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16 février 2026

Ed Zern (1910-1994) : l'arme de la dérision

Dans la veine de Gene Hill (1) ou de Pat Mc Manus, mais en plus grinçant et pince sans rire, Ed Zern, comme beaucoup des grands « gun writers » de l’époque n’était pas un rude homme de l’Ouest comme Elmer Keith (2), mais un humoriste pêche et chasse qui tint plus de 30 ans la dernière page de Field and Stream, permettant avec sa rubrique « Exit laughing » de « sortir en riant » d’une masse d’infos techniques et de reportages parfois aussi arides que les sierras de l’Arizona.

Publiciste new yorkais de haut niveau, on va le voir, ses relations avec les magnats de l’automobile lui permirent de les arrimer à des grands programmes de conservation de l’environnement car il détestait les « grands chasseurs », ces personnages ardents (qu’on connait tous autour de nous !) excessifs en tout. C’était un touche à tout de génie en matière de plein air, passant allégrement de la pêche à la mouche en puriste (avec cannes en bambou s'il vous plait !) à la chasse à la plume, et même comme tous les grands auteurs des années soixante au safari qui, bien sûr, le laissa sur sa faim car il constatait amèrement que « pêcheurs et chasseurs, naissent certes honnêtes, mais au final, ça leur passe »…

Personnage excentrique vêtu de tweed, lavallière à motif cachemire, parapluie et jumelles, il fut un des premiers adeptes, sinon l’initiateur du « no-kill », semant sans cesse le trouble du fait de son ironie mordante à lire avec un double niveau, reconnaissant « ne pas du tout être drôle au quotidien, chose que je réserve pour mes prestations rémunérées » ! Ayant des contacts professionnels et publicitaires poussés avec Gulf Oil, Chevron et Texaco, dès 1953, et quasiment jusqu’à sa mort, il présida les grands organismes de conservation qu’ils mirent en place…ce qui ne l’empêcha pas de créer un mouvement similaire mais fictif (3) critiquant, par exemple l’introduction des premiers 4X4, dont la fameuse Nash Rambler (voir ci-dessus)…dont il avait initié la campagne publicitaire.

Son humour à double tranchant était redoutable, même pour ses copains comme Ted Trueblood (4) avec qui il chassait dans l’Idaho. Le nom réel de ce dernier (traduction : « vrai sang ») prêtait à confusion, sentait le pseudonyme, et il lança cette ambiguité troublante pour tout auteur soucieux de son audience : Trueblood eût d'ailleurs ensuite, un mal fou à convaincre les lecteurs qu’il existait vraiment ! La polémique perdure même encore de nos jours pour ceux qui croient dur comme fer qu’il s’agit d’une signature collective pour un tas de pigistes. Il répondait aux lecteurs sur le même ton désinvolte avec des conseils désopilants pour la chasse aux corbeaux « capables de compter jusqu’à 3 » et donc susceptibles d’être désorientés et trompés en faisant bouger des groupes de chasseurs par multiples de 3, habillés pareillement, mais affublés ou non de moustaches postiches !

Son papier le plus célèbre en 1959, fut une commande de la rédaction en chef de Field and Stream pour ses « rubriquards » de rédiger chacun une critique de leur meilleur « livre nature » pour lequel il choisit contre toute attente : « l’amant de lady Chatterley »  (de D.H. Lawrence) en plein moment où la Grande-Bretagne venait d’intenter un procès pour faire interdire ce livre jugé obscène (5) par la bonne société britannique. Il y trouvait « un intérêt considérable pour les lecteurs passionnés de Nature, du fait de ses nombreux passages sur l’élevage des faisans, l’arrestation des braconniers, la lutte contre les nuisibles et autres tâches et devoirs du garde-chasse professionnel »…

Personnalité décalée dans le landerneau des écrivains « outdoor » il distillait derrière ses papiers à double niveau de compréhension, une sorte de sagesse derrière le voile de l’ironie mordante et de l’humour anticonformiste où les animaux sont bien plus que de simples proies, mais en quelque sorte un prolongement de nous-mêmes : « dans l’acte de chasse c’est le processus, et l’émotion qui comptent ». Il avait bien compris « qu’il fût un temps où les gens vivant à la campagne à la ferme savaient que les porcs devaient finalement être abattus, et qui acceptaient la mort comme une fatalité ». Un trait très actuel dont devraient s’inspirer certains « rurbains » qui n’acceptent plus le son des cloches, l’odeur des vaches, ni la chasse, et qu’il s’appliqua à lui-même, comme attendu, avec le sens de l’humour. Atteint de la maladie de Parkinson en phase finale il se consola en disant « enfin ça m’a permis d’atteindre le mouvement parfait de l’appât de l’insecte se dandinant au bout de la canne à mouche » !

1/ Voir archives des : 25 septembre 2020, 28 mai 2022, 17 février 2025.

2/ Voir archives des 14 janvier 2020, 7 mai 2020, 19 décembre 2022, 19 mars 2021, 28 décembre 2018, 6 mars 2022, 1 avril 2020, 8 janvier 2018.

3/ La Société de bienfaisance pêche-chasse-labradors de Madison Avenue (célèbre rue new-yorkaise » dont la devise était « gardez vos mouches, poudres et surtout le Martini au sec » !

4/ Voir archive du 5 juin 2024.

5/ Il est plutôt connu pour la relation des ébats torrides entre un garde-chasse et l’épouse d’un propriétaire terrien.

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