Semi-autos...manuels ! Le mieux est-il l'ennemi du bien ?
Le mieux est-il toujours l’ennemi du bien ? Ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La question peut se poser au vu des transformations que l’on fait subir à des systèmes qui ont fait leurs preuves, mais qu’on dénature sans qu’on sache vraiment s’ils répondent à un besoin. C’est le cas des semi-automatiques rayés ou lisses qu’on ramène…en manuel pour augmenter leur capacité !
Il s’agissait autrefois d’opérations artisanales nécessitées également par les changements de législation, comme celui de remise en conformité d’anciennes carabines (BAR et surtout Remington 742, 7400, Four et sportsman 74 en 280 R) devenue illégales depuis 1995 et l’obligation des magasins fixes. Sur le Net, des armuriers stéphanois proposent la manip entre 200 et 300 euros, et la carabine, souvent héritée du grand-père, retrouve la légalité et garde sa fonction semi-auto en trois coups.
La transformation en manuel la plus connue avant la sortie de la Speedline de Verney-Carron dont nous allons parler plus loin, est le kit LKS de l’armurerie bretonne St-Michel à Betton près de Rennes opérant soit sur des BAR, ou des Winchester Vulkan qui sont une extrapolation du système BAR-Browning ancienne génération. Il est à noter que cette armurerie ingénieuse propose également un kit similaire dit « le fusil à répétition linéaire » pour semi-autos lisses qui peuvent ainsi passer en 5-7 coups ! Ci-contre à g. on voit bien le levier de réarmement manuel LKS d'une BAR.
Tout cela serait resté plutôt confidentiel avant la sortie, en milieu de l’année dernière de la Speedline présentée comme révolutionnaire pour les battues hexagonales. On retiendra que, comme pour ses récents fusils « à pompe » à rayures non dispersantes il s’agit de nouveau…drôle d’état d’esprit…de contourner, et pour le seul marché français, une législation certes biscornue. Cette carabine bénéficie bien sûr de l’expérience de la marque française sur toute sa série Impact, en lui adjoignant un système dit Stop and Go breveté qui arrête, au premier coup, la culasse en position arrière. Une pression du pouce sur une longue pédale côté droit (1) réarmant et permettant de tirer…par contre cinq coups de plus, contre les deux d’avant.
Pourquoi ce besoin « pressant » d’ajouter de la munition, là où le système éprouvé auparavant semblait bien suffire ? Sans doute pour suivre le sillage de la « Wild boar fever » popularisée sur le Net où on voit, dans les grandes forêts polonaises (photo ci contre à g.), des tireurs professionnels faire des doublés, voire des triplés de sangliers avec une carabine linéaire (donc à réarmement manuel) de forte capacité avec les optiques parfaitement réglées de la grande marque suédoise qui sponsorise l'opération (2). Des performances qui interpellent car spectaculaires, avec des balles de colonne qui font bouler en quelques secondes des gros « pépères » de plus de 100 kg comme de vulgaires capucins, qui plus est avec de la munition moyenne (du 270 au départ, mais aussi désormais du 30-06, 300 WM) mais qui ne sont pas forcément les conditions des battues "bien de chez nous". Il s’agit de l’arrivée d’énormes compagnies au petit trot, dans des forêts très propres à grande visibilité, comme « canalisées » vers un posté certes habile qui, le plus souvent tire…dans la traque, et non comme chez nous, poussées à fond de train par les chiens juste derrière, au saut de l’allée et dans l’angle des trente degrés.
Marketing oblige, les solutions techniques de la nouvelle carabine (à plus de 2000 euros le bout quand même) sont bien sûr mises en valeur : finie la corvée du déchargement fastidieux des chargeurs inamovibles, le busc est réglable tout comme les cales de crosse et les deux talons pour une utilisation automne-hiver tenant compte de l’empilement de vêtements. Le canon est fluté pour mieux refroidir la « rafale » à venir, et le frein de bouche est là pour amortir le recul, mais aussi éviter le « fouet » du départ de coup et donc de trop dépointer. Ce dernier point est d’ailleurs l’autre argument du système stop and go (dont à voit bien ici à dr. la "pédale")…déjà battu en brèche sur les forums car il fait quand même toujours plus ou moins balader la main forte autour de la détente ce qui peut aussi poser un problème de sécurité. L’autre système disons « à pompe » ne concernait que la main faible, la gauche dans la plupart des cas. Les détracteurs pointent aussi du doigt tous les défauts intrinsèques du semi-auto que l’on retrouve bien sûr ici : mécanique sensible à la fois à l’entretien qui doit être rigoureux, et aux munitions employées pour assurer sans coup férir, la régularité du cycle.
Mais le plus épineux semble être « l’avantage » contesté de la grande réserve de coups. Au lieu de viser calmement, il risque d’inciter à balancer les six balles n’importe comment, à « allonger » le tir, avec tous les risques en résultant au plan sécurité. De plus, où trouve-t-on en France l’occasion de tirer six coups à suivre en battue, ce qui pose aussi la question de l’utilité dans notre pays de cette arme… pourtant destinée avant tout au marché hexagonal ?
1/Le pouce enserrant le col de cross côté gauche, il eût semblé plus naturel que le levier soit de ce côté.
2/ Il s’agit de la Sauer 202, arme à verrou, mais réarmement linéaire qui permet de tirer 8 coups. Photo ci contre à g. arme caractéristique avec son gros chargeur débordant largement.



