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26 avril 2026

Sanglier : quel couteau de chasse qui "serve" vraiment ?

La question peut se poser, puisqu’en battue théoriquement, les postés n’ont pas à « servir », et que comme pour la billebaude un simple pliant suffit, mais on est tous pareils, face à la bête noire un fort couteau à lame fixe procure un sentiment de sécurité presque primitif n’est-ce pas ? De la cueillette des cèpes, à l’éviscération des ragots ou étaler les rillettes sur la tartine, faut-il tenir compte d’une éventuelle charge et faire le choix de la lame ultime pour toutes les situations ?

Le grand couteau du veneur d’autrefois n’entrait pas dans la panoplie de nos anciens plutôt adeptes de l’Opinel à manche de hêtre, mais comme beaucoup d’autres choses nous subissons de nos jours l’influence du « bushcraft » (1) né des activités nature sauvage nord-américaines que nous ne connaîtrons jamais en matière d’animaux dangereux, même si les Chinois y mettent en matière de péril immédiat, le sanglier devant l’ours et même le tigre (2) ! L’Histoire aussi entre en ligne de compte (3), même si le culte en est parfois surfait, notamment dans les états de l’Ouest comme l’Oregon où il pleut tout le temps. Fendre des bûches n’y sert à rien, le bois sec est introuvable sauf si on fait des réserves à la saison sèche. On emporte du bois de sapin imprégné de résine et il faut alimenter longtemps pour que, par évaporation, ça commence à chauffer vraiment. En fait, on réfléchit plutôt à comment rester au sec et au séchage avant que faire du feu ne devienne une nécessité.

On peut donc parler de forte attraction plutôt que d’utilité réelle, d’achats pour l’Histoire d’armes classiques qui, en France vont en plus se heurter à une législation aussi absurde pour les armes blanches que celles à feu. Dans certaines villes vous serez verbalisé avec un canif, alors que dire avec une lame nécessitant presque un étui à roulettes ! En campagne, même pour les affûts classiques où on a besoin de bricoler, il existe tout un tas d’outils qui s’imposeront avant : machettes plus efficaces pour débroussailler, hachettes plus maniables pour sectionner, scies pliantes valant mini-tronçonneuses qui se replient comme un couteau de poche.

Le grand couteau fait un peu tout ça à la fois, mais en moins bien, et encore faut-il le choisir pleine soie pour la solidité, lourd de l’avant pour les activités de camp et hacher, assez long de lame pour éventuellement se défendre (4) en s’étant renseigné sur la subtilité des aciers inox ou chromoly, différences imperceptibles pour les non-spécialistes mais qui vous joueront des tours quand il faudra plus tard leur redonner du tranchant. Trop encombrant pour être pratique, autrefois artisanal et cher, l’Asie, mirifiques contrées d’où nous viennent toutes sortes de merveilles a néanmoins démocratisé ce marché, même pour le plus emblématique des couteaux à servir le « hog » Outre-Atlantique : le « Bowie Battle » de Larry Harley (5).

Son design ( voir ci-contre à dr.) de « couteau à tuer pur » très spécialisé pour sanglier, (mais aussi ours, requins et même alligators) fut repris au départ par Paragon Cutlery de Seki (Japon), et bien sûr amplement copié depuis vu son succès. Fort de son expérience de guide dans les chasses au sanglier en Caroline du Sud et dans les Appalaches, il fut aussi employé dit-on par certaines forces spéciales là où il faut, c’est le cas de le dire, « opérer » discrètement sans tirer…Assurément, si on devait en conseiller un pour servir, ce couteau est très spécialisé pour cette affaire, avec une pointe parfaitement alignée avec l’angle de frappe, la main étant protégée par une double garde épaisse à bords arrondis.

Elle reste en-deça des 30 centimètres de lame, dimension au-delà de laquelle l’ensemble devient dur à manier. C’est une pleine soie de 6,35 mm d’épaisseur en acier L-6 ou ATS 34, au départ à un seul tranchant, le ricasso combinant un emplacement de doigts idéal pour percer comme à l’emporte-pièce, le contre-tranchant étant affuté et pas aiguisé, mais les copies qui s’en inspirent ont fait évoluer le look de cet outil qui, certes, arboré en public, là où c'est permis, donnera sûrement à réfléchir. C’est, par excellence, aux USA, la lame « Hog » ou « wild boar » possédant un bel équilibre de lignes et de fonction.

Pour nous tous qui aimons tout ce qui étonne et détonne, le culte des objets pointus et tranchants n’est jamais bien loin et quand on les regarde en fumant la pipe et en buvant une bière, l’effet combiné de la nicotine et des vapeurs oniriques, risque, large production asiatique aidant, encore de nous faire faire des achats « sous influence » pour décorer la salle d’armes non ? Comme pour le reste, prise en main confortable, équilibre superbe incitent à manipuler avant d’acheter pour que la lame, « vivante » en quelque sorte vous parle !

1/ Voir pour le bushcraft archives des 8 mai 2021, 22 novembre 2024, 22 juin 2025), et quelques personnages emblématiques : Horace Kephart (15 mai 2021), Nessmuk (11 mars 2023), John Jobson (21 février 2025).

2/ Car le sanglier se comporte toujours comme s’il n’avait rien à perdre quand le tigre évite le plus souvent l’homme, et que l’ours ne se rebiffe qui si on lui cherche noise.

3/ Voir archive du 10 mai 2021 sur l’origine du Bowie Knife.

4/ En 1999, sur le Silver Salmon Lodge, au nord de Kodiack (Alaska) un retraité de 68 ans qui terminait de dépecer un cerf, attaqué par un ours parvint à se défendre avec une lame de seulement 15 cm, pris à l’épaule, de son bras libre il poignarda suffisamment de fois le plantigrade à la tête pour le faire reculer, et gravement lacéré, parvint néanmoins à se saisir de sa carabine à proximité et le tuer.

5/ Larry Harley (1951-2017)  voir ci-dessus maître coutelier de Bristol (Tennessee), un des piliers de l’American Bladesmith Society, fondée en 1972 par Bill Moran (1925-2006). Surnommé « The Hammer » il s’investit notamment dans la formation des jeunes, et dans le soutien aux organisations caritatives militaires.

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