22 L.R. : grand froid et précision ?
Pareille à nulle autre, la petite munition propose un panel d’emploi étonnant avec des subsoniques, des longues distances, des spéciales pistolet ou semi-automatique, tout un tas de qualificatifs tir (match, target, etc.) et même plein de biathlons (1) spéciales neige et grand froid. Dans la trinité industrielle recherchée (précision-fiabilité-confiance de la clientèle dans le produit) est-ce seulement un argument marketing parmi tant d’autres ?
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Nous ne reviendrons pas sur le tir canon froid (2) ou la pratique dans le Grand Nord (3), mais sur quelques observations techniques découlant de la simple analyse des munitions « biathlon » : elles sont d’une forme spéciale facilitant le chambrage parfois avec un diamètre un poil réduit (Eley), mais surtout elles sont plus rapides pour contrer la vitesse de rotation plus lente induite par le froid qui rend l’air plus dense. Le phénomène est connu dans les pays où l’hiver sévit presque la moitié de l’année et où se déroulent les compétitions de PRS et de tir aux silhouettes : un air sec à moins 5° est 12% plus dense qu’à 30°, ce qui affecte la régularité.
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Dans un état comme de Dakota du Nord avec une 22 LR vitesse standard les groupements qui, à 50 mètres tiennent dans 1,2 cm l’été passent à 3,5 cm l’hiver et chutent de presque autant quand le thermomètre affiche moins 10°. Sur la poudre double base nitrocellulose et nitroglycérine, c’est cette dernière qui est affectée la première, de la même manière que la lubrification des balles. Celles qui emploient des cires sont moins polyvalentes que celles à base de pétrole, tandis que la fonction métal sur métal se dégrade sensiblement. Les débuts de disfonctionnement surviennent, les canons rétrécissent ou se dilatent au passage des balles selon qu’on effectue un tir soutenu ou non. Les scopes aussi peuvent en subir les conséquences, le métal se contracter, les réticules se dérègler temporairement subir des effets mirages liés aussi à la respiration qu’on retient plus longtemps et peut embuer la lentille oculaire (4).
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Le tireur lui-même, le plus souvent emmitouflé et engoncé dans des couches de vêtements bougera beaucoup plus même inconsciemment, le corps cherchant à se réchauffer, les frissons on le devine rendant la précision difficile, en plus avec des gants faisant interface avec le lâcher de la détente. Le ressenti éolien ajoute au stress : plus ou moins 8 km/h à moins 10° obère plus la concentration qu’à température ambiante, et les gens du biathlon même s’ils ne visent pas la précision optimale et se réchauffent sûrement à s’activer sur la piste de ski de fond, doivent quand même rester plus ou moins dans le cadre (5) avec un cardio à 175 pulsations-minute ! Rien que pour voir, faites l’aller-retour cible à 50 m en courant, et tentez d’être rapide au tir couché sur le central qui fait 4,5 cm ?
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Le bench-rest nord-américain qui tire à longue distance et bien au-delà des distances classiques (50-70m) voit à 180 mètres des écarts importants qui nécessitent de changer le taux de torsion (1/17,5 au lieu de 1/16) pour moins se déformer, voire de peindre en noir les canons pour les réchauffer au soleil, ce qui peut sembler un paradoxe puisque la plupart des stands, sinon tous, sont couverts ! Le chasseur par ces températures polaires qui n’a pas les moyens de se fournir en munitions biathlon hors de prix, prendra la précaution de garder ses munitions sur lui bien au chaud, ou de les conserver dans des glacières remplies de bouillottes ou chauffe-mains chimiques jetables.
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Qu’on habite à Mout (Jura, là où on enregistre les plus basses températures de France) ou à la Madrague à St-Tropez, le rhume est-il si différent qu’on doive nous aussi emmener partout la glacière quand on sait que les munitions n’aiment pas non plus la canicule et qu’on doive, dans ce cas, cette fois les mettre au frais ? Le danger c’est alors qu’on siffle toutes les bières qu’il y a dedans avant même de penser à retirer la carabine de l’étui…
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1/ Toutes les marques en font : SK, Fiocchi, Lapua, Eley, RWS etc.
2/ Voir archive du 17 mars 2024.
3/ Voir archive du 1 janvier 2025.
4/ Pour contrer cet effet, Simo Häyhä (1905-2002) « la mort blanche », tireur d’élite finlandais (photo ci-dessus) avec plus de 500 tirs réussis à son actif, dans les guerres avec la Russie se remplissait la bouche de neige…pour garder l’haleine fraîche !
5/ La cible concentrique varie selon la position : 11,5 cm pour le tir debout, et 4,5 pour le tir couché, chaque tir raté impliquant un tour de stade, pénalité qui rallonge la distance et le temps. La plupart sont équipées du système à traction directe Fortner permettant d’aller vite sans changer de position : sur une minute, il est possible d’aligner 5 tirs en dix secondes. La détente à deux niveaux est réglée autour de 550 grammes, l’arme autour de 3,5 kg avec des sangles spéciales avancées équipées de sandows permettant un déploiement rapide du portage dorsal à ski en position de tir debout (cible de 450 mm) et couché (115 mm). Les chargeurs 5 coups sont optimisés, intégrés à la crosse, à déverrouillage rapide.