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4 février 2026

Cartouches : hautes ou basses pressions ?

Avouons-le, avant l’acier qui se souciait vraiment de ça ? C’était une notion vague, peut-être une question de confort de tir, et encore, sans doute pour les tireurs sportifs à succession rapide et fort capacité, susceptibles de s’en rendre compte, sinon à plus ou moins performer avec telle ou telle cartouche. Or, c’est tout à coup un facteur devenu important pour les armes anciennes, où chaque marque propose des séries, voire (aux USA) certaines marques (RST) en font même leur spécialité.

Déjà il faut relativiser si on fait la balance entre les spécifications américaines (SAAMI, 1926) et CIP : la 22 LR développe 24 000 psi, le 30-06 -60 000, et notre brave calibre douze à tout casser 14 000. On pense à juste raison que ces standards sont proches, mais il faut néanmoins expliquer leurs différences. Aux USA, ce sont des normes recommandées aux fabricants qui n’ont pas force de loi, tandis que le CIP en Europe nécessite une homologation nécessaire par séries de tests obligatoires dans des labos agréés avant production. Pour résumer, en douze classique (chambre 70) le CIP met la barre un peu plus haut que le SAAMI : 850 bars ou 12328 psi, contre 11 500 mais des deux côtés de l’Atlantique, les fusils sont testés à bien plus fort, 13 à 15 % de plus, ce qui nous amène à 20 000 psi, voire beaucoup plus.

C’est un peu la raison, la chose semblant entérinée, pour laquelle, les pressions étaient rarement (1) ou vaguement indiquées, et qu’on préférait jouer sur des arguments de vitesse et d’assemblage de cartouches : bourres grasses ou à jupe, sertissage, etc. De fait, en lisse, contrairement aux armes rayées à percussion centrale où la pression maximale est atteinte à la prise de rayures, tout se joue bien avant, dans la cartouche elle-même. Il s’agit d’envoyer 30 grammes de grenaille à 380m/s en maintenant la pression un certain laps de temps qui, tous composants égaux (étui-bourre-amorce-sertissage) doit atteindre son objectif avec des « pics » de pression différents selon les poudres employées. Une « rapide » donnera une « pointe » élevée plus tôt, et au contraire une lente ou plus progressive étalera cela avec plus ou moins de pression. Faible charge, 28 grammes par exemple, ne voudra pas dire moins de pression si on ne tient pas compte des éléments constitutifs et variables de la cartouche.

Les rechargeurs le savent, l’amorce déjà, à elle seule, avec ses compositions chimiques différentes peut déjà influer sur tout le reste du fait de l’énergie de la percussion, et de l’inflammation des poudres, avec, derrière, la gestion des volumes internes, bourres qui se tassent ou s’allongent, le sertissage en outre n’agissant le plus souvent bien plus que sur la seule obturation. Plus ou moins serré il interagira en résistance et frottement : nous le savons tous, dès qu’un composant est modifié, il faut réduire la charge par précaution selon le dicton « il y a des rechargeurs audacieux et des expérimentés, mais ces derniers sont rarement audacieux »…Ne prenons donc aucun risque.

Bon, on a tous des vieux « deux coups » qui traînent et fonctionnent encore cahin-caha, pourvu qu’on prenne soin de ne pas tirer dedans trop gros, ni surtout des mini-mag 40 grammes où déjà, le recul, plus que la pression nominale vous fera dire « aïe » au premier coup et « ouille » au second ! Ne vous en faites pas, les arguments marketing ne manqueront pas, même techniques comme l’amorçage Gordon (2) pour vous convaincre d’acheter de jolies boîtes multicolores. Le diable se niche parfois dans les détails, retirez par exemple le sabot amovible de votre crosse et tirez cent cartouches au stand voisin. Ou encore la même cartouche avec le gros semi-auto Baïkal (3) lourd comme un âne mort, puis avec le mignon petit « Trunchino » (4) aux allures de carabine de jardin, à particulièrement déconseiller aux débutants car ne pesant que 2,2 kg. N’essayez surtout pas ça au coup d’épaule, sur un lapin déboulant au nez des chiens…

La connaissance des pressions n’est significative que si elle est élevée face à l’arme en cause, et née d’une idée fausse ancienne datant de la poudre noire (5) mais qui n’est plus de mise de nos jours avec les PSF et les ajustements des deux côtés de l’Atlantique entre les deux guerres ainsi qu’on vient de le voir. Comme le disait le balisticien Tom Roster pour les armes modernes « ce ne sont pas les hautes pressions qui sont à craindre, mais les excessives ».

1/ Les Italiens, notamment Fiocchi donnaient des indications de chargements allant de 7650 à 13 000 psi.

2/ Voir archive du 5 février 2023.

3/ Voir archive du 5 février 2025.

4/ Voir archive du 22 février 2022.

5/ A une époque où tout le monde quasiment rechargeait, du « 50 » et balle de 240 grains pouvait varier de 13 000 à 23000 psi.

 

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