Charles Askins Sr (1862-1948) et les "big ten"...au nom du Père...
Pas facile de s’y retrouver parfois dans une famille où tous les premiers enfants masculins se prénommaient Charles, et où le père et le fils furent tous deux des « gunwritesr » américains majeurs du XXè siècle, mais le second (1907-1999) avec une réputation beaucoup moins lisse. Il faut donc nettement différencier le « major » qui était le père, du « colonel » (le fils) mais aussi le géniteur des fusils et cartouches « big ten » largement documentées dans les seventies au summum des bisbilles Elmer Keith-Jack O’Connor.
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_abf06f_charles-senior-jeune.jpg)
Beaucoup moins clivant que son fils (1), le « major » était né en 1862 au sein d’une famille de colons doublement déplacés : d’Ecosse en Irlande au XVIIIé siècle, puis aux Etats-Unis dans l’Illinois autour de Belleville. Juriste de formation, aux portes du base-ball pro, une blessure au bras le dirigea vers l’armée, au moment de la guerre hispano-américaine (1898) puis celle des Philippines, subissant charges et blessures des insurgés Moros pour constater d’ailleurs, le bienfondé du « 45 » face au « 38 » pour les stopper ! Pendant la première guerre mondiale, comme bien d’autres spécialistes de l’armement (Townsend Whelen par exemple), il resta aux USA dans l’Ordnance Corps comme instructeur de tir.
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_dcb8e4_charles-senior.jpg)
Il vivait déjà depuis une dizaine d’années (1910-1927) autour d’Ames (Oklahoma), pays des cailles où un bon chasseur et tireur pouvait en faire plusieurs dizaines par jour et commença à écrire sur les field-trials et les armes à un niveau d’analyse égal à celui des spécialistes britanniques du moment comme le major Gerald Burrard ou plus tard Gough Thomas et plus tard, aux Etats Unis Bob Brister. Collaborations avec les prestigieuses revues comme Outdoor Life, Sports Afield, American Rifleman et livres s’enchaînèrent : The American Shotgun (1910), Wing and Trapshooting (1911), Modern shotguns and loads. Rédacteur en Chef de la rubrique armes de Outdoor life, c’est lui qui accueillit et donna le premier coup de pouce aux premiers écrits d’Elmer Keith, et il s’en ensuivit une profonde amitié, ce dernier récupérant après-guerre ses armes emblématiques dont nous allons bientôt parler. Le successeur du vieil homme après-guerre n’étant autre que Jack O’Connor, celui-ci fut alors accusé de l’avoir poussé un peu vite vers la sortie, et fut alors poursuivi inlassablement par la vindicte de tout le clan : il n’était pas d’origine militaire, et considéré comme un « dandy » prônant les petits calibres tant en rayé qu’en lisse (pensez…tirer les perdrix aux 410 !) au moment où les hommes étaient de vrais hommes, et pas encore de confusion entre les pronoms ou les genres, ni d’écriture inclusive…
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_9ff8f1_pub-super-x.jpg)
Elmer ayant récupéré une partie de ses armes les plus notables (2), il les documenta alors largement dans les revues spécialisées auxquelles il collabora jusqu’à sa mort en 1984, et surtout dans son livre « Shotguns by Keith ». Il s’agissait d’un 16 NID Ithaca « Flues » grade IV à simple détente non sélective installée en 1930 et crosse à joue spéciale, demi et trois quart, gravé de setters par Ed Latham avec témoins d’usure particuliers car le major chassait les « quails » avec son cheval nommé « Shorty », dressé pour s’arrêter dès qu’on sortait le fusil du « scabbard », ces housses en cuir ou en peau que l’on fixait à l’arçon de selle. Dans « Modern shotguns and loads », le vieux « Charley » l’avait écrit, s’il n’avait à conserver qu’un seul fusil, ce serait un 16 de 6,5 livres (2,95 kg) à canon de 30 pouces (76 cm) choké M et F (demi et plein).
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_6263c8_le-pere-askins.jpg)
Mais c’est surtout autour du calibre 10 que, bien sûr, le bon Elmer, prisant tout ce qui est gros, lourd et puissant, alimenta particulièrement la rubrique et nous permet de savoir maintenant comment évolua ce calibre largement oublié de nos jours (3). Avant cela il faut expliquer un peu contexte de l’époque où, malgré l’immensité du pays, tous les « gunwriters » étaient proches des industriels, les seuls avec les arsenaux militaires à disposer des chronographes et outils d’analyse pour mesurer les vitesses et les pressions des nouveaux calibres que les premiers lançaient et les seconds produisaient et commercialisaient. Charles Askins était ami de Spencer et John Olin patrons depuis 1931 de Winchester, mais aussi voisin dans les années trente à El Paso (Texas) de Bill Weaver (4) le pionnier des scopes grand public. Avant 1910 que ce soit en 12 comme en 10, la chambre 65 ne pouvait tirer que 32 grammes de grenaille et passer à la chambre 70 se heurtait aux hautes pressions pour tirer 36 grammes et dès 1921 Charles Askins Sr fut associé aux recherches de Western-Olin pour la création de la cartouche « Super X ». Grâce à l’utilisation de poudres lentes et progressives, à égalité de charges, elles étaient plus rapides ou tiraient plus lourd à vitesse égale mais avec des pressions moindres que l’ancien style. Les amorces non corrosives jouaient aussi un grand rôle et là aussi Western-Olin avait de l’avance car dès 1900 face à l’augmentation des prix, il avait fondé avec Austin Cartridge Company (Ohio) l’Union Cap and Chemical (UCC) à East Alton (Illinois) que Western absorba définitivement en 1907.
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_e7cadc_pub-ithaca-nid.jpg)
Dix ans après la Super X, à peu près au même moment où Winchester-Olin mit la main sur Winchester (fin 1931), Charles Askins Sr fut donc tout naturellement chargé de prolonger sur la charge « Ten Super X » (1932) de 56 grammes de plomb durci et étui Field de 3,5 pouces, puis même poids de plomb « Lubaloy » nouveau procédé lubrifiant depuis 1929 et étui Record. Winchester confortait son avance sur ce type de cartouches : Remington ne passa à la cartouche Nitro 3,5 pouces qu’en 1938, et Peters seulement en 1950. Le malheur c’est qu’il n’existait pas encore d’arme vraiment conçue pour tirer de tels monstres, et ce furent des relations entre John Olin et Lou Smith patron d’Ithaca que naquit, toujours sous la houlette de Charles Askins, les NID « Mag Ten » et « Super Ten ». La base NID (New Ithaca Double) fut fabriqué de 1926 à 1948 avec comme particularité un verrou supérieur rotatif, indicateurs d’armements extérieurs jusqu’en 1934, simple détente sélective ou non, éjecteurs facultatifs. Charles Askins senior fut donc l’heureux attributaire du premier exemplaire numéroté « 500 000 » dont hérita Elmer Keith (qui en possédait déjà deux !) et qu’il décrivit abondamment dans « Guns and Ammos » de 1965.
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_5e3b24_le-browning-du-major.jpg)
Ces armes massives, autour de 5 kg étaient des versions lourdes du NID et ne furent construites que dix ans (1932-1942) et en nombre restreint : pour le Mag Ten 887 (numéros de série de 500 000 à 501 011) en calibre 10 la plupart du temps avec extracteurs, et 87 en calibre 12, et à partir de 1936 seulement 180 Super Ten. Pour la concurrence, LC Smith était depuis longtemps largué pour ces forts calibres, seul Parker qui dès 1903 avait travaillé sur la chambre 3 pouces en 20 aurait pu suivre, et uniquement une quinzaine de 10 furent construit sous son nom par Remington une fois que le « géant vert » ait mis la main (1934) sur cette marque. Fox de son côté, surfait sur le succès de son Superfox en 12 chambre de 3 pouces depuis 1923, auquel, comme par hasard Charles Askins Sr avait aussi été associé à la conception, cette fois en compagnie de l’armurier de Philadelphie Burt Becker. L’exemplaire le plus célèbre de cette arme étant le fameux « Boo Whoop » de Nash Buckingham, perdu et retrouvé un demi-siècle plus tard, ayant été oublié sur le capot d’une voiture après un contrôle inopiné de gardes qui demandèrent à manipuler cette arme déjà célèbre ! Comme pour Remington, Savage développa ensuite de 1936 à 1940, un Sterlingworth « Wildfowl » selon la même formule. Toutes ces armes, fort lourdes avaient la faveur des sauvaginiers au « blind » mais étaient fortement concurrencées par les fusils à pompe (Remington 870, Mossberg 500, Ithaca 37) et surtout le Browning Auto 5, leur poids (plus de 5 kg) nécessitant presque de prévoir les roulettes en option ! Par contre, avec leurs canons de 32 pouces (81 cm) elles pouvaient grouper plus de 80% d’une charge de 2 onces (56 grammes) à 40 mètres, tapant les colverts « comme avec une sorte de raquette de tennis géante »…
/image%2F0404899%2F20260528%2Fob_576d0e_livre-du-junior.jpg)
Enfin il est à noter que Charles Askins Sr fut un des premiers acheteurs et commentateur du superposé Browning B 25 et lui donna sans doute un petit coup de pouce à l’époque où il était une des « plumes » d’Outdoor Life. Son exemplaire acheté alors qu’il était encore capitaine le 23 juillet 1932 fut lui aussi redécouvert après pas mal de péripéties dans une armurerie au Texas en 2007, car il avait disparu de la circulation à sa mort en 1948. Proche de son fils, le « colonel », les relations entre ce dernier et sa mère n’étaient pas de la même eau, et si mauvaises qu’il ne fut prévenu qu’après coup du décès de son père, en recevant les condoléances d’un ami. ! Entretemps la veuve avait vendu l’arme à une armurerie de Houston où on peut imaginer qu’elle fit un heureux après un travail de bénédictin de passionnés sur les archives de la marque pour l’identifier…Dévoilé en 1931, lors de la Grande dépression (1929, mais avec un pic dans les années 1933-1037), « The Superposed » connut au départ des ventes lentes (seulement 17 000 vendus en 1939) obligeant à casser les prix de 99 à 79 dollars avant de redémarrer et prendre son envol après 1948.
L’exemplaire du major disposait d’une détente sélective unique que voulait John Moses Browning mais qu’il n’avait pu réaliser avant sa mort (1926 à Liège), et qui est là, même antérieure à celle que finalisa son fils Val. Originellement en Full-Full, les canons de 28 pouces (71 cm) furent ouverts, sans doute aux Etats-Unis, en Skeet et lisse-amélioré (IC) pour tirer la caille. Enterré au cimetière militaire de Fort Bliss (Texas) c’était un gentleman de la vieille école et il était beaucoup moins clivant que son fils dont l’autobiographie (The Unrepentant sinner) divise toujours les lecteurs, mais c’était quand même un dur à cuire comme on les aime aux USA, si l’on tient compte de son témoignage. « Quand je suis né, mon père était en poste à Fort Niabrara (Nebraska), et tira sur quelques Sioux imprudents…et j’en ai eu quelques-uns, m’a-t-il dit un jour ».
1/ Charles Askins junior est la légende noire du gunwriting US (collaborateur de American handgunner, American rifleman entre autres) avec ce livre controversé. Son comportement comme patrouilleur le long du Rio Grande face aux gangs puissamment armés, en Rhodésie contre les braconniers puis les guerilleros, au Vietnam où il était conseiller militaire (n’hésitant pas à provoquer une embuscade dangereuse seulement pour essayer le tout nouveau 44 Magnum !) s’accompagna de nombreux décès qu’il pouvait légalement, mais non moralement justifier. Il avait lancé sa carrière déjà sur une polémique fameuse avant-guerre lors des épreuves de tir de Camp-Perry 1937 qu’il remporta avec l’équipe de la Border Patrol, avec un Colt Woodsman bidouillé pour le faire tirer à percussion centrale ce qui était obligatoire. Avec l’aide de l’armurier F.Pachmayr il utilisa comme base la vieille munition française 5,5 Velodog, baptisée 221 Askins, raccourcie aux dimensions 22 LR, le gros boulot étant de déporter le percuteur au centre. L’avantage de cette arme légère était alors évident face aux lourds revolvers en 38 Special pour ce tir de vitesse comptant pour les deux tiers de la note globale. Les organisateurs dans l’urgence, lui conservèrent son titre, mais le modifièrent l’année suivante, limitant l’épreuve au calibre 32…Face à la polémique qui enfla, étant le fils d’un écrivain immensément connu, et pour conserver son titre, il démissionna de la Border Patrol qui, bien sûr, en tant qu’organisme officiel, ne pouvait cautionner l’affaire.
2/ Elmer fit refaire les bois, sans doute par son crossier habituel Iver Hendrickson, en conservant le pad de recul Hawkins dont ces fusils étaient équipés d’origine.
3/ Hormis le Marlin « Goosegun » à verrou, seul Browning resta dans la catégorie avant la sortie en 1975 de l’Ithaca en semi-auto, brevet vendu ensuite à Remington en 1989 pour faire le SP 10. Browning sortit alors le « Gold » et le BPS 10 à pompe, mais au moment où les 12 Super Magnum commençaient à faire leur apparition : 1988 collaboration Mossberg et cartouches Federal, puis invasion des Baïkal russes MP 153 au tournant de l’an 2000. Remington les commercialisa même quelques années (2006-2008) sous le nom Spartan SPR 453.
4/ Bill Weaver se lança en 1930 dans le Kentucky avec 4 employés, et déménagea en 1933 dans des installations plus grandes à El Paso : racheté par Olin en 1968 jusqu’à la fermeture Winchester-Olin en 1987. 194