Visée "fer"...pour quoi faire ?
A l’heure des scopes, des points rouges, des aides à la vision nocturne, l’ancienne visée « fer », sans tout ce contexte technologiques pourrait sembler ringard sinon dépassé. C’est néanmoins un terme générique qui cache des tas d’options et de différences et que le sanglier (1), qu’on tire généralement de près dans nos battues hexagonales, pourrait bien remettre au goût du jour.
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_dbff85_one.jpg)
Quand on dispose d’une belle et élégante carabine à forte tradition patrimoniale pourquoi en effet l’alourdir d’au bas mot 500 grammes, et dénaturer son équilibre naturel sur des tirs proches où il y a peu de décalage à gérer ? En cas de chute accidentelle, pas besoin de repasser au banc pour régler, et la météo n’aura aucune incidence en matière d’humidité, de brouillard et de condensation, il y aura juste un peu plus de recul à prévoir, mais bien sûr tout va se gâter à l’aube et au crépuscule, moments décisifs où le gibier est le plus actif. On ne peut toucher en effet ce qu’on ne voit pas, peu ou mal, et c’est là que les aides à la visée reprennent l’avantage. Elles permettent de mieux identifier l’animal, et surtout aider au placement sur fond de végétation diffuse. Mais c’est aussi une autre chasse (approche-affût) où on perdra bien sûr en polyvalence.
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_1949da_poatj4.jpg)
Intrinsèquement, la visée « fer » avec des dioptres, des œilletons, des hausses, mobilisa longtemps les militaires (2), et même les grands auteurs (3) ont pu prouver que, pour la chasse, tant qu’on restait dans certaines limites de distances dictées par l’usage, les groupements étaient peu ou prou identiques, mais avec cependant une grande différence initiale : un entraînement important voire essentiel, le savoir-faire étant plus important que le matériel. Des règles d’utilisation qui s’apprenaient du temps de la conscription et un « drill » pas si fastidieux que ça pour les futurs chasseurs. On débutait aussi avec une ribambelle de 22 LR et on ne redira jamais assez, même si on est devenu un vétéran blanchi sous le harnais, le bénéfice qu’on peut encore tirer de toutes les sessions organisées à percer du carton…dans les trous d’un calendrier cynégétique désormais bien chargé !
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_410cea_2nj4wd0.jpeg)
Laissons de côté les dioptres du tir sportif pour nous concentrer sur le débat entre les hausses et les œilletons. Les premières, souvent à feuillets pour s’adapter aux distances sont plus lentes à mettre en œuvre notamment dans le contre-jour et la faible luminosité ambiante car il n’y a pas de surface plane horizontale sur le dessus pour aligner le guidon et donc des risques de tirs hauts. L’œilleton ou les « ghosts rings » (anneaux fantômes), plus près de l’œil du tireur, augmentent la profondeur de champ, et centrent automatiquement l’œil sur le guidon dont la grosseur, en général limite la portée à 100 mètres car, trop gros, il risque de masquer entièrement la cible.
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_ae8a93_rtuis5x.jpeg)
Il faut aller aux USA où certains états (Idaho par exemple) proscrivent l’usage des scopes sur le tir à la poudre noire et au chargement par la bouche, pour constater que l’usage est en général de 25-125 mètres pour les cervidés. Il y existe une forte tradition de tirs précis avec d’anciens singles (Sharps, Winchester 85, Remington rolling block), mais aussi des carabines à levier « de ranch » tarabustées à l’arrière du pick-up, à la glorieuse époque du 30/30, ne souffrant pas que les scopes soient ainsi chahutés, cahots et poussière cumulés. La visée y est simplissime, on regarde dans le trou, et tant que le guidon est net sur la cible, on est dans le coup pour éliminer dans le Wild West, les intrus…à deux ou à quatre pattes.
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_fee340_img-4121.jpg)
Seule concession au progrès, la fibre optique optimise l’affaire par faible luminosité sans déséquilibrer une arme compacte et maniable en conservant l’esthétique d’une belle carabine à levier, si on veut imiter John Wayne, ou à verrou dans nos layons. Même visible en plein soleil, elle fait presque aussi bien qu’un Red Dot, et elle laissera toujours un halo lumineux en bout de canon si la vue baisse. Dur à comprendre pour les « d’jeuns », et c’est un vieux « Barman » qui vous le dit, la perte de vision a autant d’impact sur les vieux de la vieille que les fameux « rumatisses ». Il est vrai qu’on compense, et que l’acte de prélever compte désormais moins que l’expérience de l’action globale. C’est sans doute ce que les vieux briscards nomment depuis l’Empire « le calme des vieilles troupes »…
/image%2F0404899%2F20260515%2Fob_17ec43_fin.jpg)
1/Ravageur des pâturages, destructeur des récoltes, vandales des pelouses, il extermine les nids d’oiseaux nicheurs, et même les faons de chevreuils. On lui mène désormais comme disent les militaires une guerre de grande intensité, mais il a la peau dure…peut-être plus que la nôtre ?
2/ Les meilleurs tirs de l’US Army avec le fusil M 14 de dotation donnaient avec guidon à lame de 1,57 mm, sur œilleton de 1,32 mm un groupement de 10 cm à 200 mètres sur 20 coups. Voir ci-dessus le fameux auteur et directeur de l’arsenal de Frankford, le colonel Townsend Whelen (1877-1961) en action...et sans scopes !
3/ Brian Pierce fit l’essai pour Guns Magazine avec une Marlin 94 en 25-20 en configuration scope+fer+red dot. Sur une carabine réglée scope et munitions de référence, enlever la lunette et examiner les différences ou désavantages d’un système à l’autre peut toujours se faire, mais le premier gardera toujours la tête, à l’aube et au crépuscule.