La chasse en France occupée
Comme on a parlé récemment de la Grande Guerre, un habitué du blog nous fait signe qu’on ferait bien de s’intéresser aussi à ce qui se passait, côté chasse, pendant l’Occupation. De fait, on a tous entendu dire par nos prédécesseurs que la chasse s’arrêta…et le gibier proliféra ! C’est à la fois plus simple…et plus compliqué !
Depuis la déclaration de guerre (3 septembre 1939) 5 millions d’hommes furent mobilisés…donc juste avant l’ouverture laquelle n’eût lieu que dans le Midi, et encore guère plus d’une semaine, faute de « combattants cynégétiques » également si l’on veut, la plupart des titulaires de permis, d’ayant-droit, (de braconniers ?) étant sous les drapeaux. Après, la « drôle de guerre », la défaite de juin 40, l’Armistice on se demanda s’il fallait « ouvrir » en septembre 40, au moins en zone libre car bien sûr en zone occupée, dès octobre-novembre, non seulement la chasse était interdite, mais il fallait remettre armes et munitions. Celles de chasse par une ordonnance (du 20 juin) plus précise encore, étendue même en mars 42 aux pièces détachées. Fin 41 on recensait 700 000 fusils de chasse remis (dont 100 000…les plus beaux !) partant directement vers l’ Allemagne. L’occupant trouvant ce nombre insuffisant prolongea jusqu’au 1er avril 42, le tout assorti de la menace de la peine de mort…ce qui n’empêcha pas les chasseurs impénitents de ruser.
Ceux qui, comme la plupart des chasseurs encore de nos jours (1) avaient un râtelier bien garni cédèrent les plus vieux et usés, les plus efficaces, ceux qui ressortirent en 1944 (ou aux mains des premiers résistants, ensuite un peu mieux « outillés » par les parachutages alliés) partant dans d’improbables cachettes : murs, faux-plafonds, poutres creuses. Ceux qui enfouirent en terre, même bien protégés, ne purent éviter les canons piqués et autres mésaventures liées à l’humidité.
Malgré tout, en zone libre l’ouverture fut décalée au 28 octobre pour un cours laps de temps qui permit plus tard en janvier, avec un froid terrible (moins 15, les rivières prises par les glaces) de faire au moins du gibier d’eau, incité à être tiré en masse…pour éviter de rendre service, côté ravitaillement, aux états ennemis de la France ! On pensait bien sûr aux Allemands, mais aussi aux Italiens qui avaient rejoint les forces de l’Axe. Néanmoins, si l’on en croit le Chasseur français de février 1940, on s’inquiétait déjà de la prolifération probable du gibier, avec le souvenir encore bien présent des années 1917-18, où les lièvres pullulaient dans les jardins potagers. Mais on craignait plus encore le lapin au point qu’en décembre 40, le ministre des finances (2), fasse la promesse (non tenue evidemment !) de donner le permis gratuitement aux permissionnaires, tout ça dans l’intérêt des récoltes.
L’occupation complète du territoire (novembre 42) régla, on l’a vu, radicalement le problème des armes à feu, mais le régime de Vichy n’avait pas oublié d’inscrire la Chasse dans sa doctrine politique de Révolution nationale. La grande loi du 28 juin 1941 reprit celle plus ancienne de presque un siècle (3 mai 1844) en subordonnant l’individu au groupement, et « ce sport exercé dans le cadre d’un individualisme périmé » à une société départementale correspondant à l’idéal corporatiste cher à Pétain. On ne touchait pas aux associations communales type loi de 1901, mais ces dernières n’agissaient plus groupées au sein de ce nouvel organisme auquel chaque chasseur devait adhérer individuellement. En sortirent, le 15 novembre 1945, les Fédérations départementales telles qu’ elles sont connues actuellement.
La chasse, dans toute cette période de 1942 à la Libération ne s’exerça plus qu’avec les moyens anciennement prohibés, tels que les collets, les pantes, les bourses, les furets, la collaboration des chiens étant des plus précieuses, notamment ceux de petite taille permettant de se transporter facilement à vélo, mode de locomotion généralisé de l’époque. Une chasse de subsistance très orientée lapin, pullulant partout et assez facile à prendre qui améliorait l’ordinaire, permettant aussi le troc de denrées utiles et faciles à se procurer en campagne.
En 1946, beaucoup de nos devanciers se mirent à la recherche de ce qu’étaient devenues les armes réquisitionnées ou plutôt « volées par les Boches » ! Malgré la loi du 26 mars 1946 proclamant le droit intégral à réparation, le Ministère de la reconstruction qui avait d’autres lièvres à fouetter, botta en touche ne jugeant pas concernés « les biens dont le caractère principal est moins l’utilité que l’agrément ». Il y avait bien eu des dépôts dans les sous-préfectures, mais les Allemands ne donnèrent jamais sauf à Paris (et encore sans répertorier les caractéristiques techniques des abandons) de reçus permettant de récupérer son bien. Au petit bonheur la chance (et des relations !) certains retrouvèrent des armes pour chasser à l’ouverture 1946, notamment via les ventes des Domaines, et sans être trop regardants sur les caractéristiques techniques car le gibier abondant, valait mieux être au plus vite sur le terrain cynégétique que dans les taillis de l’âpre maquis administratif !
1/ On considère en 2017 qu’il y a trois armes par chasseur dans notre pays.
2/ La chasse en 1940 dépendait des ministères de la défense et de l’agriculture et se limitait à trois jours : dimanche, mardi, jeudi. Après la loi de 1941 : dimanche, lundi, jeudi.




