Face au sanglier
Le sanglier, écoutez ce qui se passe autour de nous, est de plus en plus présent, et nos chasses communales, dès que des dégâts seront constatés, seront immédiatement concernées. Saura-t-on y faire face…déjà tirer dessus…mais après ? On ne « sert » pas à la dague un gros solitaire de 120 kg, comme un frêle chevrillard d’une douzaine n’est-ce-pas ? Voyons avec nos anciens (E.Blaze au XIXè) comment il faut s’y prendre.
« Quand le sanglier viendra de votre côté, tâchez de viser juste et tirez derrière les oreilles au défaut de l’épaule, dans le flanc, au front, mais je vous préviens qu’il est fort étroit, et que pour y placer une balle, il faut une grande adresse. Evitez de frapper aux armures, c’est un endroit près des épaules où la peau se trouve d’une grande épaisseur, votre balle serait sans force pour pénétrer dans les chairs, mais si votre fusil contient un bon lingot (1) il percera tout.
Un sanglier fort et courageux ne fuit pas longtemps devant les chiens. Il se retire dans le plus épais des fourrés au milieu des ronces, des épines, des broussailles, il ne craint pas de gâter son habit de soie. Là, il s’accule à quelque rocher, près d’un gros arbre et fait semblant d’avoir peur : le premier chien qui s’en approche est éventré, le second a le même sort. Il les charge avec furie, les uns après les autres, et bien souvent quand les chasseurs arrivent ils voient un champ de bataille couvert de morts et de blessés.
C’est là qu’il faut savoir jouer du couteau : on passe derrière l’animal pendant que les chiens le tiennent en échec et on lui plonge la lame au défaut de l’épaule. Si l’on peut se couvrir d’un tronc d’arbre ce sera bien. Si ce n’est pas possible il faudra immédiatement après avoir porté le coup, faire un saut de côté opposé car le sanglier se retourne toujours vers celui qui le blesse.
Quand l’animal est sur ses fins il cherche une mare pour tenir les abois, s’il n’en trouve pas, il fait coup sur coup des pointes sur la meute. Il part, il revient, sa furie ne connait plus de bornes, chaque coup de dent éventre les chiens car il ne faut pas croire que le danger qu’ils courent effraye les chiens. Ces animaux sont très braves et une fois qu’ils ont chassé le sanglier ils le préfèrent aux autres bêtes parce qu’ils le sentent mieux, le voient plus souvent et qu’ils ont plaisir à lui livrer bataille : « à toi Rustaud, mords-le Belotte, courage Ramonnot ». Voyez tous ces braves chiens méprisant le danger et grimpant sur la bête, l’un le prend à la gorge, l’autre aux oreilles, les coups de défense n’effraient personne, ce sont des grenadiers sur le champ de bataille ».
De nos jours, on ne peut que conseiller au novice en ce domaine de ne pas se risquer à cet exercice à la légère. La plupart du temps c’est un rôle dévolu aux piqueux qui possèdent une grande habitude et opèrent à l’épieu ce qui limite les risques d’un corps-à-corps difficile, et contrairement à ce qu’on peut croire pas forcément plus périlleux avec les gros animaux, censément moins vifs. Posté dans la ligne donc, un grand principe avant de servir : « dans le doute abstiens-toi », et ne jamais oublier, comme dans les grandes chasses africaines de « tuer le mort », c’est-à-dire de doubler, déjà pour achever proprement en s’approchant à la tête ou au cou (penser à la venaison et éviter les balles de panse), et de préserver les chiens.
1/ A cette époque où les chasseurs coulaient leurs balles dites « franches » ou sphériques, existaient aussi des moules pour balles « Minié », ogivales creusées à la base pour mieux épouser les parois des canons et donc une meilleure étanchéité assurant guidage et puissance accrus.


