Les dames et la chasse
S'il n'y a, dans notre pays, sur 1,4 millions de chasseurs, que 28 000 femmes, soit 2% (1), il ne faut pas oublier que les femmes ont, de tous temps, été associées à la chasse.
De récentes découvertes archéologiques ont balayé la fausse image du viril chasseur de mammouths qui affrontait à la massue les innombrables et dangereuses bêtes sauvages de ces époques reculées. L'examen des sites observés a montré qu'à 46 % ils se nourrissait de petit gibier, le gros n'étant qu'occasionnel quand il parvenait à éloigner les charognards. Il y a 25 000 ans, sur de grandes chasses communautaires au filet, femmes et enfants au sein faisaient offices de rabatteurs, selon des techniques que l'on retrouve de nos jours chez les Inuits du Grand Nord, ou les Aborigènes d'Australie.
Au panthéon des cultures antiques, la déesse Neth en Egypte était symbolisée en archère, tout comme Diane chez les grecs (2), ou Atalante (3), voire les Amazones. Dans notre pays on monte justement « en amazone » depuis Catherine de Médicis. Auparavant les dames voulant suivre la chasse utilisaient la sambue, sorte de siège à planchette incommode où le galop était proscrit, et la direction du cheval difficile au point qu'il fallait l'aide d'un écuyer à pied pour le diriger tandis qu'elles lançaient les faucons (voir statue ci dessous). Le Moyen Age nous a néanmoins légué le souvenir de chasseresses célèbres : la duchesse de Parme Louise-Elisabeth de France, la duchesse de Berry, Anne de Beaujeu fille de Louis XI, la duchesse de Bourgogne fille de Charles le Téméraire, tuée à 25 ans en 1482, d'une chute en franchissant un fossé.
Les simplifications vestimentaires après la Fronde, codifièrent les tenues, et généralisa la monte en amazone que Catherine de Médicis (4) avait introduit pour mieux suivre son beau-père François Ier à la chasse. Y fut associé, par en dessous, le port de la culotte, pour ne pas avoir à exposer sa nudité en cas de chute. Sous Louis XIV, les tenues se militarisèrent avec la généralisation du port du tricorne.
La plus célèbre des chasseresses fut, à la Belle Epoque, Anne de Mortemart, duchesse d'Uzès, première femme lieutenant de louveterie, leader du rallye Bonnelles qui, à partir de 1878, et jusqu'à sa mort en 1933 à 84 ans, prit plus de 2000 cerfs. Ce fut une combattante acharnée du féminisme, amie de la révolutionnaire Louise Michel qui se dévoua sans compter comme inspecteur général des hôpitaux pendant la Grande Guerre. Elle fut la première femme titulaire du permis de conduire...et aussi la première condamnée pour excès de vitesse...15 kms/h au lieu de 12, dans les allées du bois de Boulogne !
De nos jours, les dames s'investissent dans tous les domaines de la chasse : il y a parmi elle des spécialistes et professionnelles dans tous les domaines du tir, et aussi de plus en plus de conductrices de chiens de sang.
1/ en Autriche, les femmes représentent 11 % des 11 000 permis délivrés chaque année/
2/ soeur d'Apollon, elle est montrée avec son arc forgé par les cyclopes, entourée d'une meute de chiens qu'elle envoya dévorer le centaure Chiron, lequel, par mégarde l'avait surprise dans son bain.
3/ fille d'un roi qui voulait un fils, abandonnée en forêt, allaitée par une ourse, puis recueillie par des chasseurs, elle était imbattable à la course et à la lutte. Elle tua deux centaures qui avaient tenté de la violer, et fut la seule femme de l'expédition des Argonautes.
4/ la monte à califourchon étant jugée disgracieuse pour les dames, la complication de mener en amazone nécessitait un assez long entraînement au manège. Catherine de Médicis, malgré de nombreuses chutes, monta jusqu'à 64 ans !
Photos ci dessus et ci-contre : la duchesse d'Uzès, un des grands personnages de la vénerie française et du combat pour le féminisme.




