Les "tours de cochon" qu'on joue au sanglier
Chaque hiver, un peu plus, l’information est là : plus de pieds, de rencontres fortuites, d’animaux vus, lancés, et parfois abattus. Comme le chevreuil, apparu timidement il y a quarante ans, et qui (chiffres ONCFS) a triplé ses effectifs en France depuis 1989, le sanglier fait maintenant partie de notre paysage.
Si nous ne sommes pas encore au niveau de l’Est de la France ou du Sud-Ouest où la chasse au petit gibier a totalement disparu pour faire place à celle de la bête noire, le sujet vaut qu’on s’y intéresse. Dans le Midi, des petites sociétés d’une vingtaine de membres qui, autrefois comme tout le monde chassaient la caille ou le perdreau ont des plans de chasse à 250 sangliers par an ! Ce qui entraîne pour eux des contraintes bien différentes que les sempiternels lâchers d’oiseaux de tir. Pas suffisamment nombreux pour garnir les postes, ils doivent s’allier avec les sociétés voisines, se doter d’outils de découpe, de salles de traitement du gibier, de congélateurs ad hoc…et sous la pression des Fédérations et des agriculteurs suite aux dégâts à indemniser. C’est une autre organisation, et surtout une autre attitude qui oblige à mutualiser les moyens, à se rapprocher des autres dans un milieu où comme le disait E.Blaze « si l’homme essentiellement égoïste, à ce jeu, le chasseur est assurément homme et demi ».
Le sanglier c’est bien connu cherche l’eau, le « sale », le calme. Cette espèce extrêmement mobile et prudente se déplace quasi exclusivement la nuit, reste peinard le jour, appréciant particulièrement tous les nouveaux modes culturaux agricoles : les maïs qui offrent le gîte et le couvert, les topinambours, la moutarde…mais pas celle de Dijon qui lui piquerait la hure ! L’agriculture moderne qui se détourne des petits coins pentus, peu accessibles, tout comme les délaissés routiers lui offrent des havres de paix, et signe qui ne trompe pas, Internet fournit désormais des tas de solutions pour cantonner cette grosse bête qui intéresse de plus en plus de monde : les chasseurs, l’agro-alimentaire, les armuriers qui vont vendre de nouveaux matériels : carabines, optiques, etc.
La vedette incontestable est le goudron de Norvège qu’on plaque sur les houzures, ces marques que le sanglier laisse en se frottant sur les troncs d’arbre. Cette poix liquide aussi appelée crésil ou créosote est vieille comme le monde : c’est un produit naturel à l’odeur très forte qui servait autrefois de pansement pour les sabots des chevaux, mais aussi de protection pour les poteaux téléphoniques ou les traverses de chemin de fer. Il se décline en Scrolicq, Plux (une association d’odeurs différentes de goudrons), Cinglavit (un concentré cher utilisé l’hiver dont il n’y a pas besoin de mettre beaucoup).
Le Hog heaven vise à fixer les laies avant les mises bas hors saison de chasse pour que les petits nés sur le territoire y reviennent tôt ou tard. Le Crud Ammoniac veut fidéliser les souilles, l’urine de laie s’utilise en hiver pour faire bouger les solitaires dans la période de rut. Dans une région comme la nôtre nous n’en sommes pas encore aux grands agrainages, mais déjà, les titulaires avisés de territoires de chasse privés pensent déjà à laisser les territoires tranquilles en rotation, et utiliser les attractants finalement polyvalents suidés-cervidés que sont les pierres à sel (1), ou des « trucs » qu’on se refile de bouche à oreille : jus de pommes, eau additionnée de sirop de fruits…ou de pastis !
Les photographes animaliers, les archers spécialistes de l’approche vont même jusqu’à se badigeonner de parfums et phéromones…mais attention au dangereux « corps …à cor » qui peut en découler particulièrement en période du brâme ! Un face à face périlleux bien illustré par le fameux proverbe : « au sanglier le mière (2), au cerf la bière »…pas celle qu’on boit à l’estaminet, mais celle qui enferme les morts !
1/Le sel à employer est celui d’usage agricole, et non le sel gemme routier qui contient des adjuvants chimiques qui sont toxiques pour le gibier.
2/ Ancien nom du médecin autrefois.

