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9 juin 2026

Soliloque dans la salle d'armes

C’est un lieu de « rangement » (tout est relatif hein !) qui ne se maîtrise qu’au fil du temps et des accommodements ménagers et matrimoniaux, bien expliqués par Gene Hill (1) avec plein de stratagèmes à affiner au fil du temps et la « collection » de plein de choses : garde-robe, munitions, impedimenta divers et variés tous ces accessoires à la fois futiles et finalement indispensables. Comment partir sans les leurres, les sièges, les « quarts les gamelles et les bidons » comme on disait sous les drapeaux ?

Prenons les armes, on démarre timidement comme utilisateur pas trop assuré et limité par un budget forcément impécunieux avec des armes de rencontre ou de circonstance avec lesquelles il n’est pas sûr qu’on s’entende bien (2), même de nos jours avec nos allures de vieux briscard. On n’a pas les moyens d’acquérir pour thésauriser : les premiers achats techniques et judicieux se font après, et l’accumulation n’est que le fruit d’héritages, de transmissions et seuls les esprits curieux vont essayer des nouveautés en y adhérant plus ou moins bien, et c’est là qu’enfin on affine ses choix, pas forcément d’ailleurs en accord avec ce qui marche techniquement.

On peut ainsi, sans y prendre glisser vers des préférences bizarres comme les crosses anglaises pour l’élégance, et les fusils stéphanois même si on a toujours autant de mal à les maîtriser ! Ce sont des armes intéressantes, patrimoniales qui, il y a un siècle étaient partout et dont la qualité de fabrication n’est jamais prise en défaut par le temps. Ils représentent la quintessence de maniabilité et de qualité de tir du « deux coups », petits calibres douze (et encore mieux seize !) utilisant de manière spectaculaire la charge classique de 28 grammes. Les assemblages bois-métal sont parfaits, les hauts de gamme le plus souvent ménagés et entretenus sont, en plus, accessibles à des prix raisonnables. Même si on tire mal avec, on leur reste fidèle par nostalgie et respect du patrimoine cynégétique de la « chasse devant soi » et la fameuse « billebaude » si bien décrite par Henri Vincenot.

On a donc ce qu’il faut, des armes parfaites, mais toujours l’envie irrésistible de parcourir les catalogues et les sites en ligne, car tout à coup se glisse insidieusement le risque d’esquinter tout ce petit monde péniblement acquis et sempiternellement astiqué, et de se risquer à l’accueil d’armes « moches », intéressantes car on n’aura pas à s’en soucier quand l’utilisation se « durcira». On a tous connu ça, quand ces armes disgracieuses, tout à coup sont devenues intéressantes quand s’entassent dans le coffre les leurres et le retriever, ou qu’il faut accueillir par-dessus tout le barda, une bête de compagnie et un ou deux drathaars. C’est comme ça qu’on est retombés dans l’addiction au fusil à pompe et succombé à la tentation de «l’automatique » après avoir vu sur le Net les fameux tests d’endurance du Baïkal MP 153. Avons-nous pourtant besoin de trois coups pour chasser quand on sait qu’avec deux bien répartis, en jouant des chokes, on peut tout chasser ? Bon c’est vrai qu’avec l’expérience ou l’âge, si on est plus lent, on tire mieux, ou on sait pour le moins choisir ce qui est le plus évident, car on se met moins la pression (à part la mousse qui se déguste hein !) depuis qu’on chasse seul, puisqu’on ne peut plus suivre les jeunes…

Nous voilà tout à coup moins inquiet pour le fusil que sa sécurité personnelle, en cas de chute quand tout tombe, treize parmi quatorze, dans le fossé bourbeux et qu’il suffit, pour le fusil à pompe, d’employer la technique « mortier » (3) ou de démonter vite fait le canon, et de le rincer sur place pour évacuer le dangereux bouchon terre-neige-boue. Allez faire ça avec votre Beretta SOE ! Tout le monde ne recharge pas avec sous la main, dans le vide-poche,  le petit tire-bourre qui va bien pour extraire la douille récalcitrante, et ces armes rustiques d’emploi comme de démontage peuvent aussi servir de prêt ou de dépannage. Tout est facile avec elles : un bouchon à dévisser, puis deux goupilles à chasser et tout se lave à l’eau chaude et au liquide vaisselle avant un coup de sèche-cheveux. Il faut juste éviter de les laisser traîner mouillées dans leur étui, et pire encore si on chasse en zone maritime.

Tout ça pour dire que la magie de la salle d’armes et de tous ses vieux merrains, c’est aussi tout ça, un environnement familier où chaque chose a sa place fusils, logistique, munitions…voire rafraichissements (voir la pub si éclairante ci-dessus) et retrouver la philosophie de Gene Hill pour collectionner « en fait du temps, et des souvenirs ».

1/ Dans « A hunter fireside book », (1972). Voir sur cet attachant personnage archives des 25 septembre 2020, et 28 mai 2022.

2/ Voir archives des 2 et 22 septembre 2025.

3/ En empoignant l’arme par le fût canon vers le haut et en tapant sur un sol pas trop dur, les doubles barres d’action du fusil à pompe ayant peu de risque de se tordre de nos jours.

 

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