’est-à-dire la transformation d’une robuste arme militaire en une carabine de chasse classique fut le 30-03 N° 6000 qu’il fit connaître sur ses chasses en Amérique du Nord, mais surtout lors de son grand périple africain de 1909-1910.
2/ Voir sur ce terme, archive du 10 décembre 2022.
3/ Tous les calibres, du 22 LR au 500 étaient possibles, avec une seule cartouche « maison » le 22-4000 Scherring-Segdley à partir du 257 Roberts, recalibré en 22, balle de 46 grains et 1230 m/s.
4/ In « Custom gunmakers of the 20 Th century » d’où nous tirons la majorité des infos de cet article.
5/ Contraction de Construction Bataillons (voir insigne ci-dessus) créés en 1942, plus de 300 000 hommes grands artisans de la conquête d’île en île du Pacifique et plus ou moins à l’origine des fameux « Navy Seals » nageurs de combat qui ont notamment mis fin à la longue traque du terroriste islamique Ben Laden.
6/ Créé en 1942 pour aller bien plus loin que le FBI dans les missions de renseignement nées de l’entrée en conflit des USA après Pearl Harbor, remplacé en 1945 par la CIA.