Un "vieux gars" pour ses "vieux jours" ?
C’est un célibataire assez simplet, un vieux cousin éloigné que l’on regarde de haut, au hasard des rencontres, ou au détour du chemin, « arme de débutant ou de chasseur sans le sou » au système aussi rustique que solide qui dénote un peu dans le paysage du « light » et de la civilisation « 2.0 » qui prévaut aujourd’hui. Bon, il ne s’agit pas non plus de tomber dans le snobisme, et l’engouement pour les armes et calibres désuets, mais de se rendre compte, qu’en fait, c’est l’arme d’une autre chasse…
Certains sites U.S. parlent pour le « single shot » de romantisme, de mystique et presque d’éthique, et il faut bien reconnaître que même revenu un peu de tout, dans la force de l’âge, nous n’aurions sans doute jamais parié un kopek d’avoir à ainsi philosopher un jour sur un tel engin dans un site parlant plutôt d'actualité. Dans les campagnes reculées il était pendu au-dessus de la cheminée, derrière le placard, ou dans le cellier, jamais bien loin pour protéger le poulailler du goupil en maraude, et le potager des ennemis des cultures. Il durait éternellement, inusable, du fait déjà de sa conception ultra simple, et aussi parce qu’il impliquait, de facto, des pauses dans le tir évitant coups de chaleur, érosion et contraintes successives qui ébranlent tous les mécanismes armuriers, même les plus solides.
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Toujours actuel le « single » ? Le fait qu’il soit toujours fabriqué en fait encore une arme de « niche » qui ne manque ni de puissance ni de polyvalence. C’était autrefois chez nous, on vient de le voir, avec le fameux Simplex, le fusil de base du chasseur rural, un pragmatique qui ne s’embarrassait guère de fioritures, et allait à l’efficacité pure. Regardez bien d’ailleurs les documentaires sur les tribus de la jungle amazonienne, ce sont parfois, pour eux, les seules armes à feu légales et abordables conçues justement…pour ne pas manquer ! A le pratiquer depuis des années au pigeon on ne manque jamais de discussions oiseuses avec des fans de semi-autos qui vous parleront éthique et soi-disant fair-play du tir au vol, en mettant en cause le tir au posé…eux qui tirent systématiquement trois coups sur tout, et avec du super-magnum en plus, soit la religion du « spray and pray » ou si on veut « pulvériser partout en priant pour que ça tombe » !
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En fait le fusil à un coup est d’abord une excellente discipline de tir car il faut absolument que le premier (et seul) coup compte, vous apprenant à vous tenir, et à ne pas gaspiller les munitions. Cinq cartouches au fond de la poche et roule ma poule direction la passée du soir car, en vieillissant on apprécie de sortir plus léger et plus souple : on s’appesantit plus sur la technique des leurres que le nombre de cartouches tirées, et ce n’est plus l’arme qui dicte le type d’action de chasse. Par la force des choses, on choisit plus attentivement ses chargements, le placement, la distance. De surcroît, tirer une cartouche à la fois, en plus d’être amusant, permet d’économiser de l’argent car à ce rythme, il faudra plus de temps pour épuiser son stock !
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Là, le bon coup de fusil, c’est un tir, un mort, l’ensemble parfait quoi ! L’homme au fusil à un coup sait comment l’utiliser, il n’a qu’une chance et n’entend pas, bien sûr, la gaspiller. A l’affût, il y a même la jubilation extrême de parvenir à faire approcher à bonne distance que conclut le choc de la détonation doublé, un peu plus tard, du son sourd du gibier tué raide qui touche terre, douce musique aux oreilles fatiguées de tous les vieux coureurs des bois. Son rythme lent séduit, à un moment de la vie qui permet la compréhension et la gestion fine d’un temps où les capacités physiques ralentissent inexorablement : on savoure chaque tir pour en faire le meilleur usage et se détendre mieux encore qu’en tondant la pelouse ou en faisant la vaisselle…
De nos jours, c’est le partenaire des sorties solitaires, pour la chasse au poste, « faire le pied »…ou mieux encore, le « lever » le dimanche après-midi, pour cette chasse ralentie et détendue où, sans objectif particulier, on se concentre en plein hiver sur la Nature avec ce sentiment familier d’avoir au bras quelque chose d’élégant, de fin et de léger, et surtout de terriblement efficace. On disait jadis, quand on entendait tonner au loin : « un coup : dans la gibecière ! Deux coups : peut-être ? Trois coups : derrière » ! L’usage naguère des 22 Long Rifle à un coup nous avait déjà montré à quel point il ne fallait pas appuyer inutilement sur la queue de détente, à moins de pouvoir donner le coup fatal. Avec ce genre d’arme, toute la génération des chasseurs d’après-guerre apprenait la patience et la prudence : avec un seul coup, on n’avait pas le choix, il fallait se concentrer et se connecter immédiatement au gibier.
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Cette limitation enseignait au novice l’intérêt de se rapprocher, d’attendre, et se retenir jusqu’à ce que les conditions soient parfaites : excellente façon, au demeurant, d’aborder plus tard n’importe quel type de chasse ! Quand on n’a plus rien à prouver, sur le tard, c’est là qu’on « jouit », (ne rigolez pas, le terme n’est pas trop fort, ni trivial), d’éprouver cette quintessence de la finesse de la chasse quand, tous les sens en alerte, on regarde le vol de colverts approcher, puis les malards se pavaner autour des canes, ce qui représente, sans doute, 99% de la jubilation de notre passion commune ! Avec, au bras, cette « canne à mouche » des armes à feu…on peut même presque faire comme nos amis chevaliers de la gaule, « no kill » et parfois, (reconnaissons-le, jamais assez souvent), ne pas tirer ! Trois malheureuses cartouches suffisent à garnir le fond de la poche quand on sait que, de toute façon, rien ne va repartir après !
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C’est en effet tout le paradoxe de cet outil élégant et semble-t-il anodin, à l’allure innocente, de tout écraser, et d’être comme disait Winston Churchill à propos de la gent équine « dangereux aux deux bouts ». Effet du faible poids, il recule bien sûr et rue souvent comme une mule, mais il n’a pas besoin de « semi-magnum » de 40 grammes ou plus pour être efficace : le long tube, plus serré qu’un pet de nonne, fait tout le temps le boulot, même avec une petite 28 grammes de # 5, par exemple à la palombe. Pas de blessés ni d’oiseaux désailés, faut juste bien couvrir si on va loin, bien plus loin que le commun des armes récentes, notamment avec du gros plomb, où les 40 « vrais » mètres sont régulièrement atteints.
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Tout le monde le sait, dans l’action, le recul sous la poussée d’adrénaline n’est jamais un problème, ce dernier n’entrant en jeu que lors des tirs répétés et, où, de toute façon, on a le temps de s’appliquer à bien épauler. Sur ces armes simples au profil de « canardières », tout s’arrange assez facilement avec quelques accessoires (bretelles, sabots) qui lestent un peu l’ensemble, même au tir à balles censément plus difficile avec des canons souvent effroyablement chokés. Là aussi, la technique vient à notre secours de nos jours avec les balles ensabotées qui passent partout. Même à la sauvagine et sa réglementation zones humides, le substitut moderne permet de « sauver » ces vieilles armes pour le tir au posé et même au vol, car un seul coup de « full » bien devant sera toujours aussi efficace que trois coups lâchés à la volée et au hasard. Ce n’est d’ailleurs pas au marais que vous trouverez le plus de détracteurs de ces engins, car il y existe comme dans les palombières des Landes, une tradition liée au gabion et à tous les tirs au posé avec des armes longues à un coup.
Autre intérêt, et non des moindres en cette période de contestation de la chasse, avec ces armes on tire moins, à bon escient, et à la rencontre des promeneurs dominicaux, elles font moins « peur » que les armes aux allures martiales camouflées, dont nous abreuvent les films d’action. Ils viendront plus facilement vers vous, les prenant quasi pour d’inoffensives carabines de jardin, et quand la glace est rompue, comprendront mieux cette approche presque « bio », voire (horreur et damnation !) « écolo » de la chasse vagabonde d’une sorte de « promeneur armé » dont ils se sentiront sans doute plus proches. Voilà bien les atouts de ce retour au goût des choses simples, même pour un vieil impénitent amateur d’armes, chasseur caduc, à la panoplie, comme beaucoup, pourtant bien remplie d’autres pétoires bien plus sophistiquées…