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30 mars 2014

Comment on chassait ...en 1955 ! Troisième et dernier épisode : Gilles et ses chiens

Le livre de Gilles Picot sieur de Gouberville est très intéressant pour comprendre l'utilisation des chiens à cette époque. Il possédait une meute extrêmement composite, des courants, des couchants, des barbets pour le gibier d'eau, tout ça au nombre d'une petite vingtaine, mais il nous donne surtout les noms (Colliche, Soudart, Mytaine, Bernaude, Belleisle) de ses "lévriers", sorte de troupe d'élite qui ne doit pas nous faire oublier qu'il ne s'agissait pas de ces élégants chiens coureurs, mais plutôt des croisés de dogues qu'il prêtait d'ailleurs, avant des noces par exemple à ses voisins pour étoffer le menu. Ainsi "pour prendre quelque lièvre Verdault, Trousse et Coliche vont chez le capitaine de Cherbourg, ils prinrent ung marcassin".

meute

Ces chiens, à l'instar de nos modernes pitbulls étaient plus que dangereux, échappés dans la campagne, ils attaquaient à l'aveuglette, Gilles en fut lui-même victime avec ceux d'un voisin "qui prinrent ung de nos torreaulx (taureau) et l'avoyent presque tué". Ils avaient bien sûr affaire aux loups et aux cochons et revenaient couverts de horions : "Symonnet fut au boys et de fortune, trouva ung sanglier qui blessa Bureau, Escarlette et le mâtin de Gilles Auvray, je doute qu'ils en meurent". Mordus, on les faisait baigner à la mer, ou raccomodés avec les moyens du bord "nos gens revinrent du boys et ramenoyent Soudart à qui les boyaulx trainoyent de la blessure d'un sanglier. Le chien fut recousu". Comme tous les éleveurs, ils faisait hongrer, et de la sélection : "on menoit une chienne chaulde pour faire couvrir à ung des chiens de M. de Magneville".

gentilhomme

Même chose un peu plus loin chez le sieur abbé de Hambye, sachant que les ecclesiastiques de l'époque étaient férus de chasse, notamment au vol avec les oiseaux de proie. Après les naissances, les chiens partaient en nourrice comme chez son fermier Côme Dubosc "qui emportoyt  ung petit chien que le lui baille à nourrir. La gravure ci contre nous montre bien que ces "lévriers" n'avaient rien à voir avec ceux que l'on voit maintenant en laisse avec nos élégantes ! 

C'est surtout ensuite, sous Henri IV, Louis XIII et surtout Louis XIV, que la chasse prit, dans la noblesse, une envergure qui se codifia, notamment au travers de la vénerie. Cette chasse traditionnelle par essence est la mère de toutes nos chasses, notamment collectives, et il faut à tout prix la défendre. Par bonheur elle se porte bien, se démocratise, et continue par les traditions qu'elle véhicule de soutenir toutes les chasses dans leur ensemble. Quand on sonne, quand on rend les honneurs dans nos modestes battues, on perpétue en quelque sorte cet esprit. 

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