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24 décembre 2016

Chasse et armes du bout du monde

Il y a quelques jours, nos recherches armurières nous ont amené à aller voir ce qui se passait de l’autre côté du Rhin, et maintenant, elles vont nous promener bien plus loin, au Japon où les réalités de la chasse sont bien différentes des nôtres : seulement 200 000 pratiquants, dix fois moins que chez nous et souvent âgés : 65% de plus de 65 ans sur un territoire très accidenté et aussi boisé que la Suède soit  70% de la superficie.

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Au pays du soleil levant, posséder une arme est, du fait d’une législation en ce domaine très restrictive après la seconde guerre mondiale, quasi impossible. Tuer un animal étant opposé à la foi bouddhiste semble antagoniste avec la pratique de la chasse qui, pourtant rejoint là-bas les croyances du shinto, religion animiste antérieure très proche d’une nature envahie « d’esprits », les « kamis ». La chasse y est donc proche d’une utilisation traditionnelle des ressources naturelles et semble plus éthique, un peu dans l’esprit de ce que pratiquaient les Amérindiens. Un sanctuaire près de Nagano  (ci-contre à g.) donne ainsi des indulgences et tout un rituel (autorisation religieuse, baguettes spéciales, banderoles votives) légitimant la chasse à but alimentaire.

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Que chasse-t-on au Japon ? Comme chez nous, du faisan, du lapin, du chevreuil, curieusement, du chien viverrin, et surtout de plus en plus, ce qui est lié aux dégâts agricoles comme chez nous, du cerf et du sanglier. Ce dernier, qu’une jolie traduction donnerait comme « baleine de montagne » est un animal du zodiaque associé au courage et monture des esprits de la guerre. Il a particulièrement proliféré suite au désastre de Fukushima en 2011 passant de 3000 à 13 000 individus dans cette région , mais désormais immangeables car radioactifs ! Ci-contre à  dr. : il n'est pas rare de voir une harde s'aventurer en ville ! 

Ce pays qui s’est éveillé à la modernité fin XIXè sous l’ère Meiji , possédant un immense passé métallurgique (voir l’armement des samouraïs) et particulièrement la technologie sophistiquée des sabres, n’a donc eu aucun mal à s’introduire dans l’industrie des armes de chasse. Le premier nom qui vient à l’esprit est  Miroku, du nom d’un forgeron fabricant  notamment de harpons pour la chasse à la baleine dont l’entreprise, un an après l’autorisation des premiers fusils de chasse en 1951 produisit ses premières armes, et en 1960 s’industrialisa (300 salariés à Kochi, sur l’île de Shikoku) avec déjà une nette inspiration Browning dans tout l’extrême orient. Ce qui tapa dans l’œil d’un grand importateur US (3000 pièces par an environ) Charles Daly pour collaborer à des lignes nouvelles, tandis que, proximité technologique aidant, se nouèrent les premières relations avec Browning, soucieux de diversifier sa production. Ci-dessous : un joli MK 38, l'inspiration Browning est évidente. 

miroku

L’exigence de qualité et des usinages étant bien présentes (Miroku étant capable par exemple de forer ses canons) elles s’affirmèrent encore à partir de 1973 dans la conception de la gamme Citori  issu du B725, une arme avec une grande déclinaison de modèles (1) de chasse et de sport encore 50% fait main en une trentaine d’opérations permettant des niveaux de bois et de finitions différents. La gamme Miroku se fit connaître aussi, en plein moment du ball-trap par le sporting avant d’entrer définitivement dans la galaxie FN et Winchester en 1988. En 1990, sortaient de l’usine de Kochi 200 000 armes par an.  Dans l’esprit des grands consortiums nippons, elle travaille aussi pour l’automobile, et toutes sortes d’activités métallurgiques annexes.

De la même époque, il n’est pas rare de trouver chez nous sur les sites d’enchères, des fusils de marque SKB, également popularisés par le trap, mais dans une autre technologie, celle des verrous transversaux hauts de type Kersten (comme Merkel si on veut, ce qui se voit bien sur le cliché ci-dessous à dr. ), et d’une solidité à toute épreuve puisqu’on en vit un tirer 2300 plateaux en une heure ! L’usine japonaise a fermé en 2009, et rachetée par un fonds US au Nebraska. Cette marque, comme les introuvables chez nous Shadow, Kamagushya, a fait aussi des juxtaposés. Enfin, pour l’arme rayée il faut aussi citer Howa qui a également travaillé avec Weatherby.

skb

Pour le collectionneur français, Miroku et SKB sont donc des fusils solides et sûrs assez lourds dans des gammes de prix raisonnables (2). Leurs marquages sont particuliers, leurs canons ayant conservé le système anglo saxon d’avant 1970. Une chambre 2 ‘’ ½ est une 65, une 2’’ ¾ une 70. Idem pour la longueur des canons : 25’’ vaut 63 cm, 28’’ pour 70 cm et 30’’ à 76 cm. La nomenclature des chokes Miroku est la suivante : + en full, +- trois quart, ++ demi, ++- quart, ++S lisse amélioré, SS skeet. Pour les années de production suivre la correspondance chiffres et lettres sous le canon inférieur : 1=Z, 2=Y, 3=X, 4=W, 5=V, 6=T, 7=R, 8=P, 9=N ,0=M

1/Les modèles MK 38 à 60-70 se trouvent de 500 à 1000 euros selon état bien sûr. Ils sont alésés à 18,7 influence du trap oblige, et le plus souvent d’origine pour les chokes fixes en trois quart et full. Les Miroku, luxe, grand luxe, présidentiel, peuvent aller à 2000-5400 euros. Nous sommes là en présence de fusils du même niveau que Browning mais avec des finitions et modifications mineures dans les détails autres que métalliques.

2/ La cote des SKB, modèles en trois séries (500-505, 600-605, 800-805) est de 500 à 1000 euros, toujours selon état bien sûr. Tous les fusils de chasse japonais sont réputés d’une grande solidité et qualité d’usage. On vient de le voir, ils ressemblent beaucoup aux Browning et Merkel qui ont la même réputation. 

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