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27 décembre 2016

De quelques curés chasseurs

Quelques récents reportages tant dans la presse écrite que sur la chaîne des chasseurs et des pêcheurs  montre  qu’il existe en France quelques curés…chasseurs ! Quelle est la position de l’Eglise à ce sujet ? Sans jamais vraiment la condamner formellement on va le voir, elle l’interdit ponctuellement aux clercs qui, pourtant et à tout niveau passèrent outre, notamment en interprétant la notion de « bien public » quand il s’est agi de chasser le loup.

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Une notion amplement perceptible on va le voir plus loin quand il fallut combattre les loups, mais battue en brèche par les conciles qui jugeaient la chasse « tumultueuse et opposée à la modestie qui sied aux ecclésiastiques ». De fait certains prélats, pour des raisons également évidentes de sécurité faisaient garder leur maison épiscopales par des chiens…exposant une demeure par principe ouverte à tous, aux morsures et devant en principe avoir (vœu pieux s’il en est !) comme seule défense, la prière et les psaumes.

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Les Jésuites, as de la casuistique ou exposition des « cas de conscience » argumentaient pied à pied. Les curés sous l’Ancien régime avaient une position beaucoup plus forte que de nos jours, c’étaient des auxiliaires administratifs incontournables, percepteurs des dîmes, gérants de leurs domaines ruraux, et à ce titre l’équivalent des seigneurs voisins. Le Père Pontas en 1764 leur répondait qu’aller à la chasse au lièvre et à la perdrix était inconvenant pour un curé « quand quelques instants après le Saint Sacrifice on le voit le fusil à l’épaule ou l’oiseau au poing, courant comme un forcené par les champs avec les chiens ». Et les Evangiles à l’appui ils montraient que Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même n’avait jamais chassé autre chose…que les marchands du Temple !

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Les braconniers étaient-ils des pécheurs ?  On regrettait moins les dévastations sur le gibier (il est vrai à l’époque abondant) que « la liberté qu’ils auroient de porter les armes les rendroient libertins », c’est-à-dire plutôt libertaires par rapport à l’ordre établi que dévergondés au sens où on l’entendait au XVIIIè. Chasser les jours de fête n’était guère convenable « les saints jours étant ainsi déviés à une occupation dissipante ». Les chasseurs invétérés, même non religieux étaient également dans le péché, moins parce qu’à force, ils dévastaient les récoltes que  « parce que l’excès de plaisirs, même légitimes, demeure un mal ».

Parfaitement inscrits dans la vie rurale, les curés partageaient toutes les préoccupations de leurs ouailles, et bien sûr s’impliquaient dans la chasse au véritable fléau qu’était à l’époque le loup (1). Ils participaient bien sûr, quand ils n’organisaient pas eux-mêmes comme l’abbé Meyruits curé de Gravières (Ardèche),  les battues. Dans l’affaire de la bête du Gévaudan (2), l’abbé Trocelier curé d’Aumont, son voisin Rochemure, les vicaires secondèrent les d’Enneval venus chasser la bête.

Mieux, certains curés se firent même une spécialité de la chasse au loup comme en Mayenne Louis Gruau, curé de Sauges de 1594 à 1630 qui en tua de ses mains 67, et publia même une petite revue « pour ôter les loups de France »…vaste programme qui n’aboutira que deux siècles plus tard. Nicolas Laforest curé de Chapaize en Saöne-et-Loire était un des meilleurs louvetiers de Bourgogne : il tua un loup qui, debout, faisait 1,81 m (contre 1,30 m pour les plus grands loups communs) et avait mordu 12 personnes, et une soixantaine de bestiaux bœufs, chevaux, et cochons. A sa mort en 1783, il laissa trois fusils dont un beau deux-coups…racheté immédiatement par un curé voisin !

En Hte-Marne, en 1689 le curé d’Aprey tua un loup qui venait d’enlever une fillette, et en 1685 dans la région de Chartres l’abbé Bruneau, curé de Villiers ne craignait pas d’affronter le loup « sans autres armes que son bâton ferré, et ayant rejoint le loup avant qu’il ne soit parvenu au bois, lui enfonça heureusement sur le milieu du dos, de quoi cet animal se sentant mortellement blessé se l’arracha et le grugea en deux. Après quoi, tout hérissé et écumant de rage faisant des efforts pour gagner ledit taillis, le sieur curé descendant de son cheval et prenant le reste de son bâton, lui relança une seconde fois avec un pareil succès, et le sieur Delacroix, bourgeois de Gallardon, l’ayant devancé lui tira un coup de fusil qui le mit bas ».

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Plus près de nous, on ne peut clore ce petit sujet sans évoquer notre voisin, ancien curé de Romagny, l’abbé Emile Godard (DCD en 2002), expert confirmateur, juge de fields-trials, et auteur en 1962 et constamment réédité depuis de « je dresse mon chien d’arrêt », bible de tous les éleveurs, mais qui date un peu car d’avant le collier électrique. Amateur des setters, il insistait pour le dressage des chiens de chasse à la patience « le temps ne respectant rien de ce qui se fait sans lui ».

1/ Toutes ces anecdotes extraites  « L’histoire du méchant loup » (Editions Pluriel) de notre voisin l’universitaire caennais J.M.Moriceau, que tout chasseur se doit d’avoir lu pour comprendre à quoi notre pays s’exposerait à laisser proliférer cet incontestable prédateur.

2/ Voir en archives (mars 2015), notre analyse en trois volets, sur le strict plan de la chasse sur cette affaire qui défraya la chronique de 1764 à 1767 dans le Massif central. 

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